Recherche à long terme sur les changements de populations d’oies nicheuses en Arctique

Recherche à long terme sur les changements de populations d’oies nicheuses en Arctique

Plus de 15 millions d’oies de Ross et de petites oies des neiges migrent vers l’Arctique canadien chaque printemps, ce qui en fait deux des espèces sauvages les plus abondantes en Arctique. Malgré les récoltes annuelles considérables par les chasseurs du sud (environ 700 000 de ces « oies blanches » sont récoltées chaque année en Amérique du Nord), les populations des deux espèces ont augmenté de plus de 700 % depuis les années 1970, ce qui a amené les chercheurs à se pencher sur les raisons d’une telle augmentation et les répercussions que de plus grandes populations d’oies pourraient avoir sur leur habitat en Arctique.

Ray Alisauskas, chercheur scientifique d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), étudie l’écologie des populations d’oies blanches et leurs répercussions sur les écosystèmes arctiques depuis la fin des années 1980. Ces travaux à long terme nous permettent d’assurer un suivi de la situation des principaux écosystèmes arctiques ainsi que de garantir que la récolte des oies des neiges est durable à long terme.

Les travaux de M. Alisauskas sont liés aux règlements et aux politiques d’ECCC qui découlent de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. Par exemple, les lignes directrices sur la saison de chasse et les limites de prises sont fondées sur une évaluation scientifique de la situation des populations d’oies blanches et les tendances des oiseaux migrateurs considérés comme gibier.

Les oies blanches nichent dans de nombreuses grandes colonies en Arctique, et M. Alisauskas a axé son programme de recherche à long terme sur une grande colonie située au lac Karrak, dans le Refuge d’oiseaux migrateurs du golfe Reine-Maud, au Nunavut (représentée par l’étoile sur la carte ci-dessous (Figure 1)). Ce refuge constitue la plus grande aire protégée sur des terres fédérales.

Figure 1

En 2016, près d’un million d’oies ont niché sur la toundra qui entoure le lac Karrak, occupant une superficie de 280 km2, ce qui en fait la deuxième concentration connue d’oies nicheuses en importance au monde.

En 2016, près d’un million d’oies ont niché sur la toundra qui entoure le lac Karrak, occupant une superficie de 280 km2, ce qui en fait la deuxième concentration connue d’oies nicheuses en importance au monde.

L’augmentation des populations d’oies blanches est probablement attribuable à la disponibilité de nourriture hivernale supplémentaire sur les terres agricoles aux États-Unis. Dans leurs aires de nidification en Arctique, les oies nicheuses et leurs oisons se nourrissent de manière vorace après l’éclosion, ce qui modifie la végétation à l’intérieur et autour des colonies.

L’augmentation des populations d’oies blanches est probablement attribuable à la disponibilité de nourriture hivernale supplémentaire sur les terres agricoles aux États-Unis. Dans leurs aires de nidification en Arctique, les oies nicheuses et leurs oisons se nourrissent de manière vorace après l’éclosion, ce qui modifie la végétation à l’intérieur et autour des colonies.

« Il est incroyable de survoler une grande colonie comme celle du lac Karrak et de voir le paysage recouvert d’oies. On constate également des changements visibles du paysage, comme des superficies où la végétation a été grugée jusqu’à ce que la tourbe soit exposée », affirme Dana Kellett, technicienne de recherche sur la faune, qui a travaillé au lac Karrak pendant plus de 20 ans.

Les populations d’espèces sauvages ne peuvent pas augmenter sans fin, et, récemment, M. Alisauskas et son équipe ont démontré que les effectifs d’oies blanches semblent se stabiliser. Megan Ross, étudiante de cycle supérieur et participante au programme de M. Alisauskas, a effectué des analyses de données sur la reproduction à long terme obtenues au lac Karrak pour comprendre pourquoi la croissance des populations s’est stabilisée.

La réponse semble être que les individus reproducteurs produisent moins de jeunes qu’auparavant.

« Les années où les individus sont arrivés à la colonie de nidification en moins bonne condition physique, ils ont produit moins d’œufs et moins d’oisons ont survécu », a affirmé Mme Ross.

Non seulement les individus reproducteurs arrivent aux sites de nidification en moins bonne condition physique, mais la période de disponibilité de nourriture pour les oisons dans l’aire de nidification a changé. Lorsque les adultes arrivent pour nicher, la colonie est principalement couverte de neige et offre peu ou pas de nourriture. Afin de contrer ce manque de nourriture, les oies accumulent du gras et des protéines lorsqu’elles prennent des pauses pour s’alimenter pendant leur migration vers le nord. Ces réserves alimentaires leur permettent de pondre et d’incuber des œufs dès leur arrivée à la colonie, mais leur capacité de le faire a récemment connu un déclin.

Il est primordial pour le succès de nidification que le moment de l’éclosion coïncide avec le niveau de croissance maximal de la végétation, mais Mme Ross a démontré que le rythme de croissance de la végétation a accéléré au cours des 20 dernières années, probablement en raison des changements climatiques. On sait depuis longtemps qu’une fonte des neiges tardive retarde l’apparition des premières pousses et réduit le nombre d’oisons produits, mais une apparition plus hâtive des premières pousses réduit également le succès de nidification en créant un désalignement entre le moment de l’éclosion et la disponibilité d’une végétation de grande qualité. Cette tendance a été confirmée au moyen d’une analyse des données de télédétection à long terme effectuée par David Douglas, scientifique du Service géologique des États-Unis, qui a collaboré à l’étude.

Selon Mme Ross, l’apparition plus hâtive des premières pousses, en plus de la réduction de l’alimentation des individus nicheurs attribuable aux grandes populations d’oies, a entraîné « un déclin de la taille des oisons, du taux de survie des oiseaux et, finalement, du nombre d’oisons présents dans l’aire de ponte et de croissance vers la fin de l’été. Essentiellement, si les œufs éclosent tardivement, les oisons manquent la chance d’accéder à une végétation de grande qualité. En Arctique, l’été est court et les oisons ont besoin d’une nourriture de grande qualité pour grandir assez rapidement en vue d’effectuer la migration vers le sud ».  

Cette recherche à long terme fait partie d’ententes internationales conclues avec les États-Unis et le Mexique aux termes du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine (en anglais seulement), notamment le Plan conjoint des oies de l’Arctique. L’équipe de recherche d’ECCC a communiqué ces conclusions et celles d’autres recherches à des collègues dans le cadre de diverses conférences scientifiques internationales, et ces résultats seront publiés dans la revue Ecology.

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