Jacob Verhoef

Directeur (Retraité), Programme UNCLOS
Ressources naturelles Canada

Découvrez le processus de l'UNCLOS, qui sert à définir le plateau continental canadien, et voyez comment les véhicules sous-marins autonomes cartographient le plancher océanique sous l'épaisse couche de glace de l'Arctique.

Transcription

L’UNCLOS est la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, une loi internationale qui a été ratifiée et qui est devenue une loi internationale en 1994. Cette loi décrit et réglemente les activités sur l’océan. L’un des articles de l’UNCLOS, soit l’article 76, concerne la façon de définir la limite extérieure d’un plateau continental au-delà de 200 milles marins, pourvu que la géologie du plateau le permette. Le Canada est l’un des pays dont le plateau continental présente les aspects géologiques permettant d’excéder les 200 milles marins. C’est pourquoi nous avons lancé un projet en 2004. L’importance pour le Canada de définir la zone au-delà de 200 milles marins comme étant le prolongement de son plateau continental, c’est qu’il a compétence exclusive sur l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles, qu’elles se trouvent sur et sous le plancher océanique.

Nous avons donc décidé, au début du projet, de faire appel, dans la mesure du possible, à la technologie standard. Il faut cependant modifier ce genre de technologie pour pouvoir l’utiliser dans l’Arctique. Nous avons donc dû modifier certaines choses, mais il s’agissait tout de même de la technologie standard d’acquisition de données scientifiques. Cependant, l’état des glaces était si imprévisible dans l’Arctique qu’à mi-chemin au cours du projet, nous avons décidé d’entreprendre un autre projet et de nous aventurer sous la glace, plutôt que de nous frayer un chemin à l’aide d’un brise-glace, parce qu’il était plutôt difficile d’avancer à certains endroits, ou que d’installer un camp d’observation des glaces, puisque le danger était passablement présent en raison de la glace qui se brisait sous le camp.

Nous avons fait l’acquisition de plusieurs véhicules sous-marins autonomes, des véhicules profilés semblables à des torpilles d’une longueur de près de sept mètres. Par autonome, on veut dire qu’il suffit en général de les programmer pour se rendre à certains endroits et en revenir. De plus, on ne les avait jamais utilisés dans les circonstances qui prévalent dans l’Arctique. L’expérience fut bien plus compliquée, puisqu’on a dû revenir au point d’origine dans la glace. La glace n’est pas immobile. Elle bouge. Par conséquent, le point d’origine au cours de ces 3 jours s’est peut-être déplacé de 10 à 20 kilomètres. Par conséquent, il a fallu repérer un trou de la taille approximative d’une table à un endroit où il n’était pas censé y en avoir un. La première fois, cinq ou six journalistes attendaient, penchés sur mon épaule, en disant : « Sont-ils arrivés? ».

Les véhicules sous-marins autonomes et la distance qu’ils ont parcourue sous la glace constituent assurément une première sur le plan historique. On n’avait jamais vu ça.

Lorsque l’on travaille dans l’Arctique, les moments intéressants et stimulants reposent toujours de la logistique, puisqu’il faut planifier de 12 à 16 mois d’avance.

Avant d’entreprendre ce projet, nous disposions de 3 000 kilomètres de données sismiques. Ce projet nous a permis d’y ajouter 15 000 kilomètres, ce qui ne constitue pas un ajout banal aux connaissances, mais plutôt un pas-de-géant. Et bien sûr, lorsque nous ajoutons des données, nous obtenons de l’information, nous acquérons de nouvelles connaissances. Nous en savons maintenant bien plus qu’avant, mais il reste encore bien des questions sans réponse. Naturellement, chaque fois que nous répondons à une question, une autre question fait inévitablement surface. C’est toujours pareil. C’est ce qui fait que nous n’arrêtons jamais.

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