De champs de petite taille sont-ils mieux pour les abeilles?

Ilona Naujokaitis-Lewis, PhD, écologiste du paysage à Environnement et Changement climatique Canada, a passé l’été 2016 dans le champ… littéralement. Elle cherchait des espèces d’abeilles indigènes sur des terres agricoles, du sud d’Ottawa jusque près de la Voie maritime du Saint‑Laurent, pour savoir ce qui cause le déclin des populations de ces pollinisateurs essentiels.

La collaboration est primordiale dans le cadre des activités scientifiques du gouvernement du Canada et pour l’évaluation de la santé des écosystèmes et l’élaboration d’approches de gestion intégrée des écosystèmes et en matière de résilience.

Le travail de Mme Naujokaitis-Lewis a commencé bien avant qu’elle et sa collègue entomologiste d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, Sophie Cardinal, prélèvent des spécimens de fleurs, de plantes et d’abeilles dans 30 paysages différents.

Durant leurs travaux qui se sont échelonnés sur deux ans, elles ont cherché à obtenir plus d’information sur l’impact de la perte d’habitat et des menaces mondiales comme les changements climatiques sur la population d’abeilles indigènes.

Les poils récolteurs de pollen sont bien visibles sur cette photo prise par Ilona Naujokaitis‑Lewis.

Les poils récolteurs de pollen sont bien visibles sur cette photo prise par Ilona Naujokaitis‑Lewis.

Les sites qu’elles ont visités en 2016 formaient un sous-ensemble de sites où des spécimens avaient été collectés en 2011. La collecte de données sur de nombreuses années a permis aux scientifiques d’identifier les espèces présentes dans un certain secteur et d’avoir une meilleure idée des raisons pour lesquelles les populations changent avec le temps.

Avant de pouvoir se rendre dans les champs, les plantations brise-vent et les haies du secteur étudié, les chercheuses devaient obtenir la permission des propriétaires fonciers et avoir l’équipement nécessaire au prélèvement de spécimens d’abeilles.

Pour pouvoir collecter des spécimens dans les champs de maïs et de soja, Ilona Naujokaitis‑Lewis avait besoin de pièges à insectes ajustables en PVC, alors elle les a modifiés elle-même. La pollinisation du maïs se fait par le vent et, bien qu’on pense généralement que le soja s’autopollinise, des études récentes donnent à penser que les abeilles pourraient améliorer les rendements du soja. Différentes espèces d’abeilles sont attirées par différentes couleurs; c’est pourquoi Mme Naujokaitis‑Lewis a utilisé des contenants jaunes, blancs et bleus.

Ilona Naujokaitis-Lewis dans un champ de maïs en juin 2016

Ilona Naujokaitis-Lewis dans un champ de maïs en juin 2016

Pendant deux semaines en juin et deux semaines en août 2016, deux équipes de techniciens et de scientifiques locaux se sont rejoints 6 h 30 au Centre national de la recherche faunique pour ramasser leur équipement pour la journée.

Lorsque Mme Naujokaitis-Lewis a ajusté son piège dans un dans un champ de maïs en 2016, les plants atteignaient environ six à huit pieds (1,8 à 2,4 mètres).

Lorsque Mme Naujokaitis-Lewis a ajusté son piège dans un dans un champ de maïs en 2016, les plants atteignaient environ six à huit pieds (1,8 à 2,4 mètres).

« C’était une saison chaude et sèche avec des conditions de sécheresse intense, a noté la chercheuse. Cela démontre à quel point il importe de collecter les données sur une certaine période. Si on ne sait pas ce qu’il y avait à cet endroit avant, ça peut être vraiment difficile de savoir comment les espèces réagissent avec le temps à l’utilisation des sols et aux changements climatiques. »

On procède actuellement à l’identification des abeilles dans le laboratoire de Mme Cardinal dans les locaux d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

« Nous avons identifié dix espèces de bourdons dans les échantillons prélevés, et nous cherchons maintenant à associer toutes les autres abeilles à une espèce », a fait savoir Mme Cardinal. On trouve plus de 800 espèces d’abeilles au Canada.

Les données seront analysées au cours des prochains mois. Mme Naujokaitis-Lewis communiquera ses données et les résultats de son étude aux agriculteurs qui ont participé à l’étude et à la population canadienne en général, qui pourra consulter les publications et les données ouvertes.

Une des adjointes à la recherche à l’Université Carleton, Tonya Tanner, a actualisé les données sur le paysage qu’elle avait collectées pour son mémoire de maîtrise et constaté une augmentation de la taille de nombreux champs. Les agriculteurs avaient éliminé des éléments linéaires (plantations brise-vent et haies) qui constituent un habitat important pour les pollinisateurs.

« Cela montre que le paysage peut changer rapidement. Ces types de changements se produisent rapidement dans les paysages agricoles. Jumelés à d’autres pratiques, ils peuvent avoir un impact sur les abeilles indigènes, surtout lorsque les habitats de nidification et de butinage se raréfient », a expliqué Mme Naujokaitis-Lewis.

La protection du milieu naturel du Canada contre les impacts d’éléments qui perturbent l’environnement est un volet clé des travaux scientifiques d’Environnement et Changement climatique Canada. « Une population d’abeilles en santé permet d’augmenter le rendement des cultures, dit-elle. Les abeilles sont un indicateur de services écosystémiques sains et sont un élément important de la biodiversité. »

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