Travailler à « l’hôpital des plantes »

Avril 2019 | Agence canadienne d'inspection des aliments | par Jennifer Platts-Fanning, Shara Cody

Par un matin brumeux sur l’île, alors que je grimpais dans un taxi pour me rendre au travail, le chauffeur me demande ma destination. Je lui réponds simplement, à la façon des insulaires, « au grand bâtiment blanc avec les serres ». Immédiatement, il s’exclame « Oh, à l’hôpital des plantes! ». Je lui réponds en souriant « C’est vrai que ça ressemble à un hôpital. En fait on y diagnostique les maladies des plantes, mais on ne les traite pas ». Le travail réalisé dans ce bâtiment incroyable a toujours été l’objet de rumeurs dans notre petite ville.

Construit en 1996, le laboratoire de l’Agence canadienne d’inspection des aliments à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, est le seul laboratoire de la région consacré à la protection des végétaux. Il se distingue des autres bâtiments de la ville par sa structure unique et fascinante. Avec sa toiture de verre en pente, son revêtement blanc luisant, sa grande serre attenante et le paysage verdoyant qui l’entoure, le bâtiment qui se trouve directement dans la capitale est connu de tous comme le grand bâtiment blanc en verre, ou comme « l’hôpital des plantes ».

Des échantillons de plantes sont envoyés au laboratoire de Charlottetown pour un « examen médical » qui comprend des analyses de dépistage divers pathogènes (agents causant des maladies), comme des virus, des bactéries et des champignons, en vue de protéger la santé des cultures au Canada. Ces pathogènes ne représentent pas de risques pour la santé des humains, mais ils peuvent causer de graves dommages à nos cultures agricoles et ainsi occasionner des pertes économiques dévastatrices. Les « bilans de santé » des échantillons de plantes sont à la base de la certification des végétaux, utilisée à l’intérieur du Canada ainsi que comme passeport pour l’exportation vers d’autres pays. Le laboratoire de Charlottetown est le centre d’expertise pour l’analyse diagnostique des pommes de terre au Canada. Ainsi, la majeure partie de notre travail consiste à analyser des pommes de terre, mais nous travaillons aussi avec d’autres végétaux, notamment le maïs et les légumineuses (par exemple le pois chiche et la lentille). En plus de mener des analyses, les chercheurs mettent au point des méthodes d’analyse nouvelle et novatrices.

Le hall principal est inondé de lumière naturelle traversant le toit en verre. De chaque côté du hall se trouvent des espaces de laboratoire dotés d’équipement scientifique ultramoderne, comme des appareils de robotique et de l’équipement de séquençage de l’ADN et de l’ARN pour les essais et les analyses, ainsi que de microscopes et d’autre matériel plus connu. Ce qui distingue le laboratoire de Charlottetown des autres laboratoires des végétaux, ce sont ses multiples zones de confinement certifiées « zones de bioconfinement de phytoravageurs de niveau 2 ». Cela signifie que nos installations, nos procédures opérationnelles et notre équipement spécialisé permettent de contenir les agents pathogènes et d’empêcher que ceux-ci infectent d’autres parties du laboratoire et les végétaux de l’extérieur. Certaines des zones de confinement sont conçues pour la réalisation d’analyses ou la manipulation d’échantillons, alors que d’autres, par exemple les serres, sont destinées à la culture des plantes. Certaines zones de confinement sont spécialement conçues pour l’analyse de volumes élevés de sol, et d’autres renferment des espaces confinés où l’on fait pousser des plantes au moyen de lampes et de systèmes d’irrigation qui reproduisent les conditions de la serre, tout en offrant une sécurité et un confinement accrus.

La serre se trouve sur le côté sud du bâtiment, qui est le plus ensoleillé. Elle est également certifiée « zone de bioconfinement de phytoravageurs de niveau 2 » et comprend quatre zones distinctes qui permettent aux scientifiques d’isoler les plantes et les pathogènes en vue des analyses et des recherches. Un système informatique contrôle les conditions ambiantes nécessaires à la croissance des plantes, notamment la température, le taux d’humidité et la luminosité. L’espace de culture intérieure du bâtiment est en voie d’être agrandi : deux nouvelles zones de confinement destinées à la culture et à l’analyse sont en construction.

Pour appuyer ces zones de confinement, l’établissement compte de nombreux autoclaves et un système ultramoderne de traitement des déchets biologiques permettant de décontaminer les déchets et de s’assurer que les pathogènes sont détruits lorsque les analyses sont terminées. Le système de traitement des déchets biologiques traite les eaux utilisées dans les laboratoires et les zones de confinement. Tous les drains se déversent dans un réservoir qui, comme un autocuiseur géant, amène l’eau à 132 degrés Celcius et la maintient à cette température durant une certaine période de temps, selon le volume d’eau. Une fois stérilisées, les eaux usées passent par une série d’étapes et de réservoirs qui permettent de les refroidir avant leur déversement dans le réseau municipal. Une récente amélioration apportée au système a permis de rendre ce processus plus écologique; l’installation permet maintenant de transférer la chaleur de l’eau déjà traitée vers les eaux résiduelles à traiter, et donc une réutilisation de l’énergie. Le processus contribue au refroidissement de l’eau traitée avant son rejet, et préchauffe l’eau à traiter sans apport d’énergie additionnelle!

Chaque jour, quand j’entre dans le laboratoire de Charlottetown, rempli de lumière naturelle, pour contribuer à protéger les cultures du Canada contre les organismes nuisibles, je trouve mon travail très gratifiant. Et de penser à mon lieu de travail comme « l’hôpital des plantes » me fait chaud au cœur.

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