Établir la priorité des investissements pour sauver les espèces en péril

Quel est la meilleure façon d’assurer la survie du plus grand nombre possible d’espèces en voie de disparition? Comment pouvons-nous tirer le meilleur parti des ressources limitées pour protéger les espèces?

Pour répondre à ces questions un nouveau projet a été lancé par la Direction des sciences de la faune et du paysage de la Direction générale des sciences et de la technologie, à Environnement et Changement climatique (ECCC). Tara Martin, de l’Université de la Colombie-Britannique, et des collaborateurs du Service canadien de la faune ont participé au projet. Le fruit de leurs collaboration est un manuscript publié plus tôt ce mois-ci dans Conservation Letters et intitulé Prioritizing recovery funding to maximize conservation of endangered species (en anglais seulement).

La gestion des menaces jugées prioritaires

L’article présente une méthode appelée la gestion des menaces jugées prioritaires. Cette méthode sert d’outil aux décideurs lorsqu’ils doivent déterminer les stratégies de gestion qui garantissent les meilleurs résultats de conservation par dollar investi. Dans le cadre de ce projet pilote, les auteurs ont utilisé la méthode de la gestion des menaces jugées prioritaires dans le Plan d’action visant plusieurs espèces en péril dans le sud-ouest de la Saskatchewan : South of the Divide d’ECCC. Ce plan dirigé par Mark Wayland du Service canadien de la faune porte sur les besoins en rétablissement de 15 espèces qui vivent dans la région de prairie mixte du sud de la Saskatchewan; 13 de ces espèces sont inscrites à la liste de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Les stratégies de gestion proposées ont une grande portée et peuvent aller d’une réglementation accrue à la conservation de l’habitat, jusqu’à la restauration de l’habitat. Établir la priorité des diverses stratégies de gestion figurant sur la liste, en tenant compte également des besoins variés de ces 15 espèces, constituait un défi de taille.

Paul Smith de la Division de la recherche sur la faune d’ECCC a souligné que ce plan fait partie d’une série croissante de plans d’action visant plusieurs espèces, conçus pour accélérer le rétablissement des espèces en péril dans les régions prioritaires. « L’établissement de l’ordre de priorité pour bon nombre de ces plans d’action visant plusieurs espèces risque d’être ardu.  Les approches fondées sur la science peuvent aider à orienter les décisions concernant des scénarios aussi complexes », dit Paul Smith, qui a dirigé le projet pilote de l’approche de la gestion des menaces jugées prioritaires au Canada.

Atteinte des objectifs de rétablissement

Dans l’approche de la gestion des menaces jugées prioritaires, l’avantage de chacune des stratégiesNote de bas de page 1 est multiplié par la faisabilité, puis divisé par les coûts prévus. On fait la somme des espèces et on obtient une mesure « coût-efficacité ».  Les coûts, la faisabilité et les avantages ont tous été estimés par les experts qui ont conçu le plan d’action, de même que les estimations des incertitudes pour ces valeurs.  Les mesures coût-efficacité ont ensuite servi à montrer la probabilité de l’atteinte des objectifs de rétablissement pour chacune des 15 espèces, et ce, en fonction de différents scénarios d’investissement en conservation. 

Selon le scénario de base de non-intervention, seulement deux des 15 espèces analysées avaient une probabilité de 50 % et plus d’atteindre les objectifs de rétablissement. Avec la mise en œuvre de seulement cinq des programmes de rétablissement complémentaires soutenus par un investissement de 126 M$ sur 20 ans, 13 des 15 espèces ont dépassé le seuil de probabilité de 50 % d’atteindre les objectifs de rétablissement. Plus important encore, dans différents scénarios d’investissement, les résultats indiquent que les mesures de conservation sélectionnées selon l’approche de la gestion des menaces jugées prioritaires étaient supérieures aux mesures fondées seulement sur le coût ou l’efficacité.  L’article souligne : « nous pouvons tirer encore plus des ressources limitées dont nous disposons pour les espèces en voie de disparition en accordant la priorité aux investissements dans les stratégies de gestion qui permettent de rétablir le plus grand nombre d’espèces au moindre coût. »

Paul Smith met l’accent sur le fait que l’approche ne repose pas fondamentalement sur la priorité des espèces; les calculs se rapportent seulement à la priorité des mesures de conservation. Certaines de ces mesures ont un effet global supérieur parce qu’elles sont bénéfiques à plusieurs espèces, d’autres ne contribuent qu’à un petit nombre d’espèces, mais toutes les espèces sont prises en considération de manière égale. Toutefois, l’approche de la gestion des menaces jugées prioritaires a permis d’identifier des espèces dont le rétablissement était peu probable, et ce, peu importe l’investissement, à moins que des mesures soient prises à l’extérieur de la région. Par conséquent, la méthode permet également de démontrer les lacunes de gestion à l’échelle d’une région. 

La méthode de la gestion des menaces jugées prioritaires a été utilisée à quelques reprises ailleurs dans le monde, mais la présente étude constitue la première application de la méthode dans la gestion des espèces en voie de disparition au Canada.  L’article indique que l’approche « offre des moyens rigoureux et reproductibles pour déterminer la priorité des stratégies de conservation et a le potentiel d’améliorer l’efficacité des mesures de rétablissement mises en œuvre dans le monde entier […] elle fournit une documentation de valeur sur les avantages et les coûts, établit des données de référence cruciales pour mesurer la réussite de la conservation à l’avenir et oriente la recherche future en identifiant les incertitudes importantes. » 

Paul Smith dit que la gestion des menaces jugées prioritaires n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de l’efficacité des approches fondées sur la science pour prendre de meilleures décisions de conservation. Les questions de conservation sont complexes et il peut s’avérer difficile de savoir par quoi commencer, mais il est essentiel de surmonter cette incertitude et de se préparer à prendre des mesures – les choses ne pourront pas s’améliorer d’elles-mêmes. »

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