Sélection de la langue

Recherche

Un biofilm visqueux nourrit des millions d’oiseaux

Durant leur migration printanière, plus d’un million de Bécasseaux d’Alaska s’arrêtent aux vasières de Roberts Bank de l’estuaire du fleuve Fraser pour se nourrir.

Bob Elner, scientifique émérite d’Environnement et Changement climatique Canada, a parcouru les vasières à pied un printemps et s’est demandé pourquoi ces oiseaux de rivage, qui mangent habituellement des invertébrés, se nourrissaient dans des vasières en apparence stériles.

Sa curiosité scientifique l’a poussé à entreprendre une recherche novatrice sur le rôle du biofilm, mince couche gélatineuse sécrétée par des microorganismes qui recouvre les vasières, dans l’alimentation des oiseaux de rivage migrateurs.

Tomohiro Kuwae, étudiant postdoctoral du Japon, a été le premier à enregistrer le phénomène de l’utilisation du biofilm comme source d’alimentation sur des séquences vidéo prises à l’aide d’une caméra à haute vitesse qui montrent des Bécasseaux d’Alaska se nourrissant dans les vasières. Ses observations ont été d’abord publiées dans la revue Ecology en 2008 (disponible en anglais seulement).

Les Bécasseaux d’Alaska ont une langue villeuse recouverte de mucus et dotée de grandes quantités de papilles gustatives.

« Leur langue muqueuse est adaptée au lapement du biofilm visqueux », déclare Bob Elner. « Ces oiseaux adorent le goût de ces polysaccharides et de ces microbes nutritifs. »

Les Bécasseaux d’Alaska ont besoin des acides gras oméga 3 produits par les diatomées dans le biofilm comme combustible pour leur long vol migratoire vers l’Arctique où ils se reproduisent. Les diatomées constituent la base de la chaîne alimentaire et les nutriments qu’elles produisent aident à engraisser de nombreuses espèces animales, dont les ours blancs, les saumons et les Bécasseaux d’Alaska.

« Lorsqu’elles se multiplient, ces petites bêtes produisent des acides gras oméga 3 essentiels, lesquels constituent la principale source terrestre de ces nutriments pour eux », affirme Bob Elner. « Lorsque vous voyez 50 000 oiseaux de rivage se nourrir de biofilm avec une concentration si intense que vous pouvez vous approcher tout près d’eux, vous comprenez l’importance écologique du phénomène et voyez la nécessité d’approfondir les connaissances scientifiques pour conserver ces systèmes. »

Les résultats obtenus par Bob Elner et ses collègues sont déjà utilisés pour aider à équilibrer les enjeux liés à l’aménagement du littoral et ceux liés à la conservation en Colombie-Britannique.

Date de modification :