Mot-clic Canadarm

Par Dick Bourgeois-Doyle

 

La semaine dernière, j’ai eu un large sourire quand j’ai vu que #Canadarm était tendance sur Twitter.

Le mot-clic s’est hissé dans les rangs des réseaux sociaux avec la nouvelle que notre pays construirait une nouvelle génération de Canadarm pour une nouvelle station spatiale qui orbitera autour de la Lune. Beaucoup d’autres Canadiens auraient souri aussi, gonflés de la fierté générée par le mot et les réalisations technologiques qu’il véhicule.

Toutefois, en tant qu’admirateur des communications scientifiques intelligentes, j’ai souri parce que je me suis rappelé comment le nom « Canadarm » a été inventé, comment il a été promu et comment il s’est imposé dans l’esprit canadien.

Le mot a été prononcé pour la première fois publiquement lors d’un événement médiatique en 1981 par Larkin Kerwin, alors président du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), l’organisme gouvernemental chargé de gérer le projet. Bien que le nom « Canadarm » semble maintenant naturel et approprié pour bien des gens, il ne s’est pas répandu immédiatement et M. Kerwin ne l’a pas mentionné spontanément.

Son utilisation du nom a fait suite à des semaines de remue-méninges et de calculs. À son honneur, le regretté M. Kerwin a reconnu les limites de la mobilisation publique pour le « système de manipulation à distance », le terme officiel pour désigner le dispositif robotique. Le président du CNRC a donc mis son personnel des communications au défi de faire mieux, et ils ont généré beaucoup d’idées.

M. Kerwin, qui a ensuite dirigé l’Agence spatiale canadienne, m’a dit dans une lettre envoyée après sa retraite que le personnel de la Direction des communications du CNRC méritait d’être félicité pour avoir inventé le nom « Canadarm », en particulier Wally Cherwinski, un scientifique formé à Cambridge qui s’est lancé dans le journalisme sportif après avoir joué au hockey en Angleterre; cela lui a permis de se diriger vers les communications scientifiques au CNRC. M. Kerwin a félicité M. Cherwinski et ses collègues pour s’être fait le champion de l’utilisation du nouveau nom dans des circonstances qui n’ont pas toujours favorisé l’innovation dans les communications.

Un défi est apparu du fait que, même s’il s’agissait d’un nouveau mot, il n’avait qu’un sens anglais et ne semblait pas avoir d’équivalent français. Des termes comme « Le bras d’or du Canada » et même « Le bras Nord » ont été lancés. Cependant, les traducteurs se sentaient plus à l’aise avec des termes techniques qui avaient des parallèles, comme « le système de manipulation à distance », en français. Pendant longtemps, les produits de communication et la documentation du gouvernement sur le projet ont également biaisé la terminologie ordonnée du « système de manipulation à distance » en anglais.

Étonnamment, même certains journalistes ont résisté et ont délibérément évité d’utiliser le mot « Canadarm », le jugeant peut-être trop mignon et soupçonnant que les communicateurs du gouvernement pourraient tenter de manipuler les médias à distance.

Le personnel de la Direction des communications du CNRC a toutefois persisté à utiliser le terme dans des documents du CNRC et des conversations verbales, et dès qu’ils en avaient l’occasion.

Ils ont, bien sûr, bénéficié du soutien de leur président. Mais ils avaient aussi la puissante toile de fond du gigantesque mot-symbole Canada qui brillait sur la surface blanche et brillante du Canadarm. Le mot-symbole a peut-être été le moteur de la communication du projet.

L’exigence de l’afficher bien en vue sur le bras du robot est venue après des négociations tendues avec la NASA, qui avait une politique contre les « panneaux publicitaires dans le ciel ». L’acceptation éventuelle par l’agence spatiale américaine d’un drapeau géant du Canada et de la feuille d’érable intégré aux spécifications techniques atteste à quel point la NASA apprécie la participation canadienne au programme de la navette. Ou, peut-être que les Américains étaient heureux de voir notre pays étiqueté sur un appareil expérimental de haut niveau qui aurait très bien pu échouer dans les extrêmes de l’espace.

Comme nous le savons tous, il n’a pas échoué, et le déploiement réussi du Canadarm a non seulement fait sourire tout le monde (c’est-à-dire, pour les Canadiens, sauter, acclamer et applaudir), mais il a aussi rehaussé les efforts visant à faire la promotion de son nouveau nom en jouant du coude dans les relations avec les médias.

À cette époque, par exemple, l’équipe des communications du CNRC a appris que l’acteur James Doohan, « Scotty » de l’émission originale Star Trek à la télévision, serait à Ottawa et l’a invité dans les laboratoires de la Division spatiale du CNRC, où une maquette et des simulations informatiques du bras canadien étaient exposées. Dûment encadré, il a accordé des entrevues aux médias et a fait l’éloge de cette réalisation technologique en faisant référence à maintes reprises au « Canadarm ».

En examinant l’histoire archivée de la CBC cette semaine, j’ai ri deux fois; une fois quand M. Doohan a dit : « C’est incroyable qu’ils puissent faire ces choses avec le petit budget qu’ils ont », et une autre fois à la fin de la vidéo quand il est monté dans une voiture pour quitter le CNRC. M. Cherwinski a sauté dans la voiture avec lui. De nombreux autres événements créatifs ont été organisés pour lier le nom et le dispositif.

Cependant, le point de basculement s’est produit lorsque les responsables de la NASA ont commencé à faire référence au « Canadarm », donnant au mot une crédibilité que seul un appui externe peut donner. Cette pratique a pris racine à la suite du premier vol du Canadarm en 1981, lorsque les astronautes américains Joseph Engle et Richard Truly sont venus au Canada pour une tournée qui est passée par Ottawa, Montréal, Québec et Toronto.

À l’époque, avant la possibilité de rencontrer un astronaute canadien au centre commercial ou au supermarché, les Américains avaient une célébrité qui ouvrait les portes de la Colline du Parlement et attirait les foules des médias partout où ils allaient. Malgré le solide soutien de la NASA en matière de communications scientifiques, les astronautes américains ont compté beaucoup sur l’équipe des relations avec les médias du CNRC pour les séances d’information et les arrangements logistiques dans ce pays étranger.

Joseph Engle et Richard Truly n’ont pas eu besoin de beaucoup d’encouragement pour parler en termes élogieux des entreprises canadiennes et de la contribution canadienne au programme de la navette. Ils ont cependant reçu des encouragements clairs sur la façon de le citer dans les entrevues et les conférences de presse, en se faisant dire qu’ici, on l’appelle le Canadarm.

Plus tard, un jalon important a été franchi lorsque Terry Milewski, alors journaliste scientifique à la CBC, a commencé à déposer des rapports concernant le « Canadarm ».

Au cours de la décennie suivante, le Canadarm s’est comporté aussi impeccablement que l’on pouvait raisonnablement s’y attendre, et chaque fois qu’il a réussi dans l’espace, son nom a pris racine sur terre.

C’est un mot qui figure maintenant dans les dictionnaires qui font autorité et dont font écho les Canadarm2 et Canadarm3 de la prochaine génération. Aujourd’hui, dans les pages françaises du site Web de l’Agence spatiale canadienne, le système s’intitule « Le Canadarm », ce qui confirme le statut du mot comme symbole de fierté nationale pour tous les Canadiens.

Je ne sais pas comment vous le mesureriez, mais je suis convaincu que cette reconnaissance et cette fierté n’auraient pas été obtenues si on avait demandé aux Canadiens de s’en souvenir et de le désigner comme le « système de manipulation à distance ». Je crois aussi qu’il peut être très avantageux d’appuyer l’innovation dans les communications scientifiques tout en célébrant l’innovation scientifique et technologique.

Des personnes malveillantes pourraient suggérer que la reproduction du Canadarm1, du Canadarm2 et du Canadarm3 fait écho à l’imagination limitée des suites hollywoodiennes comme Lendemain de veille 1, 2 et 3. Cependant, je souris, préférant voir cela comme une célébration de communications intelligentes et d’un autre effort pour innover dans l’intérêt national.

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