Surveillance des polluants chez les poissons

Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de l’hexabromocyclododécane (HBCD), mais vous avez probablement déjà été exposé à cette substance. Depuis les années 1960, il se trouve dans des produits que nous utilisons tous les jours – que ce soit dans les produits électroniques ou les plastiques. Il est utilisé principalement dans la mousse de polystyrène pour l’isolation des bâtiments.

L’HBCD est utile à titre d’ignifuge, mais il suscite des préoccupations sur le plan environnemental. Il se dégrade très lentement et sa concentration tend à augmenter à mesure que l’on monte la chaîne alimentaire, ce qui rend l’HBCD particulièrement inquiétant, notamment chez les poissons prédateurs des niveaux trophiques supérieurs et qui vivent en eau douce. L’HBCD est également susceptible d’être transporté sur de grandes distances. Il peut voyager sous forme gazeuse ou fixé aux particules de poussière, loin de son lieu d'origine, et peut même se rendre jusqu’en Arctique.

Les scientifiques du Centre canadien des eaux intérieures (CCEI), à Burlington (Ontario), ont examiné de près l’HBCD dans les cours d’eau du Canada. Un article rédigé par l’équipe du Centre, intitulé Isomer-Specific Hexabromocyclododecane (HBCDD) Levels in Top Predator Fish from across Canada and 36-Year Temporal Trends in Lake Ontario (en anglais seulement), a été publié plus tôt cette année dans la revue Environmental Science & Technology.

Daryl McGoldrick, scientifique du CCEI et coauteur de l’article, a souligné que leur recherche comportait deux objectifs. Le premier consistait à déterminer la concentration actuelle et le type d’HBCD dans le touladi, le doré jaune et l’omble de fontaine à l’échelle du Canada; le second, à examiner les tendances historiques de l’HBCD de 1979 à 2015 chez le touladi du lac Ontario.

Les poissons prélevés dans les lacs, les rivières et les réservoirs partout au Canada ont été congelés puis apportés au CCEI. Les spécimens ont ensuite fait l’objet d’une analyse approfondie pour déceler la présence d’HBCD.

Les scientifiques d’ECCC déterminent la concentration d’HBCD chez les poissons d’eau douce dans l’ensemble du Canada.

Les scientifiques d’ECCC déterminent la concentration d’HBCD chez les poissons d’eau douce dans l’ensemble du Canada.

Leurs recherches ont révélé que le polluant était présent dans environ 90 % des échantillons de poisson analysés. Des traces du polluant ont été décelées dans chacun des 20 sites échantillonnés un peu partout au Canada; toutefois, les concentrations les plus élevées ont été décelées dans les Grands Lacs, plus particulièrement dans le lac Ontario. Des concentrations élevées ont également été observées dans le lac Memphrémagog, au Québec, qui est situé dans une région où l’on fabriquait autrefois des produits contenant de l’HBCD.

Les auteurs ont examiné de plus près les échantillons de touladi du lac Ontario, car c’est dans cette région que se trouvaient les concentrations d’HBCD les plus élevées et qu’ils avaient accès à une série d’échantillons prélevés sur une longue période de temps qui était conservée à la Banque nationale de spécimens biologiques aquatiques d’Environnement et Changement climatique Canada. La tendance observée de 1979 à 2015 n’indiquait « aucune diminution ni augmentation importante » de la concentration d’HBCD. Cependant, c’est le type particulier d’HBCD retrouvé dans le lac qui a changé radicalement. Les deux types d’HBCD, que les chimistes appellent isomères, sont habituellement décelés dans les échantillons environnementaux. Le gamma-HBCD est plus abondant dans le mélange technique utilisé directement dans les produits et l’alpha-HBCD est dominant dans les tissus de poissons. Les chercheurs ont constaté que, bien qu’il n’y ait aucun changement dans les concentrations d’HBCD tous types confondus, la quantité de gamma-HBCD dans les poissons du lac Ontario a diminué avec le temps. Ce résultat est intéressant, car il pourrait indiquer la diminution de « nouveaux » HBCD qui proviennent de nos produits et pénètrent dans l’environnement.

Bien que les concentrations présentes dans le poisson soient inférieures aux concentrations jugées nocives pour la santé humaine, il faut poursuivre les efforts en vue de réduire les concentrations d’HBCD.

En fait, depuis quelques années, le Canada a joué un rôle de premier plan sur la scène internationale pour veiller à réduire cette substance nocive. En 2012, l’HBCD a été ajouté à la liste des substances toxiques de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) et celle des produits chimiques sources de préoccupations mutuelles en vertu de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs. En 2013, le Canada et la Norvège ont dirigé les efforts en vue d’inscrire l’HBCD sur la liste de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants.

Il est peut-être encore trop tôt pour voir l’effet des mesures prises pour réduire les concentrations d’HBCD, mais les scientifiques espèrent utiliser les résultats de 2013 et de 2015 à titre de référence. Ceci dit, notre collègue Daryl McGoldrick considère l’absence d’augmentation de l’HBCD comme un signe positif.

« Il faudra du temps pour éliminer ces substances de l’environnement  », dit-il. La raison principale est que l’HBCD se dégrade difficilement. Néanmoins, l’équipe du CCEI souhaite effectuer une surveillance annuelle des sites de l’ensemble du pays pour confirmer la diminution des concentrations avec le temps.

« Les résultats serviront à constituer un inventaire de base qui nous permettra de comparer les mesures ultérieures des concentrations d’HBCD chez les poissons afin d’évaluer l’efficacité des mesures de gestion des risques qui ont été établies pour réduire les concentrations d’HBCD dans l’environnement du Canada. » (p. 6205)

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