Sur le terrain : étude des tremblements de terre et des glissements sous-marins dans la baie de Baffin

Par Nicole Hobbs

Lorsque j’ai commencé à la Commission géologique du Canada en mars dernier, je n’aurais jamais cru que j’aurais la chance de participer à une équipe de recherche et de passer un mois en Arctique à bord d’un navire de la Garde côtière.

Mes amis et ma famille n’en croyaient pas leurs oreilles lorsque je leur ai annoncé que je partais un mois en expédition scientifique dans l’Arctique canadien - « Tu vas ? Vous allez faire quoi? Pendant combien de temps? ».

Rétrospectivement, j’admets que c’était peut-être un peu fou, mais j’étais convaincue que ce genre d’occasion ne se présente qu’une seule fois dans une vie, sur le plan professionnel comme sur le plan personnel.

Notre expédition a commencé lorsque nous sommes montés à bord du Hudson, un navire de la Garde côtière canadienne, et que nous avons quitté le port d’Halifax, le 17 août 2018. Ce navire de 63 ans n’a rien d’un hôtel de luxe, mais il possède toutes les commodités nécessaires pour assurer le confort de ses passagers. L’équipage de la Garde côtière, qui passe six mois de l’année à bord du Hudson, s’est montré très accueillant, et des liens d’amitié se sont rapidement tissés. Nos petites cabines étaient meublées de lits superposés, d’un bureau, d’un petit compartiment pour les effets personnels et, si vous étiez chanceux, d’une petite salle de bain. Les laboratoires qui nous permettraient de mener à bien nos travaux de recherche étaient répartis à la grandeur du navire.

Pendant les trois premiers jours de notre voyage jusqu’au Cap Dyer, dans la baie de Baffin au Nunavut, la mer était tranquille et le ciel est resté beau. Mais au quatrième jour, nous avons croisé une tempête avec des vagues de 3 à 5 mètres de haut. Plusieurs ont eu le mal de mer, moi incluse. J’aime me faire bercer au lit, mais pas quand je crains d’être arrachée de mes couvertes à cause d’énormes vagues! J’ai aussi fait l’expérience intéressante de marcher comme si j’avais été intoxiquée, alors que j’étais parfaitement sobre.

Après une journée et demie à Cap Dyer, nous avons mis le cap au nord vers le fjord Southwind. Les collectivités de cette région habitent directement sur la côte, au niveau de la mer. Elles sont particulièrement vulnérables aux tsunamis et aux glissements de terrain. Le dernier exemple date de 2017 seulement, quand un tsunami provoqué par un glissement de terrain a frappé les côtes du Groenland, directement en face du Nunavut, balayant plusieurs maisons et laissant quatre personnes présumées mortes. Cet environnement propice aux glissements de terrain est très semblable à celui des collectivités côtières du Nunavut.

Il faut d’abord que les scientifiques connaissent la fréquence des tremblements de terre et des glissements de terrain si nous voulons mieux les comprendre et mieux nous préparer aux risques dans l’Arctique canadien. Les données que nous avons recueillies pendant ce voyage de recherche ont aidé les chercheurs de Ressources naturelles Canada à mieux comprendre les processus géologiques et les géorisques marins dans la baie de Baffin. En retour, ces nouvelles connaissances aident les collectivités, le gouvernement du Nunavut et les organismes de réglementation à prendre des décisions éclairées sur l’utilisation des régions extracôtières. De plus, elles aident les collectivités littorales du Nord à améliorer leurs pratiques de sécurité publique.

Une autre expérience qui m’a beaucoup marquée, et qui constituait un volet important de l’expédition, fut lorsque nous avons partagé nos connaissances scientifiques aux collectivités locales. Le 29 août, l’équipe de recherche a invité les membres de la collectivité de Qikiqtarjuaq à bord du NGCC Hudson pour leur faire visiter le navire et pour qu’ils puissent en apprendre davantage sur les travaux de recherche en cours. L’équipe a répondu aux préoccupations de la collectivité et a discuté des priorités de recherche. Tous ceux qui étaient présents pensaient au tsunami qui a frappé le Groenland en discutant des géorisques marins.

Avant notre départ, mes collègues m’avaient dit que l’expédition en valait amplement la peine, ne serait-ce que pour la destination! Et ils avaient raison! Les paysages et la géomorphologie du cap Dyer étaient magnifiques. Nous étions entourés par la mer bleue verte et les icebergs, surplombés par des montagnes de 6 ou 7 000 pieds, couvertes de neige. Les magnifiques glaciers du Fjord Southwind semblaient tout droit sortis d’un rêve. Aussi, la visite du petit hameau nordique de Qikiqtarjuaq fut une véritable leçon d’humilité. Nous avons pu voir la faune dans toute sa beauté, notamment des baleines, des dauphins et des oiseaux, et j’ai même tenu une ophiure dans mes mains. Enfin, je n’oublierai jamais le moment où j’ai vu un ours polaire nager à côté de notre navire.

Juste comme nous reprenions le chemin du retour en direction d’Halifax, les aurores boréales se sont mises à danser pour nous juste au-dessus du NGCC Hudson. Comme si l’Arctique nous disait au revoir – je n’avais jamais rien vu de tel. Un moment spectaculaire qui a mis fin à une importante expérience scientifique.

Photo : le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique

Le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique.
Photo : Captain Fergus Francey.

Photo : le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique

Le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique.

Photo : le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique

Le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique.

Photo : le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique

Le NGCC Hudson dans la baie de Baffin durant l’expédition scientifique.

Date de modification :