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Pourquoi l’imagination est plus importante que les connaissances

Par Dick Bourgeois-Doyle

 

arbre

L’idée m’a séduit immédiatement.

Mais, je n’y ai pas vraiment cru.

En tant que personne ayant toujours rêvassé depuis la classe de maternelle de Mlle Joblin en 1958 (mon bulletin comprenait ce commentaire : « Je pense que le manque de coopération de Richard est principalement dû à un manque d’attention.Son jeune esprit semble complètement occupé par ses propres pensées. »), j’ai trouvé l’affirmation d’Einstein selon laquelle « l’imagination est plus importante que les connaissances » séduisante et un peu exaltante la première fois que je l’ai lue.

Je voulais croire en son génie à cet égard. Mais, pendant la plus grande partie de ma vie, il me semblait que les connaissances, que ce soit au sujet des mystères de l’espace et du temps, de l’enregistrement du temps ou des espaces de bureaux, importaient le plus. Mon écrivain américain préféré, H.L. Mencken, suggère même que l’imagination est le fléau de l’humanité, nous menant vers des voies sans issue et des cercles vicieux.

J’ai commencé à réfléchir de nouveau au mérite de la déclaration d’Einstein, il y a plus d’une décennie, alors que je prenais un café avec l’ancien scientifique du gouvernement fédéral, devenu musicien de rock, Paul Hoffert. Hoffert est un physicien qui a quitté son emploi au Conseil national de recherches (CNRC) en 1969 pour aider à fonder Lighthouse, l’un des groupes de rock canadiens les plus accomplis et novateurs. Hoffert a plus tard ajouté à ce succès avec une carrière solo primée en jazz, musique classique et électronique, ainsi qu’en travaillant comme chercheur universitaire et pionnier dans la technologie de l’information. Il est crédible lorsqu’il réfléchit à la nature de la créativité, le sujet de notre conversation à la cafétéria du CNRC. Je l’ai écouté.

Selon lui, une imagination débordante nous libère des limites du raisonnement déductif. Les vrais créateurs et novateurs ne sont pas bloqués par un chemin imprécis ou un manque de connaissances, ils imaginent le but, ce qu’ils veulent réaliser, et pavent la voie pour y arriver.

Son point de vue sur l’imagination en tant qu’instrument qui guide et façonne l’innovation n’était pas incompatible avec ce que les autres disaient du processus de création dans les ateliers, symposiums et conférences que mes collègues et moi-même organisions à l’époque. De différentes manières, et avec différents mots, la plupart des participants l’ont décrite comme la fonction de trois forces :

  • connaissances et compétences techniques;
  • force émotionnelle;
  • l’imagination.

Les connaissances et les compétences techniques sont les outils qui transforment une idée en réalité, et la force émotionnelle mérite d’être mentionnée, car de nombreux grands performants connaissent le découragement et le dénigrement sur la voie du succès créatif.

Bien que les commentaires de Hoffert correspondent facilement à ce point de vue, ils m’ont aussi semblé un peu mécaniques : davantage axés sur le fonctionnement de la créativité et de l’innovation, un sous-ensemble plutôt que sur le tout. Fixer un objectif et paver un chemin jusqu’au sommet, plutôt que disposer de l’ardeur nécessaire pour l’escalader.

Par conséquent, je n’ai pas entièrement adopté le concept de l’imagination à titre de point le plus important jusqu’à ce que je l’associe, lentement au fil du temps, au plaidoyer pour l’imagination dans d’autres domaines. L’imagination est l’outil choisi par les gourous de la motivation, les psychanalystes et autres praticiens de la santé émotionnelle, et la plupart d’entre nous acceptent facilement que la visualisation d’un cadre tranquille peut calmer alors que l’imagination du pire cas peut troubler.

Cet exercice, combiné aux conseils du musicien rock, semblaient indiqués qu’une imagination robuste et gérée pouvait être le cœur de ce trio de forces, qu’elle se trouve dans une personne ou dans le cadre d’un effort de collaboration.

  • Elle permet, non seulement de maîtriser, de façonner et d’utiliser les connaissances, le talent et les compétences techniques nécessaires,
  • mais aussi de les mobiliser et de les mettre en action de façon persistante
  • avec des associations émotionnelles stimulantes.

Avec cet objectif et ce point de vue, on peut facilement trouver des références et de l’information qui l’étayent.

Il y a plus d’un demi-siècle, Northrup Frye, notre célèbre critique littéraire, a touché de nombreux Canadiens avec ses conférences Massey de Radio-Canada et The Educated Imagination, un argument éloquent et parfois drôle sur le mérite d’étudier et de profiter de la littérature. Frye a noté que nous vivons principalement, sinon presque toute la durée de notre vie, dans un monde imaginaire, projetant l’avenir, réfléchissant sur le passé, et tentant de discerner la vraie nature du présent. Compte tenu de cela, il est logique de cultiver ses capacités d’imagination en étudiant les grandes œuvres d’art.

Selon Frye, évidemment, les grandes œuvres dominantes étaient les mots sur la page et les pensées et les métaphores qu’ils invoquaient. Mais, on peut aussi imaginer des sons, des odeurs, et, puissamment, des images visuelles.

De telles pensées tournent sans aucun doute dans la tête de ceux qui, en sciences, défendent les arts visuels et la force créatrice des interactions entre les mondes scientifiques et artistiques.

L’ancien conseiller scientifique national du premier ministre, administrateur des sciences, éducateur et chercheur, Arthur Carty, s’est souvent exprimé en faveur d’investissements accrus dans l’éducation artistique et d’une appréciation des arts visuels comme moyens pour stimuler le processus créatif en sciences.

Il a affirmé à un public à Ottawa qu’en tant que scientifique, il voulait que son imagination s’allume, qu’il voulait apprendre à voir les choses autrement. Selon lui, les arts ont une façon d’ouvrir l’esprit - ils stimulent les synapses et nous rendent plus réceptifs à la créativité.

Le lauréat du prix Nobel canadien Gerhard Herzberg, l’incarnation de la connaissance et de l’habileté technique, a élaboré sur ce point et a donné sa propre interprétation du commentaire d’Einstein sur l’imagination dans un discours prononcé en 1974 « Remarks on the Boundaries of Knowledge » (remarques sur les limites de la connaissance), pour la Royal Society of Canada. Il a fait valoir que ces frontières pouvaient être traversées grâce à des liens étroits entre les arts, les sciences humaines et les sciences naturelles et, de nouveau, la promotion de l’éducation artistique comme élément de la formation d’un scientifique accompli.

J’en suis venu à comprendre que de tels commentaires découlaient des mêmes pensées qui sous-tendent l’affirmation d’Einstein sur l’imagination et les connaissances. Les connaissances et l’habileté sont essentielles, mais une imagination éduquée et dirigée, qu’elle se reflète dans une peinture ou dans un plan d’ingénieur, peut leur donner un nouvel esprit et une nouvelle énergie.

Par conséquent, si vous pouvez relier vos ambitions intellectuelles à la motivation émotionnelle, vous tirez parti d’un puissant tandem, et il semble que l’instrument qui les relie puisse une image visuelle techniquement réaliste et émotionnellement touchante.

En étudiant les gens qui ont réussi dans l’innovation et la créativité, il m’a semblé que ceux qui bénéficiaient des avantages de ces deux forces dans leur travail travaillent sur des projets qui se prêtaient à une association facile avec l’imagerie motivante. L’ingénieur et inventeur canadien George Klein, dont le portefeuille de quarante années de travail comprenait environ 1 500 innovations dans des domaines allant de l’aviation et du génie nucléaire à l’espace et à la médecine, a cité son travail sur le fauteuil roulant électrique comme étant le plus gratifiant. Le projet mettait en vedette la participation directe de patients et d’anciens combattants en fauteuil roulant.

Il est facile de deviner ce que Klein a imaginé tout au long de cet exercice.

Son esprit associait les obstacles techniques de la conception des moteurs d’entraînement, des engrenages et des commandes avec l’image de jeunes soldats retrouvant leur mobilité et leur vie. Klein et son génie de l’innovation ont été célébrés par de nombreuses personnes, mais surtout par la collectivité du design industriel, une confluence merveilleuse de l’art, de l’ingénierie et des sensibilités humaines.

J’ai pensé au projet de fauteuil roulant électrique, ainsi qu’à d’autres projets du même genre, lors de ma participation à la conférence internationale des étudiants de l’IEEE Engineering in Medicine and Biology Society (EMBS), il y a quelques années. Organisée cette année par l’Université Carleton à Ottawa, les organisateurs du premier cycle et le public se sont concentrés sur l’interface de la médecine et de la technologie, un domaine très créatif et gratifiant à mes yeux. Dans mon ébauche, j’ai commencé par un commentaire bienveillant destiné à mon jeune public : « Si je pouvais revenir à mes premières années d’université, je voudrais que quelqu’un m’encourage à me diriger vers le domaine du génie biomédical.  Je ne peux pas imaginer un domaine plus enrichissant où travailler et vivre. »

Mais, alors que j’attendais mon tour au podium, j’ai lu le programme de la conférence, remarqué son thème (repousser les limites du génie biomédical et des soins de santé) et je me suis souvenu des paroles du Dr Herzberg. J’ai alors biffé mon paragraphe d’ouverture.

J’ai compris que ce que je comptais dire n’était pas tout à fait juste.

Plutôt, j’ai dit que si je pouvais revenir à mes premières années d’université, je voudrais que quelqu’un me parle du pouvoir de l’imagination dans son sens littéral, m’encourage à perfectionner et à appliquer ma capacité à visualiser les choses que je veux faire et à les relier à des choses qui évoquent des émotions.

Alors que je prononçais ces mots, je me sentais très à l’aise. Je ressentais ce genre de bien-être et de confiance que procure une profonde conviction. Cette prise de conscience a pris de l’ampleur au cours des années suivantes, mais je pense à cette conférence avec les étudiants comme étant une pierre de touche lorsque je tente de me rappeler du pouvoir créatif de l’imagination et lorsque je pense à l’affirmation d’Albert Einstein.

Je crois donc que nous respectons l’esprit d’Einstein et que nous suivons les conseils de grands Canadiens comme Carty, Frye, Herzberg et Hoffert lorsque nous nous engageons à visualiser les choses de cette façon.

Ce n’est peut-être que mon imagination, mais j’ai appliqué ce concept plusieurs fois et je pense vraiment que cela fonctionne.

Comme lorsque je rêvais d’écrire un blogue sur les raisons pour lesquelles l’imagination est plus importante que les connaissances. Je l’imaginais comme une collection semi-cohérente de connaissances accumulées, reliée à l’image émotionnellement gratifiante d’un public comme vous lisant ce blogue jusqu’à la fin.

Il y a beaucoup de liens, d’outils et d’enseignants sur le Web pour vous aider à renforcer cette capacité à imaginer et à visualiser, ainsi que sur l’importance de l’imagination.

En voilà quelques-uns :

https://plato.stanford.edu/entries/mental-imagery/

http://psychclassics.yorku.ca/Galton/imagery.htm

https://www.edge.org/conversation/what-shape-are-a-german-shepherd-39s-ears

https://en.wikipedia.org/wiki/Vividness_of_Visual_Imagery_Questionnaire

https://www.nytimes.com/2015/06/23/science/aphantasia-minds-eye-blind.html

https://creativesomething.net/post/

http://www.exeter.ac.uk/news/featurednews/title_467790_en.html

https://opencommons.uconn.edu/cgi/viewcontent.cgi?referer=&httpsredir=1&article=1031&context=nera_2009

http://ideal-group.org/visualization-research/Spatial-Visualization-Visual-Imagery-and-Mathematical-Problem-Solving-of-Students-with-Varying-Abilities.pdf

https://med.uth.edu/nba/files/2015/08/Cui_VividImagery.pdf

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