Aux courageuses pionnières du domaine des sciences, et à ma grand-mère Eluned

Gwyneth Anne MacMillan, étudiante au doctorat en biologie à l’Université de Montréal, étudie la pollution dans l’Arctique. Elle possède un baccalauréat en sciences (avec honneurs) en biologie et en anthropologie de l’Université de Western Ontario ainsi qu’un diplôme d’enseignement supérieur en environnement et développement durable de l’Université de Montréal. Elle siège également au sein du conseil d’administration de l’Association of Polar Early Career Scientists (APECS) Canada. Gwyneth aime lire et adore être à l’extérieur, particulièrement en hiver!

Je suis récemment tombée par hasard, en ligne, sur une collection de cartes postales s’intitulant Women in Science: Fifty Fearless Pioneers Who Changed the World; ces cartes magnifiques ont été dessinées par l’écrivaine et illustratrice Rachel Ignotofsky. Une pile imposante de ces cartes arriva peu après chez moi, ces cartes illustrées par des femmes scientifiques me pressant de croire, d’explorer, de me battre et, plus que tout, de persévérer sur ma voie en tant que scientifique. « Nous devons croire en nous, ou bien personne ne nous croira », suppliait la physicienne Rosalyn Yalow en train de flotter sur un arrière-plan d’éprouvettes jaunes et orange, « nous devons allier nos aspirations aux aptitudes, au courage et à la détermination de réussir » [Traduction].

Illustration par Rachel Ignotofsky (Source: Women in Science: Fifty Fearless Pioneers Who Changed the World)

Illustration par Rachel Ignotofsky (Source: Women in Science: Fifty Fearless Pioneers Who Changed the World).

Je ne connaissais pas beaucoup de ces noms de pionnières. Malgré plus d’une décennie d’études en sciences naturelles, je ne reconnaissais que les visages de Marie Curie, de Rachel Carson et de Jane Goodall, trois femmes qui en ont inspiré tant d’autres. Mais qui étaient ces autres femmes courageuses qui me regardaient? Comment se fait-il que je n’avais jamais entendu parler d’Hypatie, de Florence Bascom, de Marjory Stoneham Douglas, de Gerty Cori, de Cecilia Payne-Gaposchkin, de Mae Jemison, de Vera Rubin, de Jocelyn Bell Burnell et de toutes les autres?

De voir toutes ces cartes postales étalées devant moi m’a vraiment fait réaliser le manque de reconnaissance envers la contribution des femmes au monde des sciences d’aujourd’hui. Une multitude de femmes se sont dédiées à la recherche scientifique en passant des années de leurs vies penchées au-dessus de microscopes, d’herbiers et de calculs griffonnés. Pourtant, elles n’ont souvent reçu qu’une maigre reconnaissance et le mérite de leurs travaux ne leur a pas été attribué.

Même aujourd’hui, une femme qui suit une formation en STEM (science, technologie, génie et mathématiques) peut souvent se sentir découragée face aux assemblées et aux comités communément entièrement masculins et aux colloques sur les « femmes en mathématiques ». En tant que femme scientifique, je me suis souvent sentie seule en travaillant dans des endroits isolés de l’Arctique, ou même plus près de chez moi en regardant la longue série de photos en noir et blanc des hommes directeurs de département à mon université. Le fait de recevoir ces cartes illustrées de femmes scientifiques m’a remplie d’admiration et d’espoir. À les voir rassemblées sur mon bureau, je me sentais moins seule. J’ai rapidement envoyé à ma sœur toutes les images des femmes en médecine, afin qu’elle se sente aussi un peu moins seule alors qu’elle était plongée dans ses manuels de médecine.

Le manque de reconnaissance envers leurs travaux signifie également que ces femmes en sciences m’étaient inconnues alors que je grandissais. Je devais chercher des modèles à émuler dans mon environnement familial. Heureusement, j’ai découvert des héroïnes partout autour de moi. Fifi Brindacier, la fille la plus forte au monde qui montait son cheval domestique sans selle. Ma mère, une microbiologiste qui rapportait à la maison des boîtes de Pétri pour que nous les léchions, puis nous les cultivions dans le réfrigérateur. Nancy Drew, une fille indépendante qui passait son temps libre à élucider des mystères. Ma pédiatre qui s’activait dans son bureau à nous mesurer et à prélever des échantillons de notre sang. Mes tantes qui publiaient des livres et parlaient de choses sérieuses à la télévision. Et particulièrement ma grand-mère Eluned, ma « Nain », qui m’a appris le nom des oiseaux et des fleurs sauvages.

Ma Nain me fit cadeau de sa détermination. Je ne sais pas exactement comment elle me l’a donnée, mais je pense à elle chaque fois qu’une personne dit que je suis très déterminée. Bien que vous n’ayez peut-être pas entendu parler d’elle, ma grand-mère est une héroïne qui a marqué l'histoire de l'environnement. Elle était une défenseure de l’environnement et elle guida les efforts visant la préservation de l’escarpement du Niagara. Elle était une « guerrière qui a terrassé ceux qui agissaient à l’encontre de l’environnement à l’époque » [Traduction].

Elle était incroyable. Elle m’a montré comment élaguer les arbres jusqu’à l’essentiel pour les aider à bien pousser. Elle m’a forcée à serrer les dents pour ensuite patauger dans des étangs pleins de sangsues. Elle a été la seule personne à lire les cinquante pages de ma proposition de recherche en doctorat (en une seule nuit) – à l’exception de mon jury de thèse, et je ne suis même pas convaincue que mon jury l’ait lue en entier. « J’ai aimé lire ta proposition de thèse », m’a écrit ma Nain, « et j’en ai compris une grande partie grâce à ma formation scientifique d’il y a 65 ans!!! » [Traduction].

Ma grand-mère a étudié la médecine à l’université, mais alors il y a eu la guerre, son mari partit au loin en mer, et elle avait sa jeune famille. Je suppose qu’elle a dû faire de nombreux choix avec lesquels les femmes en sciences sont encore aux prises aujourd’hui. Elle a obtenu son baccalauréat en sciences en 1942 pour ensuite devenir une épouse et une mère, et elle a canalisé ses énergies et son intelligence phénoménales dans d’autres passions. Elle a élevé cinq enfants, a réalisé un jardin splendide et entretenu des ruches d’abeilles prolifiques. Elle a exploré le monde et elle m’a rapporté des fossiles provenant de mers anciennes. Elle a écrit des comptes rendus de lecture pour les cours universitaires auxquels elle continua à assister alors qu’elle était âgée de plus de quatre-vingt-dix ans. Elle s’est jointe à des rassemblements, a dirigé des délégations, a organisé des coalitions, a écrit des lettres et a harcelé des bureaucrates dans sa lutte pour la préservation de l’escarpement écosensible du Niagara et pour la création de la ceinture verte actuelle de l’Ontario. Elle fut une héroïne méconnue de l’environnement. Ma Nain n’était pas motivée par la simple reconnaissance, elle visait un objectif beaucoup plus noble : préserver la nature pour ses petits-enfants et ses arrière petits enfants.

Il y a probablement de nombreuses raisons pour lesquelles les héroïnes méconnues du monde des sciences ont poursuivi leurs travaux en dépit du manque de reconnaissance et d’encouragement et sans recevoir le mérite qui aurait dû leur être attribué. À l’instar de ma grand-mère, peut-être que ces pionnières courageuses travaillaient non pas pour la reconnaissance, mais pour des objectifs plus nobles. Comme Ada Lovelace me confie sur sa carte, « parmi les mondes secrets tout autour de nous, il y a les mondes de la science » [Traduction].

Alors que j’achève mon doctorat en science de l’environnement, je connais de nombreuses raisons pour lesquelles je fais ce que je fais. J’adore la recherche : la liberté intellectuelle, le sens de la découverte, les questions innombrables et le défi physique du travail sur le terrain. J’aime apprendre de nouvelles méthodes d’observation de la nature, que ce soit sous un microscope, à partir d’un satellite, en discutant avec d’autres scientifiques ou en travaillant auprès de collectivités autochtones. J’adore la science. Mais la raison principale qui explique mon choix de travail se trouve dans ma détermination à aider à la préservation des oiseaux et des fleurs sauvages que ma grand-mère aimait tant.

Eluned prenant soin des fleurs de son jardin, aujourd’hui la réserve naturelle de la ferme MacMillan (MacMillan Farm nature reserve) à Vaughan, en Ontarioo

Eluned prenant soin des fleurs de son jardin, aujourd’hui la réserve naturelle de la ferme MacMillan (MacMillan Farm nature reserve) à Vaughan, en Ontario

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