Les scientifiques de l’ACIA à la recherche du Code-barres du vivant

Par : Logan Calkins et Janet Hetherington

L’ADN est ce qui rend chaque personne ou chaque espèce unique. Il s’agit de la double hélice qui constitue vos gènes. L’ADN explique pourquoi vous ressemblez à vos parents et vous distingue de tous les autres humains.

Imaginez un monde où toutes les espèces pourraient être identifiées par l’analyse et le séquençage de l’ADN. Voilà le concept des « codes-barres ».

En collaboration avec ses partenaires nationaux et internationaux, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) travaille à une telle initiative. Il s’agit du projet Code-barres du vivant mené par l’Institut de la biodiversité de l’Ontario, situé à l’Université de Guelph, là où les codes-barres d’ADN ont été utilisés pour la première fois.

Les codes-barres d’ADN utilisent des séquences génétiques très courtes pour identifier une espèce, un peu comme les codes-barres qui servent à identifier les produits à l’épicerie. En fin de compte, la mission des codes-barres d’ADN est de cataloguer toutes les espèces vivantes dans la base de données Code-barres du vivant.

En janvier 2016, le ministre de la Santé du Canada a annoncé un  investissement du gouvernement fédéral en soutien au Code-barres du vivant, une contribution de 323 000 $ de l’ACIA sur 18 mois pour appuyer la collaboration scientifique avec l’Institut de la biodiversité de l’Ontario, Université de Guelph.

L’ACIA a un intérêt direct dans ce projet pour la simple et bonne raison qu’elle doit éliminer la présence de phytoravageurs et les cas de fraude dans l’étiquetage du poisson. Son objectif est de développer la capacité du Canada en matière de codes-barres pour pouvoir identifier plus rapidement les ravageurs envahissants qui menacent l’agriculture et les forêts canadiennes. L’Agence sera aussi équipée pour identifier plus facilement les espèces en vente qui pourraient être présentées de façon trompeuse, comme ce peut être le cas pour certains poissons et fruits de mer.

L’accès à la base de données du Code-barres du vivant permettrait de vérifier l’ADN de n’importe quelle espèce et aiderait l’ACIA dans ses activités d’application des règlements.

« Cette technologie est carrément révolutionnaire! » de dire Cameron Duff, directeur exécutif de la Direction des sciences de la protection des végétaux de l’ACIA.

Stacked DNA trays with barcode stickers labelling each separate species

Légende : Cartouches d’ADN portant l’étiquette du code-barres d’une espèce distincte.

L’ACIA s’applique à protéger les végétaux, les animaux et les aliments, et les végétaux constituent le premier maillon de notre chaîne alimentaire. Ils sont aussi indispensables à l’économie du pays, l’industrie des cultures agricoles générant à elle seule plus de 22 milliards de dollars (22 G$) en exportations canadiennes.

Les ravageurs envahissants peuvent causer d’importants dommages aux forêts et aux cultures canadiennes. Le problème est le suivant : de nombreux phytoravageurs – comme certains insectes et les œufs qu’ils pondent – se ressemblent. À l’heure actuelle, les spécimens sont habituellement identifiés à l’œil : forme, taille et couleur.

Les codes-barres d’ADN offrent une méthode d’identification plus fiable pour complémenter les techniques classiques, ce qui peut accélérer l’identification de ces ravageurs. La capacité de détecter et d’identifier avec précision les espèces grâce à cette technologie est un facteur clé de la protection de notre agriculture, de nos forêts et de notre approvisionnement alimentaire.

« Au lieu d’avoir à envoyer une masse d’œufs à un laboratoire d’entomologie, où il pourrait s’écouler des mois avant que les œufs se développent et que l’espèce puisse être identifiée, il suffirait de quelques jours pour arriver au même résultat grâce aux codes-barres d’ADN », explique Cameron Duff.

« Je crois que c’est une technologie très puissante qui pourrait permettre d’identifier un insecte potentiellement nuisible sans avoir un spécimen entièrement développé ou intact », affirme le chercheur Delano James de l’ACIA.

L’ACIA profiterait de pouvoir identifier plus efficacement les espèces envahissantes pour empêcher l’introduction de ravageurs au Canada. Cela pourrait entraîner des progrès considérables dans les programmes de surveillance et de gestion des risques de l’ACIA.

Le plus souvent, les espèces envahissantes se propagent par des déplacements transfrontaliers de produits. Les codes-barres à ADN pourraient permettre d’établir des pratiques plus fiables pour les organismes de réglementation qui doivent déterminer la présence d’espèces qui présentent des risques.

La technologie pourrait aussi aider à renforcer la conformité. Les consommateurs doivent avoir accès à un étiquetage fiable pour pouvoir prendre des décisions éclairées quant aux aliments qu’ils achètent. Par exemple, lorsqu’une étiquette porte l’inscription « morue », le produit en question doit être de la morue. L’ACIA voit aussi comment les codes-barres pourront contribuer à l’identification d’autres espèces de manière à ce que les étiquettes apposées sur les produits en représentent bien le contenu, ce qui peut être difficile à vérifier dans le cas du poisson et des fruits de mer.

Les échanges commerciaux en bénéficieraient aussi. Lorsqu’une espèce est identifiée rapidement et sans équivoque, les partenaires commerciaux sont en meilleure position pour convenir des approches réglementaires à adopter. Un des défis à relever découle du manque d’uniformité dans l’identification des espèces entre les partenaires commerciaux. Certaines espèces sont étroitement apparentées et difficiles à identifier ou à distinguer. Toute mauvaise identification peut mener à des différences d’approche réglementaire.

Les employés de l’ensemble du réseau de laboratoires de l’ACIA collaborent pour mettre au point et éprouver la technologie. Des projets comme l’Initiative de R­D en génomique, le Projet sur les espèces envahissantes et de quarantaine, et le Programme de partenariats pour les applications de la génomique ont tous contribué à améliorer les méthodes existantes et à donner une nouvelle capacité pour accélérer les processus d’identification des espèces.

Les employés de l’ACIA ont établi des liens avec l’Institut de la biodiversité de l’Ontario, des partenaires fédéraux comme Agriculture et Agroalimentaire Canada et Service canadien des forêts, de même qu’avec des partenaires internationaux. Les partenariats visent à obtenir le plus de données possible de partout dans le monde (Afrique, Asie, Europe, région du Pacifique, Amérique du Nord et Amérique du Sud), tous les intervenants travaillant à l’intégration et à l’adoption internationales des données.

L’accès à la base de données Code-barres du vivant permettrait de vérifier l’ADN de n’importe quelle espèce et aiderait l’ACIA dans ses activités d’application des règlements.

L’accès à la base de données Code-barres du vivant permettrait de vérifier l’ADN de n’importe quelle espèce et aiderait l’ACIA dans ses activités d’application des règlements.

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