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Ce que nous pourrions apprendre de l’Afrique

Par Dick Bourgeois-Doyle


Imaginez accoucher dans des conditions difficiles, protéger votre enfant contre des risques indiscriminés puis la voir exceller à l’école. Mais avant qu’elle puisse tisser des liens avec sa famille, s’enraciner dans sa communauté et réaliser son plein potentiel, des forces échappant à votre contrôle l’obligent à quitter la maison et à partir pour toujours. Cet exemple décrit l’expérience déchirante des chefs de file scientifiques en Afrique qui tentent de renforcer l’écosystème de l’innovation sur un continent qui semble parfois se vider de ses talents les meilleurs et les plus brillants.

Presque tous les pays, y compris le Canada, ont du mal à retenir les meilleurs talents (nos ingénieurs en logiciels sont assis sur une glissade d’eau qui les conduit vers les grands noms de la Silicon Valley) et à lutter contre la fuite des cerveaux. Mais les chiffres montrent que l’Afrique souffre plus que toute autre région et laissent entrevoir que les choses pourraient empirer en raison des difficultés économiques et sanitaires persistantes, des conflits et des catastrophes qui ont encouragé de nombreuses formes de migration. Dans les petits pays africains, plus de 80 % de leurs habitants hautement qualifiés émigrent, et toute l’Afrique a du mal à retenir les professionnels de la santé. La moitié des médecins qui y sont formés partent à l’étranger dans l’espoir d’y trouver des pâturages plus verdoyants. (Ces enjeux sont bien connus - voir le CRDI du Canada).

Heureusement, l’Afrique dispose d’un solide atout : un groupe de personnes dévouées, visionnaires et sérieuses qui se penchent sur cet enjeu dans de nombreuses organisations scientifiques à l’échelle du continent. Comme le montrent un nouveau rapport du Conseil international de la science et de l’Académie des sciences du Nigéria (NAS), ces personnes sont prêtes à relever le défi en partageant des idées, en collaborant et en innovant avec une certaine dose d’espoir.

Le rapport, « Shaping the future of researchers in developing countries » (Façonner l’avenir des chercheurs dans les pays en développement), résume les discussions d’un atelier de deux jours organisé par la NAS et mes collègues du Comité sur la liberté et la responsabilité dans la conduite des sciences (CFRS) du Conseil international de la science, qui a eu lieu l’an dernier à Abuja. Le président de la NAS, Mosto Onuoha, a proposé de co-organiser l'atelier en 2017 et mon ami du CFRS, Guéladio Cissé, a été responsable de l’ordre du jour et de la logistique. Par contre, des gens représentant de nombreuses organisations et nations (France, Norvège, Nouvelle-Zélande, Suisse, Afrique du Sud, Ghana, Cameroun, Nigéria, Kenya, Australie, Égypte, Sénégal et Burkina Faso) y ont participé; ils se sont rassemblés pour affronter les forces prodigieuses qui poussent et éloignent les gens de l’Afrique.

Comme vous pouvez le deviner, le manque d’argent a fait l’objet de nombreuses présentations et conversations. Cette carence se traduit par de faibles salaires pour les scientifiques et les éducateurs, l’absence d’équipement et d’outils de recherche fondamentale et des possibilités de carrière limitées. L’ambition de l’Afrique de voir les investissements dans la science, la technologie et l’innovation portés à 1 % des dépenses nationales met l’accent sur le défi que cela représente pour des PIB par habitant qui se mesurent parfois en centaines de dollars.

J’ai été encouragé de constater que les références à la Recommandation de l’UNESCO concernant la science et les chercheurs scientifiques constituaient une pierre angulaire dans les efforts visant à accroître le financement et à convaincre les gouvernements des liens entre la science et le développement national. Mais les éléments du rapport qui m’ont le plus impressionné sont ceux qui recherchaient des initiatives gratuites ou peu coûteuses dans la sphère de contrôle de la communauté scientifique africaine elle-même.

Les participants à l’atelier d’Abuja ont noté, par exemple, qu’une attribution plus juste et judicieuse des ressources existantes pourrait créer un environnement plus attrayant et plus stable en Afrique pour les femmes chercheures, les jeunes et d’autres personnes qui cherchent à faire carrière près de chez eux. Ils ont également mentionné la responsabilité de chacun de contribuer à un contexte scientifique fondé sur l’intégrité, l’éthique et la transparence.

Cependant, la catégorie d’idées qui m’a le plus intrigué était celle qui cherchait à transformer la fuite des cerveaux en gain de cerveaux, et ce, par le développement de réseaux de diasporas dans un but précis. Il existe des occasions inexploitées de mobiliser des Africains à l’étranger afin qu’ils maintiennent des liens professionnels avec leur pays d’origine, encadrent de jeunes Africains et établissent des collaborations à l’international dans l’intérêt du continent.

Le professeur Cissé, qui est devenu directeur de recherche à l’Institut tropical et de santé publique suisse à Bâle, et d’autres participants à l’atelier de l’année dernière au Nigéria pourraient être de bons modèles dans ce projet et incarner les graines d’un tel arbre de l’espoir.

Leur optimisme et leurs idées peuvent également inspirer ceux qui envisagent de relever des défis liés à la fuite des cerveaux n’importe où.

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