Existe-t-il un lien entre les cellulaires et les produits ignifuges nocifs?

Les esters organophosphorés (EOP) [composés chimiques] se retrouvent depuis des décennies dans des produits que nous employons quotidiennement et sur des surfaces d’utilisation courante, comme nos chaises rembourrées ou la cire à plancher. Ils sont aussi utilisés de plus en plus souvent dans des produits pour remplacer d’autres ignifugeants considérés comme plus nocifs et à présent interdits.

Des études récentes montrent cependant que les EOP causent de nombreux problèmes de santé, notamment des problèmes de fécondation in vitro, une diminution du QI et de la mémoire de travail, et une plus grande probabilité de cancer papillaire de la thyroïde.

Liisa Jantunen, scientifique d’Environnement et Changement climatique Canada, s’est jointe à ses collègues de l’Université de Toronto, d’Action Cancer Ontario et de Santé Canada pour mener une étude sur les relations entre les concentrations d’EOP dans l’air, dans la poussière, sur les mains, sur les lingettes pour appareils électroniques et dans des échantillons d’urine. Les résultats de l’étude ont récemment été publiés dans Environment International sous le titre : « Are cell phones an indicator of personal exposure to organophosphate flame-retardants and plasticizers? » (article en anglais seulement; [traduction libre du titre : Les téléphones cellulaires sont-ils un indicateur de l’exposition individuelle aux plastifiants et aux produits ignifuges organophosphorés?]).

Analyse des EOP

Au total, 51 femmes âgées entre 18 et 44 ans ont participé à l’étude en fournissant des échantillons d’urine, des lingettes pour les mains et des échantillons d’air et de poussière provenant de leur domicile.

Les chercheurs ont trouvé une corrélation entre les concentrations d’EOP sur les mains des participantes, leurs appareils électroniques portatifs, notamment les téléphones cellulaires, et leurs concentrations internes de métabolites organophosphorés. Toutefois, les chercheurs font remarquer que cela ne signifie pas nécessairement que les téléphones cellulaires sont une source d’EOP.

En fait, les chercheurs croient qu’il pourrait y avoir une autre explication plus plausible.

Selon eux, les téléphones cellulaires pourraient être des indicateurs d’exposition aux EOP plutôt que des sources d’EOP. Les lingettes pour téléphones cellulaires pourraient être un indicateur raisonnable de l’exposition interne par contact des mains à la bouche ou par absorption cutanée, étant donné le contact fréquent de la plupart des gens (y compris les enfants) avec leur téléphone cellulaire, toujours selon les auteurs de l’étude.

Étant donné que les EOP s’accumulent sur nos mains et que de nombreuses personnes utilisent fréquemment des téléphones cellulaires et d’autres appareils électroniques portatifs, les chercheurs croient qu’il est plausible que les EOP soient transférés des mains aux téléphones cellulaires et aux autres appareils, mais que les appareils eux-mêmes pourraient également être une source de certains de ces composés.

Les auteurs concluent que lingettes pour téléphones cellulaires pourraient fournir un indicateur intégré de l’exposition aux produits ignifuges et aux plastifiants accumulés dans de multiples microenvironnements, en particulier parce que les gens sont en contact fréquent avec leur téléphone cellulaire qui est rarement lavé.

Prochaines étapes

Liisa Jantunen espère que les résultats de cette étude et d’autres donneront lieu à des changements dans la réglementation. Elle note que le Plan de gestion des produits chimiques, en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, s’oriente vers la mise en œuvre de certains règlements en ce qui concerne les EOP. Jusqu’à présent, les règlements ont été sélectifs tant en ce qui concerne le type de produits chimiques que les produits réglementés (p. ex., les jouets pour enfants).

Madame Jantunen a également indiqué que la communauté scientifique pose des questions sur les normes d’inflammabilité.

Existe-t-il de meilleurs moyens d’ignifuger les matériaux qu’en ajoutant tous ces produits chimiques? Les normes sont-elles pertinentes aujourd’hui? Les normes d’inflammabilité atteignent-elles leur objectif de réduction des décès et des blessures causées par les incendies?

Santé Canada travaille également avec madame Jantunen à une nouvelle étude visant à déterminer l’incidence des déménagements dans des maisons neuves, afin d’évaluer les produits chimiques dans l’environnement domestique.

Bien que cette étude puisse fournir plus d’information aux décideurs, à court terme, madame Jantunen formule un certain nombre de recommandations à l’intention des personnes préoccupées par les résultats.

À son avis, il est important de se laver les mains fréquemment et de prendre un bain tous les jours puisque le corps absorbe les EOP. Pensez aux produits que vous utilisez et appliquez sur votre corps, et lorsque vous achetez quelque chose de nouveau, pensez vraiment aux solutions de rechange possibles, par exemple, des matelas de laine biologique et des revêtements de sol nobles comme les carreaux et le bois franc. Réfléchissez aussi à deux fois avant de donner un appareil électronique à vos enfants, qui sont vulnérables aux effets de ces composés.

L’article complet publié dans Environment International est disponible ici.

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