Nouvelle déclaration de l’UNESCO et mes batailles politiques scientifiques

Par Dick Bourgeois-Doyle


Pendant une bonne partie de ma carrière, j'ai senti que j'avais ce qu'il fallait pour me battre dans l'arène de la politique scientifique, du moins au niveau de gladiateur adjoint. Je n'en suis plus si sûr.

J'ai du mal à croire que c'était le cas pendant toutes ces années, alors que je n'avais pas saisi totalement le sens de la Recommandation de l'UNESCO concernant la condition des chercheurs scientifiques de 1974.

Cette recommandation a toujours été reconnue comme un outil de politique utile.

Or, sa lecture a été un véritable combat.

La première phrase se compose de 968 mots regroupés en expressions accrocheuses comme

  • « rappelant qu'aux termes du dernier paragraphe du Préambule de son Acte constitutif, l'UNESCO cherche à atteindre, en favorisant la coopération des nations dans le domaine de la science (entre autres), les objectifs de ... »;
  • « constatant que, dans toutes les parties du monde, cet aspect du processus politique revêt de plus en plus d'importance pour les états membres ; tenant compte des initiatives intergouvernementales indiquées dans l'annexe à la présente Recommandation, initiatives qui témoignent de l'importance croissante que les états membres attachent au rôle de la science et de la technologie dans la solution de divers problèmes mondiaux sur un plan international large, ce qui renforce la coopération entre les nations et favorise le développement de celles-ci »;
  • « persuadée que ces tendances prédisposent les états membres à prendre des mesures concrètes en faveur de la mise en œuvre et de la poursuite de politiques scientifiques et technologiques adéquates ».

En me « rappelant » et en « constatant » que j'ai une capacité d'attention limitée, je comprends pourquoi le document s'est retrouvé tout au bas de ma pile de lectures prioritaires.

Nos maîtres pourraient donner à penser que l'examen, l'absorption et la régurgitation d'une prose pompeuse sont le fait même de la politique scientifique. Mais, compte tenu des options effrénées que m'offrent mon salaire et mon niveau de compréhension, je n'ai jamais trouvé le temps de saisir le sens de cet ensemble de mots.

Tout a changé il y a quelques années lorsque le Conseil international pour la science (CIUS) a été invité à commenter la Recommandation de l'UNESCO et à appuyer son actualisation. Cette tâche d'examiner le projet de modification a été confiée à un comité dont je faisais partie, et j'ai donc dû, sous cette pression, m'obliger à lire ces pages pour la première fois.

Non seulement j'ai ainsi pu reconnaître la valeur d'une révision, mais j'ai aussi vu l'importance de l'exercice de consultation et des éléments loquaces du texte qui figurent encore dans la nouvelle version.

Pourquoi est-ce important pour vous et pour moi?

L'aval des Nations Unies accorde à ce document un statut politique, établit un lien avec la Déclaration universelle des droits de l'homme et en fait une balise pour les codes, les politiques et les lignes directrices en matière d'éthique scientifique des états. Le CP reconnaît maintenant ces mots apparemment superficiels comme le porte-étendard des relations constructives entre la science et la société et de la cohérence à l'échelle internationale.

C'était vrai pour la version de 1974. Maintenant sous sa nouvelle forme, approuvée par les membres de l'ONU en novembre dernier et rebaptisée « Recommandation de l'UNESCO concernant la science et les chercheurs scientifiques » de 2017, le document aborde également les questions contemporaines de l'égalité d'accès, de la science ouverte et de la transparence.

Quiconque a été chargé d'élaborer des politiques scientifiques, particulièrement dans le domaine de l'éthique, sait que le processus d'établissement des principes de base peut dévorer beaucoup d'énergie humaine. Un temps incommensurable consacré à la rédaction de politiques pourrait être libéré si l'on se fondait simplement sur des normes acceptées et convaincantes.

Ce seul élément justifie la lecture de la nouvelle version de la Recommandation de l'UNESCO qui comprend des mots et traduit des pensées, qui ne sont toujours pas plus clairs, mais qui sont au moins plus pertinents et inspirants.

Personnellement, j'aime que la recommandation mise à jour :

  • fasse écho aux idéaux de l'ONU en matière de justice, de paix, d'inclusion et de respect des droits de la personne et de l'environnement;
  • définisse l'interaction significative entre la science et la société comme un exercice bidirectionnel pour répondre aux besoins humains et accorder plus de valeur à la science dans les efforts menés pour relever les défis mondiaux;
  • valorise l'apport de la science dans l'élaboration des politiques, mais exige qu'il repose sur des processus responsables visant à faire progresser la coopération et le développement internationaux;
  • décrive la science comme un bien public mondial qui devrait être axé sur le long terme et dont les avantages devraient être largement répartis grâce au partage des données, des méthodes, des résultats et d'autres connaissances;
  • plaide en faveur de l'inclusion par un accès non discriminatoire à l'éducation et aux possibilités d'emploi qui soutiennent la participation des femmes et des groupes sous-représentés;
  • mette l'accent sur la dignité humaine en reconnaissant que les normes de respect devraient s'appliquer aussi bien aux chercheurs scientifiques qu'aux participants à la recherche humaine;
  • établisse un équilibre entre la liberté et la responsabilité en associant les libertés intellectuelles et la responsabilité de la recherche d'une manière scientifiquement, socialement et écologiquement responsable;
  • favorise l'intégrité à la fois dans la science et dans ses applications, en s'appuyant sur des codes de conduite robustes, des infrastructures administratives, l'éducation et la formation en éthique scientifique;
  • reconnaisse que le besoin de travailleurs qualifiés fait sérieusement appel à des politiques qui appuient la formation, le perfectionnement professionnel, la mobilité, la santé et la sécurité des chercheurs scientifiques;
  • encourage les gouvernements à créer un environnement propice à l'épanouissement de la science en renforçant les capacités humaines et institutionnelles, en reconnaissant le succès et en établissant des normes de qualité.

Il ne fait aucun doute que toutes ces notions sont utiles. Mais, encore une fois, lorsque je pense à ceux qui s'échinent dans les galères des nouvelles politiques scientifiques, je dois avouer que les justifications ne sont pas toujours faciles à trouver et que la Recommandation regorge encore d'un flot de mots. Le préambule demeure intact, et le document, par nécessité, porte les marques d'artisans de la langue de près de deux cents états-nations.

Heureusement pour les praticiens de la politique scientifique, la Commission canadienne pour l'UNESCO (CCU) et son homologue aux Pays-Bas collaborent sur la création d'outils qui permettront une lecture plus facile de la Recommandation 2017. Même le siège de l'UNESCO a démontré qu'il comprenait dans une certaine mesure la situation en présentant le nouveau document sous forme de brochure.

Dans le style du XXIe siècle, ces groupes poussent également l'effort de communication jusque dans les médias sociaux dans le but de créer une communauté de pratique, de faire progresser le savoir et d'accroître l'effet de la Recommandation au profit de la science et de la société.

Leurs efforts m'ont amené à comprendre que le problème de la version de 1974 de la Recommandation de l'UNESCO ne se situait pas dans ses pages, mais découlait de gens comme moi au niveau du gladiateur adjoint, qui n'ont pas fait l'effort de l'absorber et de la partager.

Je l'aurais peut-être fait si je l'avais reconnu, comme je le fais maintenant, non pas comme un adversaire du verbe à combattre, mais comme un bouclier contre les efforts non récompensés dans l'arène de la politique scientifique.

Nouvelle Recommandation de l'UNESCO concernant la science et les chercheurs scientifiques

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