Survie du plus amical

Par Dick Bourgeois-Doyle


Si vous croyez que votre vie, notre monde et l'univers n'évoluent pas comme ils le devraient, vous devriez envisager le point de vue d'un micro-organisme vivant dans les nodules racinaires d'un plant de haricot.

Je pense particulièrement au type de bactérie appelée rhizobium. Bien que cette bactérie soit de petite taille, elle peut jouer un rôle important en fixant l'azote atmosphérique, le convertissant essentiellement en ammoniac qui à son tour fertilise la légumineuse.

On pourrait croire que le rhizobium est utile pour les plants de haricot, et que sa présence près de ceux-ci est avantageuse. Cependant, les rhizobiums, à leur état naturel loin de la racine, sont tout à fait inutiles pour les plantes. Certaines personnes pourraient les dénigrer et dire qu'il s'agit de pitoyables « petites tiges non sporulées » incapables d'utiliser l'azote ou de faire grand-chose. Il s'avère que les rhizobiums ont besoin d'aide eux aussi. Ils ne peuvent pas exprimer le gène pour la fixation de l'azote et faire leur travail avant de s'implanter dans les nodules des racines des plantes hôtes. à ce stade, les pitoyables petits rhizobiums ont accès à une réserve personnelle de sucre, et utilisent leurs super pouvoirs de fixation pour faire leur travail. Les deux partenaires dépendent l'un de l'autre.

Pour la plupart des gens, ces renseignements devraient suffire au sujet des rhizobiums.

Cependant, vous et moi et le reste de la planète nous intéressons davantage à cette relation symbiotique ancrée entre la bactérie et le haricot. L'interaction amicale entre les deux organismes peut nous en dire long sur l'écologie et la biologie évolutionniste et la façon dont les espèces s'adaptent et prospèrent. Cela me permet également de voir le monde avec un peu plus d'espoir.

Depuis de nombreuses années, les biologistes et les phytologues utilisent la symbiose entre légumineuses et rhizobiums comme modèle pour la recherche agricole. Cependant, la collaboration entre le haricot et la bactérie fait de plus en plus l'objet d'études afin d'approfondir la compréhension fondamentale au sujet de l'évolution et de ce qui fait que le monde est tel qu'il est.

En fait, de nombreux organismes collaborent avec d'autres espèces pour la nutrition, la protection ou la dispersion. L'omniprésence de cette coopération entre les espèces, appelée mutualisme, soulève un certain nombre de questions qui méritent d' être étudiées.

Tout d'abord, si vous êtes une personne cynique, vous pourriez demander pourquoi l'un des partenaires, par exemple la bactérie, ne prend simplement pas ce qu'il veut de l'autre organisme avant de partir sans fournir un avantage réciproque.

Ce comportement a été qualifié de « tricherie » par les biologistes, et il semble que les tricheurs ne s'en sortent pas si bien que ça au fil de l'évolution.

Vous vous imaginez peut- être que cela est dû au fait que les haricots, comme les humains, évitent les partenaires tricheurs et s'alignent sur des êtres plus fiables, obligeants et cohérents. Cela s'inscrit dans le concept amélioré de l'évolution, et pas seulement pour des espèces en particulier soumises au concept de la loi de la jungle ou de la survie du plus apte. Il s'agit plutôt de l'histoire des écosystèmes survivant en fonction de collaborations étroitement liées mutuellement bénéfiques qui permettent d'assurer la survie des générations futures pour l'ensemble des espèces.

Pourtant, selon des recherches récentes utilisant le modèle légumineuses et rhizobiums, les espèces qui entretiennent des relations de mutualisme réussies n'évoluent pas vraiment dans le but de chercher les meilleurs partenaires et de s'attacher à ces partenaires particuliers au sein de l'écosystème. Elles sont plutôt en mesure de s'adapter et de prospérer dans la diversité. Il semble que les espèces ayant des relations de mutualisme qui sont teintées de préjugés et plus sélectives ne peuvent pas toujours rivaliser avec les espèces ayant des relations de mutualisme qui sont moins sélectives, et qu'il est préférable de bien s'entendre avec des organismes ayant différentes forces et caractéristiques, possiblement parce que les fluctuations environnementales ne nous donnent aucune garantie relativement à la qualité et à la disponibilité de collaborateurs partenaires idéaux.

Ainsi, m ême s'il est vrai, comme le disent les experts, que « sans symbiose, la nature de la vie sur Terre serait méconnaissable par rapport à ce que l'on retrouve aujourd'hui », des relations symbiotiques peuvent prendre forme de nombreuses façons et de toutes parts si un organisme est pr êt à établir des liens variés.

Vous avez probablement déj à deviné pourquoi je trouve de l'espoir en examinant d'un point de vue scientifique notre monde et son évolution continue fondée sur la collaboration, l'ouverture à la diversité et le dévouement aux autres.

Cependant, il y a également une raison plus personnelle qui fait en sorte que je vois de grandes choses dans les racines de haricot et les bactéries et que je m'y intéresse. C'est dans ce domaine que ma fille a poursuivi ses études de doctorat, au département d'écologie et de biologie évolutive de l'Université de Toronto.

Il y a plusieurs années, lorsqu'elle a quitté le milieu positif et convivial de l'Université Memorial pour déménager au centre-ville de Toronto, je me demandais comment elle réussirait à s'adapter. Toutefois, lorsqu'elle a présenté son travail et a remercié une longue liste de mentors et de collègues ce mois-ci, il était évident qu'elle a non seulement beaucoup appris sur son domaine et qu'elle s'est perfectionnée en tant qu'enseignante et présentatrice, mais qu'elle s'est également fait beaucoup d'amis. Cette capacité lui sera de nouveau utile lorsqu'elle déménagera aux états-Unis pour occuper un poste de niveau postdoctoral.

Je pense donc à ce type de mutualisme aussi lorsque je lis ses documents sur la symbiose entre légumineuses et rhizobiums et j'envisage l'avenir avec espoir.

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