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Un voyage dans le temps en canot

Texte et photos de Vivien Cumming – @drvivcumming

Tôt le matin, sur la rivière Gatineau, une brume légère s’élève de la surface miroitante de l’eau dormante. Les premiers rayons roses du soleil étincellent dans le courant et font reluire la fourrure imperméable d’un castor qui pointe la tête pour respirer.

La Gatineau
La Gatineau – Photographie : Vivien Cumming

Au loin, le doux bruit des eaux au cours plus rapide. Des oiseaux s’élèvent dans les arbres, des libellules émergent pour chasser moustiques et mouches noires, une pagaie fait un mouvement feutré dans l’eau.

Puis c’est le choc des canots qui se heurtent et le plouf des corps qui tombent dans l’eau! Le calme est rompu, le chaos règne dans la rivière alors que huit géologues se débattent à qui mieux mieux pour apprendre à manier des canots canadiens en eau vive.

Soutenus chaque jour par le café, de copieux déjeuners cuits au barbecue et l’espoir que la froide rivière ne nous engloutirait pas, nous avons passé deux jours à nous initier aux techniques de survie en eau vive avec des guides de Boreal River Rescue et deux jours à pagayer avec ceux de Blackfeather Expeditions sur les rapides de la rivière Gatineau, près de Kazabazua.

Nous avons appris à nager en eau vive, à interpréter les rapides pour déterminer les risques d’être entraînés sous l’eau et à repérer les contre-courants susceptibles de nous apporter un peu de tranquillité. Nous avons attaché des cordes, nous en avons lancées pour nous sauver des eaux les uns les autres et surtout nous avons appris à faire avancer le canot en ligne droite vers l’aval!

Entraînement au canotage en eaux vives sur la Gatineau
Entraînement au canotage en eaux vives sur la Gatineau – Photographie : Danny Peled

Tour cela, parce qu’en juillet nous allions entreprendre une expédition scientifique ambitieuse, 200 km en canot sur la rivière Coppermine, des lacs Dismal à Kugluktuk, là où la rivière se jette dans l’océan Arctique. Huit géologues, quatre guides de rivière, six canots, douze pagaies (espérons-le!) et beaucoup de matériel. Une rivière réputée pour ses eaux vives et un groupe de géologues d’âge mûr (pour la plupart) ayant très peu d’expérience du canot – toute une aventure!

Mais en fait, le canot n’est que l’outil – la véritable aventure, ce sont les observations scientifiques tout au long de notre route, où nous étudions maintenant les roches des rives, pour la première fois depuis que l’explorateur George M. Douglas a fait le même trajet il y a plus de cent ans (voyage raconté dans Lands Forlorn).

Ces roches nous font parcourir 500 millions d’années d’histoire de la Terre, commencées il y a plus de 1,5 milliard d’années lorsque les premières formes de vie pluricellulaire ont émergé. Nous examinons les roches le long des berges de la rivière et nous en prélèvons des échantillons. Nous poussons nos recherches dans la forêt. Un drone nous sert à cartographier la région.

Nous sommes à l’affût de certains des fossiles les plus anciens du monde, microscopiques, les premiers eucaryotes (organismes dont les cellules ont un noyau qui contient de l’ADN et d’autres organites enfermés dans des membranes). Le carbone des roches nous aidera à élucider l’environnement dans lequel vivaient ces organismes, et nous chercherons des indices sur les origines d’une formidable éruption volcanique survenue dans des temps reculés. Une théorie, à ce sujet, suppose que l’effusion massive de magma a été causée par un panache mantellique (forte poussée thermique issue de l’intérieur de la Terre); selon une autre, plus récente, elle aurait été déclenchée par l’impact d’une météorite.

Même si nous avons peut-être passé plus de temps dans l’eau que nous ne l’aurions voulu, l’entraînement nous a bien préparés pour ce voyage au cœur d’une région sauvage et éloignée de notre pays.

L’équipe, qui compte douze membres, est dirigée par Rob Rainbird, chercheur à la Commission géologique du Canada, et comprend des chercheurs canadiens et étrangers. Vivien Cumming, photographe pour National Geographic et la BBC, écrivaine et géologue, documente cette expédition au nord du cercle arctique.

Deux jours de pratique du canot en eaux vives pour nous préparer à affronter l’impétueuse rivière Coppermine
Deux jours de pratique du canot en eaux vives pour nous préparer à affronter l’impétueuse rivière Coppermine – Photographie : Danny Peled

Sur le terrain depuis le 11 juillet jusqu’au 11 août., nous avons notre blogue à l’adresse science.gc.ca. Vous y trouverez tout sur notre descente de la Coppermine à la pagaie : les piqûres d’insectes, un mois sans douche, la météo, la faune et, bien sûr, l’histoire de la Terre. Vous pouvez aussi suivre @drvivcumming sur Instagram et Twitter.

Vue rapprochée d’une pale d’aviron
Vue rapprochée d’une pale d’aviron – Photographie : Vivien Cumming

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