Le pire enseignant de mathématiques au Canada

Par Dick Bourgeois-Doyle

 

Théorème de Pythagore (Source d'image : Wikimedia Commons)

À la fin de mon adolescence, j’étais sur le point de devenir le pire enseignant de mathématiques au Canada.

Lorsque je voulais faire augmenter ma moyenne, ne pas assister à mes cours et m’amuser, je m’inscrivais à un autre cours de mathématiques à l’université. Je trouvais la matière facile et la sélectionnais par défaut au moment de choisir mes cours du premier cycle. J’avais l’habitude de traduire toutes mes pensées et mes problèmes en algèbre, et même en équations différentielles. Je me souviens d’avoir des formules pour trouver une petite amie, prolonger mon crédit à la cafétéria et, bien sûr, hausser mes notes tout en m’amusant.

Mes amis et les membres de ma famille qui ont du mal avec les mathématiques m’en veulent lorsque je raconte cette histoire, mais je ne la partage qu’à titre de préambule à la confession d’en enseignant en mathématiques.

Tranquillement, mais de façon prévisible, les mathématiques ont rempli mon horaire de cours et sont devenues ma majeure. Cela m’a obligé à expliquer mon choix lorsque je parlais de ma carrière ou tentait d’apaiser mes parents qui voulaient simplement que je me trouve du travail.

Je leur disais : « je vais devenir professeur de mathématiques, peut-être travailler en Jamaïque pour CUSO », et j’y croyais presque.

J’ai fait du tutorat et j’ai travaillé comme aide-enseignant au laboratoire de mathématiques de l’Université de Guelph. C’était terrible. Je trouvais les solutions presque par magie, mais je ne pouvais jamais expliquer comment, surtout aux étudiants qui avaient besoin d’aide dans le laboratoire de maths.

L’enseignant et les étudiants quittaient habituellement la salle de cours confus et en quête d’une solution.

Heureusement pour moi, et pour de nombreux jeunes Canadiens et Jamaïcains innocents, d’autres possibilités se sont présentées à moi après l’obtention de mon diplôme, et quelqu’un d’autre a dû assumer le rôle de pire professeur de mathématiques en 1973.

Mais, cette brève expérience d’enseignement ne m’a pas quittée. Depuis, je demeure impressionné par les bons professeurs et étudiants qui endurent les moins bons, et j’ai été intrigué par l’enseignement créatif des mathématiques.

Rena Upitis, professeure et ancienne doyenne de l’éducation à l’Université Queen’s, est une personne que je qualifierais de formidable. Avec un doctorat de Harvard et d’autres réalisations impressionnantes en éducation et psychologie, elle a amassé un solide portefeuille de recherches et de publications dans son domaine. Mais, elle m’impressionne particulièrement par sa gamme d’intérêts et sa capacité à les utiliser et à les rapprocher dans ses techniques d’enseignement. Elle est une musicienne, une artiste visuelle, une technicienne en architecture titulaire d’un diplôme, ainsi qu’une charpentière.

Lorsque je l’ai rencontré, il y a quelques années, ses efforts pour enseigner les mathématiques grâce à l’art et l’art grâce aux mathématiques, ont attiré mon attention.

Elle me disait que la beauté se manifeste dans une sculpture ou dans l’élégance d’une preuve mathématique, tout en y apportant une nette distinction.

J’ai été particulièrement frappée par son affirmation selon laquelle les jeunes étudiants peuvent absorber les concepts mathématiques en étudiant et en jouant des instruments de musique. Elle a expliqué que les enseignants qualifiés peuvent utiliser la musique pour parler des concepts de base, comme les modèles, les ratios, les nombres en séries et les fractions, puis expliquer comment ces idées peuvent être transformées en graphiques, diagrammes et symboles.

En cherchant des références sur Internet, je remarque que cette idée est bien établie dans le monde de l’éducation aujourd’hui, et il est facile de trouver des outils en ligne pour les enseignants.

Rena est passé à d’autres innovations, comme l’utilisation de ses connaissances en architecture et en menuiserie pour améliorer l’expérience d’apprentissage et l’application de sa préférence à l’égard de l’écologie aux arts. Rena et ses collègues nous démontrent que le fait de relier des choses qui nous plaisent à des questions intellectuelles peut être très productif.

Une autre personne que je voudrais inclure dans la liste des bons enseignants de mathématiques est Pythagore, le philosophe grec souvent crédité pour avoir défini la relation entre les côtés d’un triangle à angle droit. La plupart des historiens contestent son statut de découvreur du théorème, mais beaucoup admettent qu’il aurait pu être le meilleur à l’enseigner.

Plutôt que d’assommer ses disciples avec des formules abstraites, il leur expliquait que le carré de l’hypoténuse était égal à la somme des carrés des deux autres côtés en utilisant, ironiquement, des carrés; des carrés dessinés dans le sable avec des côtés égaux tirés des côtés du triangle.

Même si je suis une personne qui aime les chiffres et l’algèbre, l’image des îles grecques et des carrés dessinés dans le sable à l’aide d’un bâton tourne dans ma tête lorsque je parle de la technique de Pythagore.

Cette image a, de nouveau, fait surface en novembre dernier lors d’un entretien avec mon ami Hasan Dweik, vice-président directeur de l’Université Al-Quds à Jérusalem-Est. Professeur en sciences des polymères et expert en chimie de l’eau, gestion des déchets solides et technologies environnementales, il a beaucoup de choses à faire pour occuper son esprit et meubler son temps. Mais, Hasan est toujours enthousiaste lorsqu’il parle de son rôle en tant que directeur de la Science Discovery Center et du musée interactif de mathématiques en Palestine.

Je lui ai dit que je n’avais jamais entendu parler d’un musée de mathématiques, mais que l’idée me rendait optimiste. J’ai depuis appris qu’il y en avait d’autres dans le monde.

Soutenue par l’UNESCO, la Commission européenne et de prestigieuses institutions israéliennes et italiennes, le Musée Al-Quds Math enseigne aux étudiants palestiniens, aux enfants des camps de réfugiés et à tous ceux qui franchissent ses portes d’une manière créative, même si parfois humble. En lisant au sujet du Musée et en effectuant de la recherche, j’ai compris que le théorème de Pythagore ne se prêtait pas seulement à l’expression bidimensionnelle, mais aussi aux mesures de volume et de seaux d’eau, et j’ai appris qu’il suffisait de nos deux mains et d’une appréciation de la magie du nombre 9 pour apprendre les tables de multiplication.

Dans un monde où les circonstances difficiles et les ressources limitées, j’ai trouvé le concours annuel Super Pi Palestine du Musée très inspirant. L’Université Al-Quds organise ce concours depuis 2010 dans le cadre de la Journée internationale du Pi (14 mars soit 3-14). Comme pour les événements de récitation de même nature, il met au défi les élèves de produire le nombre illimité et irrationnel Pi au point de décimale le plus complet possible. Typiquement, les enfants palestiniens peuvent obtenir des milliers de chiffres.

Avec des ordinateurs de la taille de la main qui peuvent surpasser les humains pour toutes sortes de tâches mécaniques, on peut se demander pourquoi nous encourageons les enfants à développer leur mémoire, leur capacité de récitation et leurs prouesses répétées. Mais, ces questions disparaissent lorsque vous voyez la fierté se refléter dans le visage des enfants participant au concours Super Pi, constatez la confiance que ce concours génère, et écoutez les participants expliquer ce qu’ils apprennent sur la géométrie, le système de nombres réels et notre monde.

Au fil des années, je me suis demandé si j’aurais pu être un professeur de maths si j’avais envisagé les choses de cette façon ou connu des techniques comme celles utilisées par Pythagore et le professeur Upitis.

Je me suis également demandé si j’aurais mieux mobilisé les étudiants en difficulté de l’Université de Guelph si j’avais partagé les formules pour trouver une petite amie, prolonger mon crédit à la cafétéria et hausser mes notes tout en m’amusant.

Mais, il est maintenant un peu tard pour ça. Je vais donc me contenter d’écrire des blogues sur ce sujet, avec la modeste ambition d’être le meilleur professeur de mathématiques au Canada.

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