Qu’est-ce qu’il y a dans mon bois de chauffage, et pourquoi cela est-il important?

Juin 2019 | Agence canadienne d'inspection des aliments | par Martin Damus

Ah, un bon feu chaud! Se rassembler autour d’un feu de camp en été ou d’un foyer en hiver est typiquement canadien. Le bois de chauffage est disponible en abondance, et qui n’aime pas la lueur chaleureuse et bienfaisante qu’il produit?

La chose à laquelle nous ne pensons pas souvent, c’est au bois lui-même. D’où provient-il? Nous voyons des affiches indiquant « Ne déplacez pas de bois de chauffage » le long des autoroutes et à l’entrée des parcs provinciaux. Le garde forestier pourrait même nous demander si nous avons apporté du bois provenant de la maison. Mais pour quelles raisons? Ce n’est que du bois de chauffage, non?

Évaluation des risques phytosanitaires?

En tant que scientifique spécialisé en entomologie, mon travail à l’Agence canadienne d’inspection des aliments consiste à faire ce que nous appelons une « évaluation des risques phytosanitaires ».

Je lis beaucoup d’articles et de sites Web, je discute avec des experts et je trouve des renseignements pour déterminer le risque que peuvent poser les insectes non indigènes pour l’environnement et l’économie du Canada. J’entends par risque la probabilité que quelque chose de fâcheux se produise et la gravité de la situation. Parfois, je suis appelé à déterminer quels insectes susceptibles de se trouver dans des fruits provenant d’Asie ou des plantules venant d’Amérique du Sud pourraient entrer au Canada. Dans d’autres cas, je suis appelé à fournir de l’aide pour les exportations canadiennes en dressant la liste des insectes qui pourraient accompagner ces exportations et en décrivant les mesures prises par nos producteurs pour limiter le risque que cela se produise. Si des insectes sont décelés dans un envoi de bois, j’aide à déterminer ce que nous devrions faire : détruire l’envoi, sceller et renvoyer l’envoi, ou accepter l’envoi.

Quel est le lien avec mon séjour de camping?

Eh bien, le bois de chauffage est souvent coupé pour des raisons autres que pour faire un feu. Parfois, les arbres sont abattus pour permettre la construction d’habitations. Les villes et les propriétaires abattent souvent les arbres endommagés et malades pour des raisons d’ordre esthétique et juridique, et bon nombre d’entre eux finissent en bois de chauffage. Alors, où va le bois de chauffage? Une bonne partie est brûlée dans les villes et villages situés près de l’endroit où le bois a été coupé. Une plus grande quantité encore est transportée des régions rurales vers les centres urbains pour être utilisée dans les foyers et les poêles à bois. Peu de bois de chauffage est transporté des villes vers les régions rurales, sauf lorsque les gens en emportent dans un chalet, un camping ou une nouvelle demeure. Une étude intéressanteFootnote i menée aux États-Unis montre la distance que les campeurs parcourent avec du bois de chauffage. Bien que la plupart des gens n’aillent pas très loin, certains partiront de New York pour se rendre jusqu’en Utah et en Californie! La moitié des campeurs voyagent avec bois de chauffage. La recherche a été menée aux États-Unis, mais nous pouvons présumer que la situation n’est pas très différente au Canada.

Pourquoi est-ce un problème?

Chaque jour, des millions d’importations et de conteneurs d’expédition sont acheminés dans les villes canadiennes. Ils sont transportés sur des palettes et des caisses de bois dans des parcs d’entreposage et des villes partout au Canada. Malgré les traités internationaux en vigueur visant à empêcher l’introduction d’insectes vivants et de champignons, ceux ci sont tout de même présents sur les palettes, les caisses et autres matériaux de bois associés aux expéditions internationales. On estime qu’environ 0,1 % à 0,5 % de tous les matériaux d’emballage en bois massif contient des organismes nuisiblesFootnote iiFootnote iii. Cela semble peu, mais multiplions cette valeur par le nombre de palettes et de caisses qui arrivent chaque année...

Pourquoi ne pouvons-nous pas tout inspecter afin de prévenir ces problèmes?

Les nouveaux navires peuvent contenir plus de 15 000 conteneurs mesurant 40 pieds de longueur. Aucun organisme de réglementation dans le monde n’a la capacité d’inspecter autant de conteneurs. Le volume et la rapidité de nos échanges commerciaux sont tout simplement énormes. Nous comptons sur les traités, les inspections ponctuelles et les enquêtes dans les régions où des ravageurs peuvent avoir été introduits afin de les repérer avant que la situation devienne incontrôlable.

La plupart du temps, ces ravageurs envahissants ne se retrouvent pas dans l’environnement ou, s’ils y parviennent, ne survivent pas assez longtemps pour causer des dommages. En moyenne, seulement un ravageur sur mille s’échappe, survit et cause des dommagesFootnote iv. Encore là, cela semble peu, mais sortons la calculatrice et multiplions de nouveau ce chiffre par les quelque 5 millions de conteneurs d’expédition que le Canada reçoit chaque année.

Qu’arrive-t-il si un ravageur s’introduit et survit au Canada?

Les ravageurs exotiques peuvent s’établir au Canada et ne rien faire, mais ils peuvent également accélérer la mort des arbres affaiblis (comme le longicorne brun de l’épinette d’Europe qui est arrivé à Halifax) ou être de véritables destructeurs d’arbres (comme l’agrile du frêne ou le longicorne asiatique, qui sont tous deux arrivés en Ontario depuis l’Est de l’Asie). Dans tous les cas, les ravageurs ont infesté les centres urbains en premier. C’est logique, puisque c’est là que la plupart de nos biens commerciaux aboutissent.

Les infestations commencent à petite échelle et il peut s’écouler une longue période avant que nous les remarquions. La dernière infestation de longicorne asiatique a fait son chemin dans les érables rabougris d’une zone industrielle pendant des années avant d’être découverte. Lorsque les infestations ont été détectées, l’ACIA, d’autres organismes de réglementation et villes sont intervenus pour établir des zones de quarantaine, empêcher le déplacement de bois et abattre les arbres. C’est pendant le délai entre l’arrivée du ravageur et la survenue d’une infestation visible que les choses peuvent vraiment se gâter. Si l’infestation se limite aux érables rabougris à l’arrière du parc d’expédition, nous pouvons alors détruire et éradiquer les ravageurs. Par contre, si ces derniers se sont propagés, il est beaucoup plus difficile, voire impossible de les éradiquer, peu importe ce que nous déployons comme efforts pour tenter d’y parvenir. Dans ce cas, tout ce que nous pouvons faire, c’est d’adopter des règlements visant à limiter les dommages.

De quelle manière les ravageurs peuvent-ils se propager? Par la propagation naturelle, ce qui signifie que les insectes se déplacent quelque part en volant, et par la propagation artificielle, qui est la dispersion par inadvertance par les humains.

C’est là que le bois de chauffage peut avoir des répercussions!

Étant donné que les arbres se trouvant dans la zone d’infestation montrent des signes d’attaque et de maladie, les propriétaires, les entrepreneurs ou les travailleurs municipaux pourraient les abattre durant les activités courantes d’élagage et d’enlèvement des arbres. De nos jours, les spécialistes de la foresterie urbaine sont formés pour repérer les causes inhabituelles de maladie et de mort chez les arbres, mais nous ne pouvons nous attendre à ce que les propriétaires reconnaissent les signes. Les branches et les fûts sont habituellement transformés en bois de chauffage, qui peut être utilisé ou éliminé par le propriétaire, ou vendu par l’entrepreneur. Par contre, les insectes ayant causé les dommages peuvent survivre jusqu’à deux ou trois ans dans un morceau de bois de chauffage – le séchage du bois ne suffit pas toujours à le rendre inhospitalier aux insectes.

Une étudeFootnote v a été réalisée en 2010 et portait sur environ 1 000 morceaux de bois de chauffage provenant de véhicules se déplaçant de la péninsule inférieure à la péninsule supérieure du Michigan (p. ex., de Detroit à Sault Ste. Marie). Environ 230 morceaux de bois de chauffage contenaient des insectes xylophages (qui se nourrissent de bois) vivants. Quatre cent dix autres morceaux montraient des signes que des insectes xylophages y étaient présents à un moment donné. La majorité de ces insectes seraient indigènes et présenteraient de faibles risques, mais certains, surtout si le bois de chauffage provient d’un arbre malade en milieu urbain, pourraient héberger un insecte non indigène. Ne vous méprenez pas : les insectes indigènes ne sont pas en reste non plus. Le Canada est un très grand pays. Ce qui est indigène dans une partie du pays peut être envahissant dans une autre. Par exemple, l’ACIA a trouvé des fagots de bois de chauffage à vendre en Ontario qui étaient infestés de dendroctones du pin ponderosa, une espèce indigène, mais envahissante au Canada qui cause beaucoup de dommages dans l’Ouest canadien.

Les producteurs commerciaux doivent se conformer aux règlements officiels et aux résultats des vérifications effectuées par les inspecteurs. Bien que les propriétaires et les petits producteurs doivent respecter les mêmes règles, il est tout simplement impossible de les soumettre à des vérifications et des contrôles. Nous comptons sur la capacité de discernement d’un public bien informé pour limiter ou mettre fin à la propagation des espèces envahissantes. Cela ne veut pas dire pour autant que l’ACIA n’a pas imposé d’amende aux personnes prises en train de déplacer du bois de chauffage en dehors d’une zone de quarantaine, mais ce qui est important c’est également la période précédant l’établissement d’une zone de quarantaine. Il est préférable d’acheter du bois de chauffage d’un producteur local et de le brûler sur place. Demandez à votre producteur de bois de chauffage l’endroit où le bois que vous avez acheté a été coupé pour éviter que de nouveaux ravageurs forestiers envahissants ne soient transportés en dehors des villes et ne s’introduisent au pays. Cette mesure donne aux villes et aux organismes de réglementation l’occasion de repérer les ravageurs et de lutter contre ceux ci. En résumé, gardez votre bois de chauffage sur place. Utilisez-le à l’endroit où vous l’avez obtenu et achetez-le là où vous le brûlerez.

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