Anna Crawford, étudiante au doctorat, Université Carleton

Anna Crawford est étudiante au doctorat à l’Université Carleton. Elle étudie la détérioration de gros icebergs (connus sous le nom d’« îles de glace »). Elle est également la coprésidente du conseil d’administration de Greenpeace Canada. Dans ses temps libres, Anna pratique la course à pied, le ski de fond et la randonnée pédestre.

Depuis 2008, la langue glaciaire flottante du glacier Petermann, au nord-ouest du Groenland, a perdu 500 km2 de sa superficie sous l’effet du vêlage, qui produit d’immenses icebergs tabulaires que nous appelons « îles de glace ». De telles îles ont vêlé récemment des calottes glaciaires de l’Arctique et de l’Antarctique. Leur détérioration donne lieu à la création de milliers de petites îles de glace et d’icebergs.

Image MODIS de la NASA montrant une île de glace de 300 km2 ayant vêlé du glacier Petermann en 2010. L’image a été prise le 5 août 2010, et Crawford en a fait le montage en 2013.

Image MODIS de la NASA montrant une île de glace de 300 km2 ayant vêlé du glacier Petermann en 2010. L’image a été prise le 5 août 2010, et Crawford en a fait le montage en 2013.

En 2011, alors que j’entreprenais mes études supérieures, j’ai été invitée à participer à une expédition qui allait se rendre à deux îles de glace dans l’Arctique canadien. Le NGCC Amundsen, un brise-glace de la Garde côtière canadienne équipé par ArcticNet pour mener des travaux de recherche, nous a permis de nous rendre à ces étendues de glace mesurant respectivement 14 km2 et 60 km2. Les deux îles de glace provenaient du vêlage de 300 km2 du glacier Petermann, en 2010. (Cette superficie est cinq fois supérieure à celle de l’île de Manhattan!)

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Le NGCC Amundsen se trouve à proximité d’une île de glace dans la baie de Baffin (crédit photo : Lauren Candlish).

Je fais de la recherche sur la détérioration des îles de glace depuis ce voyage il y a six ans où nous avons navigué dans le passage du Nord-Ouest ainsi que dans la baie de Baffin et la mer du Labrador. J’ai obtenu une maîtrise ès sciences au Département de géographie et d’études environnementales à l’Université Carleton, et je suis maintenant étudiante au doctorat à cette université.

En 2015, l’hélicoptère du NGCC Amundsen livre une cargaison de matériel à une équipe de recherche sur les îles de glace.

En 2015, l’hélicoptère du NGCC Amundsen livre une cargaison de matériel à une équipe de recherche sur les îles de glace.

Pourquoi consacrer sept ans de sa vie à étudier ces choses glacées et inanimées? Quatre raisons me viennent à l’esprit.

En premier lieu, ce sont des sujets d’étude qui nous permettent d’établir un lien intéressant entre les causes et les conséquences des changements climatiques. Le vêlage qui donne naissance à des îles de glace est devenu plus fréquent en raison du réchauffement des océans et de l’atmosphère. La diminution de l’étendue de la glace de mer signifie que les calottes glaciaires et les langues glaciaires sont plus susceptibles de se rompre. De plus, on sait que ces phénomènes pourraient ouvrir les régions polaires à la navigation et à l’extraction des ressources naturelles. Les îles de glace, et les fragments qui se créent lors de leur détérioration, seront un danger important pour les navires et pour l’infrastructure d’extraction des ressources dans ces régions.

On peut utiliser diverses techniques pour détecter la détérioration de la glace, mais il est extrêmement difficile d’accéder aux îles de glace pour effectuer de la collecte de données. C’est ce qui m’amène à la deuxième raison pour laquelle je les étudie. Je trouve très gratifiant d’avoir participé à des projets uniques de mise au point de nouvelles technologies et de mise en application de technologies existantes pour détecter la détérioration de ces étendues de glace à la dérive. J’ai mené ces travaux avec des collègues du laboratoire de recherche sur l’eau et la glace (anglais) de l’Université Carleton ainsi qu’avec nombre de collaborateurs. Nous avons recueilli les données à distance et sur place.

Anna et des membres de son équipe installent du matériel sur une île de glace dans la baie de Baffin au Nunavut (vidéo : Graham Clark).

La recherche en géographie a l’avantage de permettre l’application de la théorie à une réalité concrète. Les chercheurs et parties prenantes des administrations publiques, du milieu universitaire et de l’industrie s’intéressent aux îles de glace à cause des liens qui ont été établis récemment avec les changements climatiques et des conséquences que leur dérive et leur détérioration pourraient avoir sur l’écosystème marin. J’ai eu l’occasion de plonger pour ainsi dire dans des travaux de recherche touchant plusieurs domaines, et de produire des résultats et des méthodes de recherche qui seront utiles à un large auditoire.

Installation d’un système stationnaire de radar pénétrant la glace pour évaluer les changements dans l’épaisseur d’une île de glace (crédit photo : Graham Clark)

Installation d’un système stationnaire de radar pénétrant la glace pour évaluer les changements dans l’épaisseur d’une île de glace (crédit photo : Graham Clark).

Enfin, les recherches sur le terrain sont des expériences incomparables qui offrent l’occasion de prendre des photos mémorables. Se rendre sur une île de glace constitue un exploit en soi, constitué d’une combinaison de trajets en avion, en bateau, en hélicoptère et en motoneige. Chaque déplacement est une aventure. J’ai connu bien des mésaventures, mais de relever le simple défi de me rendre à l’emplacement de la recherche m’a permis de savourer encore davantage les expéditions réussies.

AAnna et Jaypootie Moesesie recueillent un profil d’épaisseur en mai 2016, en se servant d’un radar pénétrant la glace. Cette île de glace, « PII-A-1-f », se trouvait près de Qikiqtarjuaq, au Nunavut.

Anna et Jaypootie Moesesie recueillent un profil d’épaisseur en mai 2016, en se servant d’un radar pénétrant la glace. Cette île de glace, « PII-A-1-f », se trouvait près de Qikiqtarjuaq, au Nunavut.

Chaque minute est comptée dans une journée sur le terrain. J’ai rarement le temps de m’arrêter pour réfléchir au fait qu’il est incroyable de se retrouver sur un iceberg si géant que je n’en vois même pas le bout. Je suis très privilégiée d’avoir pu visiter et examiner ces structures de glace impressionnantes et élégantes et d’avoir pu en faire le récit.

Une île de glace échouée près de l’île de Baffin, au Nunavut (crédit photo : Lauren Candlish).

Une île de glace échouée près de l’île de Baffin, au Nunavut (crédit photo : Lauren Candlish).

Référence

Crawford, A.J. Ice island deterioration in the Canadian Arctic: Rates, patterns and model evaluation. Thèse de maîtrise ès sciences. Université Carleton, Ottawa (Ontario). 2013.

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