Combattre la stigmatisation par la science : ouvrir les voies vers le traitement

Pour bien des Canadiens et des Canadiennes, il suffit de prendre le téléphone ou de conduire jusqu’à la clinique pour consulter un professionnel de la santé, comme un médecin de famille. Or, pour d’autres, la stigmatisation et la discrimination sont des obstacles qui se dressent devant l’accès à des examens médicaux ou à des traitements essentiels.

La stigmatisation commence par l’étiquetage des différences et les stéréotypes défavorables à propos des autres, ce qui crée un clivage entre « nous » et « eux ». Il peut en résulter des désavantages et des inégalités relativement aux résultats sur les plans social et de la santé.

L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) multiplie les actions pour réduire la stigmatisation et la discrimination associées aux infections transmissibles sexuellement ou par le sang (ITSS), comme le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), de sorte que personne ne se sente mal à l’aise d’avoir recours à des soins de santé. La peur d’être stigmatisé peut empêcher quelqu’un de subir un test de dépistage des ITSS et de connaître son état sérologique vis-à-vis du VIH, ce qui est essentiel pour amorcer des traitements qui pourront sauver sa vie.

La science élimine la stigmatisation

Les scientifiques du Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l’ASPC supervisent la mise au point et la validation des tests de diagnostic des ITSS et assurent aussi la formation et le renforcement des compétences à cet égard. En outre, ils offrent des services d’assurance de la qualité aux laboratoires de diagnostic du VIH partout dans le monde.

Depuis 14 ans, Adrienne Meyers (Ph. D.), chercheuse spécialiste du VIH au LNM, collabore avec des partenaires internationaux en vue d’éliminer la menace que constitue le VIH/sida pour la santé publique.

« Il importe de tenir compte du fait que chacun a ses propres besoins, et c’est pourquoi nous essayons d’être sensible à toutes les communautés en travaillant avec elles pour trouver les options qui leur conviennent le mieux », souligne Mme Meyers. « Une grande partie de notre travail consiste à écouter et à comprendre en quoi l’accès aux méthodes d’analyse conventionnelles présente des enjeux pour de nombreuses personnes. Des approches novatrices sont requises pour aller au contact des personnes non diagnostiquées et pour aider à faire lever les obstacles et réduire la stigmatisation liée au dépistage des ITSS. La collaboration est importante et tout commence par le dialogue. La meilleure façon de combattre la stigmatisation, c’est d’entamer la conversation et de réfuter les affirmations erronées sur le sujet. »

L’équipe de Mme Meyers offre son soutien à plus de 1 500 établissements participants partout dans le monde pour veiller à ce que les résultats des tests de dépistage du VIH soient à la fois immédiats et exacts, ce qui est essentiel surtout dans les pays où il n’y a pas d’infrastructure de soutien.

« Nous effectuons régulièrement des évaluations de l’état de préparation des communautés pour voir où nos établissements partenaires en sont au chapitre des capacités de diagnostic », ajoute Mme Meyers. « Si nous constatons qu’un laboratoire ne se conforme pas aux normes de rendement pertinentes, nous communiquons avec lui et cherchons à trouver la cause du problème. Ainsi, les capacités de diagnostic du laboratoire en sont accrues et les communautés sont dotées des compétences requises pour continuer d’être protégées contre la maladie. »

Les scientifiques de l’ASPC procèdent d’une autre façon pour réduire la stigmatisation : ils regroupent les analyses en laboratoire afin que les gens puissent subir un test de dépistage pour plusieurs ITSS simultanément, au lieu d’avoir à faire une demande pour chacun des tests dans des cliniques spécialisées. L’objectif est d’intégrer le dépistage des ITSS aux soins médicaux courants plutôt qu’obliger la personne à demander des tests spécialisés qui peuvent être source d’isolement et être difficiles d’accès.

Droit aux faits : l’importance des tests

La peur de l’infection est un des éléments sous-jacents à la stigmatisation entourant le VIH. Quelqu’un mal informé est plus susceptible de stigmatiser les personnes vivant avec le VIH. À vrai dire, il est difficile de contracter le VIH si toutes les précautions nécessaires sont prises, comme utiliser condom lors de rapports sexuels protégés et ne pas échanger d’aiguilles. Il faut comprendre qu’il est impossible de contracter le VIH simplement en côtoyant une personne infectée.

Pour les gens qui vivent avec le VIH, à l’instar des personnes atteintes de maladies chroniques comme le diabète ou les maladies du cœur, la stigmatisation et la discrimination viennent compliquer leur accès au traitement et aux services de soutien. Comprendre les principes scientifiques qui expliquent la cause de l’infection, ainsi qu’informer les gens au sujet des vrais faits médicaux, voilà un outil puissant pour éliminer la stigmatisation.

Par exemple, les personnes vivant avec le VIH qui suivent un traitement font régulièrement analyser leur « charge virale », c’est-à-dire qu’on mesure la quantité de virus présente dans leur sang. Les études scientifiques et les données probantes indiquent que le risque de transmission du VIH par voie sexuelle chez les personnes en traitement qui ont une charge virale indétectable est négligeable. Cela ne veut pas dire que le VIH est disparu ou que la personne est guérie, mais plutôt que le traitement empêche le virus de se multiplier dans le sang. Les analyses périodiques de la charge virale font donc partie de la gestion de la maladie chronique et permettent aux personnes vivant avec le VIH de confirmer que leur VIH est indétectable et intransmissible (on utilise communément l’expression « I égale I »).

Tout ceci vient prouver qu’une compréhension de la science peut aider à contrer la stigmatisation et la discrimination. La science peut aussi contribuer à faire tomber les inégalités en santé et les obstacles à la prévention, au dépistage et au traitement du VIH.


Date de modification :