Les Canadiennes dans le domaine des STIM

Apprenez-en plus sur les Canadiennes en STIM, ces femmes qui évoluent dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. Prenez connaissance de leur histoire, du déroulement de leur carrière, des difficultés rencontrées, des succès obtenus et surtout de leurs conseils. Plus important encore, partagez leurs histoires avec votre entourage! Les collaboratrices de ce blogue souhaitent que leur expérience soit une source d’inspiration pour les jeunes filles qui s’intéressent aux sciences, puisse encourager les femmes qui se sentent exclues dans leur domaine et aide à souligner le travail des femmes en STIM.

  1. Elizabeth Cowan, enseignante suppléante
  2. Lisa Anderson, ingénieure principale de projet, Macdonald, Dettwiler, and Associates Ltd.
  3. Une passion pour l’ingénierie dans la fonction publique
  4. Anna Crawford, étudiante au doctorat, Université Carleton
  5. L'échec
  6. Merci, Jane
  7. Allison Sibley, agente technique
  8. Suis-je la plus stupide dans la salle? La vie d’une rédactrice technique
  9. Gabrielle Gascon, spécialiste des sciences physiques, Environnement et Changements climatiques Canada

Elizabeth Cowan, enseignante suppléante

Liz Cowan est une enseignante suppléante au Conseil des écoles catholiques d’Ottawa. Avant d’opter pour l’enseignement, elle a obtenu un baccalauréat de l’Université de Guelph et une maîtrise de l’Université Carleton, où elle a étudié en biogéochimie et fait des recherches sur le cycle du carbone dans les tourbières. Elle adore enseigner les sciences, car l’enseignement lui permet de combiner son amour des sciences et sa formation permanente. Dans ses temps libres, Liz aime faire du crochet, des randonnées à vélo et admirer le ciel.

Titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise dans le domaine des sciences environnementales, un de mes objectifs comme enseignante est de réduire le nombre d’élèves, surtout de filles, qui pensent que je ne suis pas une matheuse ou une scientifique. Malheureusement, les enseignants entendent encore trop souvent ce type de réflexion en classe venant d’élèves qui sont parfaitement capables de poursuivre des études en STIM. Il y a toujours beaucoup d’efforts consacrés au changement des mentalités. Par exemple, une récente étude de Jo Boaler et de son équipe « youcubed » de l’Université Stanford a démontré que tous peuvent apprendre des mathématiques avancées. Ils ont précisé que les difficultés et les erreurs sont importantes, car elles stimulent positivement le cerveau. Nous devons cesser de vouloir régler rapidement les problèmes mathématiques, alors qu’il faut plutôt prendre le temps de bien comprendre, de se faire une représentation spatiale des éléments considérés, et trouver de nouvelles façons de visualiser les concepts mathématiques et de relier des idées.

Comme l’ont démontré les élèves participant au programme d’été d’initiation à l’arithmétique du Conseil des écoles catholiques, les mathématiques peuvent être un domaine captivant où la création est à l’honneur. Ce programme de mathématique vise à aider les élèves du primaire à se souvenir des notions apprises au cours de l’année, à tirer parti de la technologie et du travail à la maison afin de développer une attitude positive face aux mathématiques et de faciliter l’enseignement et l’apprentissage de celles-ci. Pour les enseignants, il est fantastique de voir à quel point les élèves développent leur confiance et un sentiment d’appartenance lorsqu’ils fréquentent les centres interactifs de mathématiques, qu’ils participent à des séances d’apprentissage à l’extérieur et collaborent à des activités liées aux STIM, telles que la construction de ponts et de bateaux qui flottent, et qu’ils explorent la robotique LEGO. Ce genre d’expériences stimule ma propre passion, m’incite à poursuivre ma carrière dans le monde de l’éducation. J’espère qu’elles inciteront aussi plus de filles à choisir une carrière en STIM.

Deux élèves s’apprêtent à évaluer le poids que leur pont peut supporter avant de s’effondrer.

Deux élèves s’apprêtent à évaluer le poids que leur pont peut supporter avant de s’effondrer.

Une jeune élève teste avec appréhension la capacité de flottaison de son radeau.

Une jeune élève teste avec appréhension la capacité de flottaison de son radeau.

Liz découvre la robotique LEGO et comment celle-ci peut être intégrée dans la salle de classe.

Liz découvre la robotique LEGO et comment celle-ci peut être intégrée dans la salle de classe.

Liz mène des travaux de recherche en vue de l’obtention de sa maîtrise dans l’aire de conservation de la Mer Bleue

Liz mène des travaux de recherche en vue de l’obtention de sa maîtrise dans l’aire de conservation de la Mer Bleue

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Lisa Anderson, ingénieure principale de projet, Macdonald, Dettwiler, and Associates Ltd.

Lisa Anderson travaille pour MDA Geospatial à titre d’ingénieure principale de projet. Lisez la suite pour connaître le parcours de Lisa vers le génie logiciel et ses réflexions sur les défis en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM).

Lisa Anderson

Lorsque j’étais enfant, le père d’un de mes amis était un ingénieur employé par BC Rail. Pendant très longtemps, je pensais que cela signifiait qu’il conduisait un train. En fait, il était ingénieur électricien et c’était ma première introduction au concept de la profession d’ingénieur. Pour moi, le génie n’a jamais été activement découragé, mais n’a jamais été vraiment présenté comme choix de carrière non plus.

Je ne suis pas certaine à quel moment ça s’est produit, mais quelques années après avoir terminé l’école secondaire et occupé des emplois divers, j’ai décidé de tenter de retourner aux études. Ça m’a pris un certain temps pour y arriver parce que j’avais toujours été une étudiante médiocre et je devais reprendre plusieurs cours du secondaire pour me qualifier. En fin de compte, j’ai été acceptée dans un programme sur les systèmes informatiques dans un institut de technologie et, deux ans de prêts étudiants plus tard, ma carrière d’ingénieur en logiciels a commencé.

Je ne vais pas prétendre qu’il n’existe pas de défis pour les femmes dans un domaine de l’ingénierie. Cependant, je crois que le fait de s’adapter à ces défis et de tirer des leçons des difficultés vous rend meilleures dans ce que vous faites. La profession d’ingénieur vous offrira des possibilités étonnantes et vous aurez l’occasion de rencontrer des personnes vraiment fascinantes en cours de route.

Nul doute que la chose la plus précieuse que j’ai apprise est que vous n’avez pas à vous sentir coincée dans un rôle particulier. Lancez-vous. Faites un premier pas et ensuite faites de votre carrière ce que vous voulez qu’elle soit. J’ai commencé ma carrière en génie logiciel, mais j’ai occupé différents postes au fil des ans. Certains d’entre eux étaient techniques, d’autres en gestion, d’autres vous laissaient beaucoup de terre sous les ongles. Vous ne devez pas penser que vous ne pouvez pas accomplir une tâche parce que vous ne correspondez pas au stéréotype.

Lisa Anderson

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Une passion pour l’ingénierie dans la fonction publique

Soumis par Affaires autochtones et du Nord Canada.

Simone Charron a toujours aimé créer des ponts entre ses compétences techniques dans le domaine de l’ingénierie et sa passion pour les questions sociales et environnementales. Lorsqu’elle était étudiante à l’Université Carleton, elle a participé à des programmes comme Ingénieurs sans frontières Canada et cherché des occasions de travail qui satisferaient son désir d’apporter une contribution positive dans le monde.

« J’aimais l’idée qu’une formation en génie pouvait apporter de la valeur à des projets hors des limites habituelles de l’ingénierie », a exprimé Simone Charron.

Des années plus tard, à titre d’agente de projet à Affaires autochtones et du Nord Canada, son désir de faire un travail enrichissant ne faiblit pas. Mme Charron dirige des travaux pour le portefeuille de la durabilité associé à la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (SCREA), qui est en cours de construction à Cambridge Bay, au Nunavut. Créé en 2007, le projet de SCREA vise à mettre en place une plaque tournante de renommée internationale en matière de recherche scientifique et technologique dans l’Arctique qui créera des liens entre de la recherche et de l’analyse de haut niveau et le Nord canadien. La construction du campus a commencé en 2014 et se terminera en 2017, à temps pour les célébrations du 150e anniversaire du Canada.

 Le campus de la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (SCREA) est en construction à Cambridge Bay, Nunavut. (Crédit: POLAIRE)

Le campus de la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (SCREA) est en construction à Cambridge Bay, Nunavut. (Crédit: POLAIRE)

Travailler à ce projet a permis à Mme Charron de faire une boucle complète. Elle a d’abord travaillé à la SCREA dans le cadre de son dernier stage coopératif en tant qu’étudiante, et affirme que c’est ce projet qui lui a donné envie de poursuivre en génie quand elle a eu des doutes au sujet de son cheminement de carrière.

« Travailler au projet de la SCREA en tant qu’étudiante m’a ouvert les yeux sur de nouvelles possibilités et m’a encouragée à continuer de progresser dans les domaines de l’ingénierie et de la durabilité environnementale », explique Mme Charron.

Lorsqu’elle est retournée à la SCREA trois ans plus tard, elle a été impressionnée de voir à quel point le projet avait changé, et c’est avec un grand enthousiasme qu’elle a pu mettre en pratique ses connaissances et son expérience dans l’exercice de ses nouvelles tâches. Mme Charron a alors joué un rôle de mentor et travaillé étroitement avec Marie-Eve Hodak, une étudiante stagiaire au programme de génie mécanique de l’Université d’Ottawa.

Marie-Eve Hodak (gauche) et Simone Charron (droite) font parties de la prochaine génération de chefs de file dans le domaine de l’ingénierie

Marie-Eve Hodak (gauche) et Simone Charron (droite) font parties de la prochaine génération de chefs de file dans le domaine de l’ingénierie

« C’était formidable de travailler avec Simone. Elle m’a encadrée et m’a fait part de son expérience en tant que femme dans les STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). C’est quelqu’un à qui je pouvais m’identifier », a expliqué Mme Hodak.

Tandis que celle-ci entreprend sa troisième année d’université, elle apprécie qu’AANC lui ait fourni la possibilité d’en apprendre davantage au sujet des communautés autochtones et de l’Arctique canadien, et elle souhaite un jour faire carrière dans la fonction publique.

« Pour moi, l’ingénierie consiste à mettre en application la science pour régler des problèmes pour l’humanité. Quelle meilleure façon de faire cela que de travailler dans la fonction publique? demande Mme Hodak. La SCREA est un projet utile qui, espérons-le, aura des retombées positives sur Cambridge Bay et le reste du Canada. »

Mme Charron se prépare à entrer à l’Université Dalhousie cet automne pour faire une maîtrise en gestion des ressources et de l’environnement. Elle espère continuer à travailler à des projets produisant des résultats efficaces dans le domaine de la durabilité.

Simone Charron a visité Cambridge Bay, Nunavut pendant l’hiver pour appuyer le projet de la SCREA.

Simone Charron a visité Cambridge Bay, Nunavut pendant l’hiver pour appuyer le projet de la SCREA.

Mmes Charron et Hodak sont des exemples des grands progrès qui sont faits pour cultiver la prochaine génération de chefs de file dans le domaine de l’ingénierie, et elles encouragent les étudiantes et étudiants en ingénierie à demeurer authentiques lorsqu’ils poursuivent leur carrière. Mme Hodak était encore tout récemment une étudiante stagiaire travaillant à la SCREA, mais elle est sur la bonne voie pour faire elle aussi une boucle complète et devenir mentor auprès d’autres étudiants en ingénierie.

« Si vous aimez ce que vous étudiez, vous devriez avoir la certitude que vous êtes dans le bon domaine, » a dit Mme Hodak. « La vérité, c’est que le monde a besoin de différents types d’ingénieurs... Si vous ne faites pas comme tout le monde, ce n’est pas une mauvaise chose et cela ne veut pas dire que vous n’êtes pas à votre place – vous l’êtes. »

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Anna Crawford, étudiante au doctorat, Université Carleton

Anna Crawford est étudiante au doctorat à l’Université Carleton. Elle étudie la détérioration de gros icebergs (connus sous le nom d’« îles de glace »). Elle est également la coprésidente du conseil d’administration de Greenpeace Canada. Dans ses temps libres, Anna pratique la course à pied, le ski de fond et la randonnée pédestre.

Depuis 2008, la langue glaciaire flottante du glacier Petermann, au nord-ouest du Groenland, a perdu 500 km2 de sa superficie sous l’effet du vêlage, qui produit d’immenses icebergs tabulaires que nous appelons « îles de glace ». De telles îles ont vêlé récemment des calottes glaciaires de l’Arctique et de l’Antarctique. Leur détérioration donne lieu à la création de milliers de petites îles de glace et d’icebergs.

Image MODIS de la NASA montrant une île de glace de 300 km2 ayant vêlé du glacier Petermann en 2010. L’image a été prise le 5 août 2010, et Crawford en a fait le montage en 2013.

Image MODIS de la NASA montrant une île de glace de 300 km2 ayant vêlé du glacier Petermann en 2010. L’image a été prise le 5 août 2010, et Crawford en a fait le montage en 2013.

En 2011, alors que j’entreprenais mes études supérieures, j’ai été invitée à participer à une expédition qui allait se rendre à deux îles de glace dans l’Arctique canadien. Le NGCC Amundsen, un brise-glace de la Garde côtière canadienne équipé par ArcticNet pour mener des travaux de recherche, nous a permis de nous rendre à ces étendues de glace mesurant respectivement 14 km2 et 60 km2. Les deux îles de glace provenaient du vêlage de 300 km2 du glacier Petermann, en 2010. (Cette superficie est cinq fois supérieure à celle de l’île de Manhattan!)

Une île de glace de 14 km2, nommée « PII-A-1-f », visitée par Anna en 2011 dans le détroit de Lancaster (photo courtoisie de Jesse Barrette).

Une île de glace de 14 km2, nommée « PII-A-1-f », visitée par Anna en 2011 dans le détroit de Lancaster (photo courtoisie de Jesse Barrette).

Le NGCC Amundsen se trouve à proximité d’une île de glace dans la baie de Baffin (crédit photo : Lauren Candlish).

Le NGCC Amundsen se trouve à proximité d’une île de glace dans la baie de Baffin (crédit photo : Lauren Candlish).

Je fais de la recherche sur la détérioration des îles de glace depuis ce voyage il y a six ans où nous avons navigué dans le passage du Nord-Ouest ainsi que dans la baie de Baffin et la mer du Labrador. J’ai obtenu une maîtrise ès sciences au Département de géographie et d’études environnementales à l’Université Carleton, et je suis maintenant étudiante au doctorat à cette université.

En 2015, l’hélicoptère du NGCC Amundsen livre une cargaison de matériel à une équipe de recherche sur les îles de glace.

En 2015, l’hélicoptère du NGCC Amundsen livre une cargaison de matériel à une équipe de recherche sur les îles de glace.

Pourquoi consacrer sept ans de sa vie à étudier ces choses glacées et inanimées? Quatre raisons me viennent à l’esprit.

En premier lieu, ce sont des sujets d’étude qui nous permettent d’établir un lien intéressant entre les causes et les conséquences des changements climatiques. Le vêlage qui donne naissance à des îles de glace est devenu plus fréquent en raison du réchauffement des océans et de l’atmosphère. La diminution de l’étendue de la glace de mer signifie que les calottes glaciaires et les langues glaciaires sont plus susceptibles de se rompre. De plus, on sait que ces phénomènes pourraient ouvrir les régions polaires à la navigation et à l’extraction des ressources naturelles. Les îles de glace, et les fragments qui se créent lors de leur détérioration, seront un danger important pour les navires et pour l’infrastructure d’extraction des ressources dans ces régions.

On peut utiliser diverses techniques pour détecter la détérioration de la glace, mais il est extrêmement difficile d’accéder aux îles de glace pour effectuer de la collecte de données. C’est ce qui m’amène à la deuxième raison pour laquelle je les étudie. Je trouve très gratifiant d’avoir participé à des projets uniques de mise au point de nouvelles technologies et de mise en application de technologies existantes pour détecter la détérioration de ces étendues de glace à la dérive. J’ai mené ces travaux avec des collègues du laboratoire de recherche sur l’eau et la glace (anglais) de l’Université Carleton ainsi qu’avec nombre de collaborateurs. Nous avons recueilli les données à distance et sur place.

Anna et des membres de son équipe installent du matériel sur une île de glace dans la baie de Baffin au Nunavut (vidéo : Graham Clark).

La recherche en géographie a l’avantage de permettre l’application de la théorie à une réalité concrète. Les chercheurs et parties prenantes des administrations publiques, du milieu universitaire et de l’industrie s’intéressent aux îles de glace à cause des liens qui ont été établis récemment avec les changements climatiques et des conséquences que leur dérive et leur détérioration pourraient avoir sur l’écosystème marin. J’ai eu l’occasion de plonger pour ainsi dire dans des travaux de recherche touchant plusieurs domaines, et de produire des résultats et des méthodes de recherche qui seront utiles à un large auditoire.

Installation d’un système stationnaire de radar pénétrant la glace pour évaluer les changements dans l’épaisseur d’une île de glace (crédit photo : Graham Clark)

Installation d’un système stationnaire de radar pénétrant la glace pour évaluer les changements dans l’épaisseur d’une île de glace (crédit photo : Graham Clark).

Enfin, les recherches sur le terrain sont des expériences incomparables qui offrent l’occasion de prendre des photos mémorables. Se rendre sur une île de glace constitue un exploit en soi, constitué d’une combinaison de trajets en avion, en bateau, en hélicoptère et en motoneige. Chaque déplacement est une aventure. J’ai connu bien des mésaventures, mais de relever le simple défi de me rendre à l’emplacement de la recherche m’a permis de savourer encore davantage les expéditions réussies.

AAnna et Jaypootie Moesesie recueillent un profil d’épaisseur en mai 2016, en se servant d’un radar pénétrant la glace. Cette île de glace, « PII-A-1-f », se trouvait près de Qikiqtarjuaq, au Nunavut.

Anna et Jaypootie Moesesie recueillent un profil d’épaisseur en mai 2016, en se servant d’un radar pénétrant la glace. Cette île de glace, « PII-A-1-f », se trouvait près de Qikiqtarjuaq, au Nunavut.

Chaque minute est comptée dans une journée sur le terrain. J’ai rarement le temps de m’arrêter pour réfléchir au fait qu’il est incroyable de se retrouver sur un iceberg si géant que je n’en vois même pas le bout. Je suis très privilégiée d’avoir pu visiter et examiner ces structures de glace impressionnantes et élégantes et d’avoir pu en faire le récit.

Une île de glace échouée près de l’île de Baffin, au Nunavut (crédit photo : Lauren Candlish).

Une île de glace échouée près de l’île de Baffin, au Nunavut (crédit photo : Lauren Candlish).

Référence

Crawford, A.J. Ice island deterioration in the Canadian Arctic: Rates, patterns and model evaluation. Thèse de maîtrise ès sciences. Université Carleton, Ottawa (Ontario). 2013.

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L'échec

Granda est coordonnatrice de production et diffusion des données à Statistique Canada. Elle travaille bénévolement en appui à de nombreuses causes. Elle invite les femmes à être indulgentes envers elles-mêmes et entre elles. Un choix n’est pas un échec.

J’ai échoué.

Je connaissais un trop grand nombre de professionnelles qui avaient pris un risque avec leur fécondité et qui avaient perdu leur pari.

La trentaine approchait et j’avais décroché ma maîtrise en sciences. Mon mari avait terminé son doctorat et était rentré au Canada pour occuper un poste de professeur. Ma recherche me passionnait, mais je voulais aussi fonder une famille.

J’ai quitté.

Je suis devenue précisément ce que mon conseiller aux études doctorales m’avait prévenue de ne pas devenir : une femme au foyer hautement éduquée.

J’ai essayé.

Je suis devenue enceinte dans une province où je ne connaissais personne. J’ai travaillé d’arrache-pied pour terminer ma thèse de doctorat, alors même que mon conseiller passait une année sabbatique dans une forêt tropicale du Costa Rica où il était impossible de le joindre. De son côté, mon mari s’absentait pendant des semaines à la fois pour faire des présentations lors de congrès à l’étranger.

Une femme m’a suggéré d’inscrire ma fille à la garderie à temps plein, en précisant qu’elle avait fait de même avec sa propre fille lorsqu’elle n’avait que six jours pour être en mesure de terminer sa thèse de doctorat six mois plus tard. Six mois! J’ai eu pitié d’elle et de sa fille. Je voyais ce qu’elle avait perdu.

J’ai fait mon deuil.

Le temps a passé et j’ai commencé à comprendre que j’avais fait un choix sans en évaluer le coût total. « Comment pouvez-vous avoir seulement un enfant? » « Qu’est-ce que votre fille fera quand vous ne serez plus de ce monde? » J’étais attristée. Le soir, je pleurais. Je pleurais lorsque j’étais seule. J’avais amplement de temps pour pleurer. Je pleurais lorsque ma fille dormait. Je pleurais lorsque mon mari était en voyage.

Je m’ennuyais des discussions scientifiques.

Un jour, ma fille m’a demandé pourquoi je ne travaillais pas comme les autres mères qu’elle connaissait. Elle m’a dit qu’elle aimerait que je trouve un emploi de fleuriste. J’ai une maîtrise en sélection des végétaux. À six ans, ma fille ne comprenait pas cela, mais elle voyait que j’avais de solides aptitudes en jardinage. 

J’ai trouvé un emploi.

Plus de 10 ans après ma dernière expérience en sciences, j’ai obtenu un emploi temporaire à Agriculture Canada. Mon mandat était de préparer un document volumineux sur l’utilisation de pesticides, en vue d’un congrès international. J’étais la spécialiste désignée en herbicides. C’était terrifiant. Je me souvenais à peine du nom des mauvaises herbes en anglais. Ne parlons même pas de leur nom français ou latin. Ma dernière utilisation d’un ordinateur remontait à l’époque où Word et Quattro étaient les dernières nouveautés. Avez-vous déjà collé des indications de frappes en carton sur les touches F de votre clavier? Moi, oui. Envoyer des courriels à des amis n’a rien à voir avec le calcul de valeurs dans un tableur informatique. Le congrès était fort intéressant. J’ai rencontré plusieurs chercheurs, et l’un d’entre eux m’a offert un poste en recherche. L’employeur cherchait quelqu’un ayant de l’expérience en analyse quantitative des gènes. J’étais survoltée! Mes habiletés de travail en laboratoire étaient dépassées et personne ne m’avait encore offert un emploi à temps plein. L’employeur potentiel m’a dit que ses installations se trouvaient dans le Nord de l’État de New York. C’était loin de chez moi. Je lui ai dit que je réfléchirais à son offre et que je communiquerais avec lui la semaine suivante. J’en ai discuté avec mon mari toute la fin de semaine. Mon mari m’a dit que nous pourrions essayer. Mes enfants étaient encore jeunes. Je ne savais pas comment leur expliquer. 

J’ai refusé l’offre d’emploi.

Les années ont passé. Ma fille est entrée à l’université cet automne, à la Faculté des sciences. J’espère que les choix seront plus faciles pour elle. J’essaie de ne pas trop ressasser le passé. Je ne peux revenir en arrière, et je comprends que j’ai vécu des expériences remarquables. Je sais que je suis privilégiée d’avoir pu faire des choix, mais j’ai encore des regrets.

Je m’ennuie des sciences.

J’espère que ma fille va réussir.

J’étais la seule à l’université et la seule élève de ma promotion du secondaire à choisir l’étude de la sélection des végétaux. J’ai adoré mon cours de cytologie et j’ai été très fière lorsque j’ai produit ma première courge à chromosome de seigle.

J’étais la seule à l’université et la seule élève de ma promotion du secondaire à choisir l’étude de la sélection des végétaux. J’ai adoré mon cours de cytologie et j’ai été très fière lorsque j’ai produit ma première courge à chromosome de seigle.

Travaillant à ma maîtrise en agriculture armée d’une fourche

Travaillant à ma maîtrise en agriculture armée d’une fourche

 Nous nous sommes mariés alors que nous étions tous deux étudiants de cycle supérieur et que nos ressources financières étaient limitées. J’ai payé ma robe 50 $ dans un magasin d’occasion. Je ne voulais pas dépenser trop d’argent, car j’économisais pour acheter une tente de qualité.

Nous nous sommes mariés alors que nous étions tous deux étudiants de cycle supérieur et que nos ressources financières étaient limitées. J’ai payé ma robe 50 $ dans un magasin d’occasion. Je ne voulais pas dépenser trop d’argent, car j’économisais pour acheter une tente de qualité.

Nous avons pris notre premier congé sabbatique à Grenoble, en France. Nous avions apporté nos vélos et le porte-bébé de luxe que j’avais acheté chez Canadian Tire. C’était le premier siège pour enfant situé à l’avant que je voyais, et il avait été inventé ici, à Ottawa. J’ai regretté de n’en avoir acheté qu’un seul puisqu’énormément de gens m’ont arrêtée pour me demander où ils pouvaient en acheter un. J’aurais pu en vendre des centaines!

Nous avons pris notre premier congé sabbatique à Grenoble, en France. Nous avions apporté nos vélos et le porte-bébé de luxe que j’avais acheté chez Canadian Tire. C’était le premier siège pour enfant situé à l’avant que je voyais, et il avait été inventé ici, à Ottawa. J’ai regretté de n’en avoir acheté qu’un seul puisqu’énormément de gens m’ont arrêtée pour me demander où ils pouvaient en acheter un. J’aurais pu en vendre des centaines!

Nous l’avons nommée en l’honneur de la fille de Déméter, la déesse du printemps. De son côté, elle a choisi pour lui le prénom Maxwell; heureusement pour lui, nous avions réussi à la convaincre de trouver un autre nom que son premier choix, qui était Princess Beauty.

Nous l’avons nommée en l’honneur de la fille de Déméter, la déesse du printemps. De son côté, elle a choisi pour lui le prénom Maxwell; heureusement pour lui, nous avions réussi à la convaincre de trouver un autre nom que son premier choix, qui était Princess Beauty.

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Merci, Jane

Michelle Fairbrother est agente des sciences physiques aux Services hydrologiques nationaux. Dans son travail, Michelle s’efforce d’incarner la même bravoure et la même force que Jane Goodall. Dans ses temps libres, elle fait de l’artisanat et de la randonnée pédestre, coure les aubaines et nourrit les bébés écureuils.

Lorsque j’étais enfant, entendre parler les autres de leur expérience de vie extraordinaire et de leurs choix faisait germer en moi autant d’admiration que d’envie. Pour moi, la personne qui m’a le plus inspirée, c’est Jane Goodall. Jane avait un amour profond pour la faune et un esprit aventureux dans lequel elle portait une grande confiance. Sa décision de partir pour un continent afin de faire de la recherche m’avait frappée : cela représentait pour moi la plus pure forme de bravoure et de force intérieure.

Descendue dans les rues d’Ottawa pour souligner l’importance de notre précieuse planète.

Descendue dans les rues d’Ottawa pour souligner l’importance de notre précieuse planète.

Quand je pense à mon admiration d’enfance et à ce que Jane a écrit dans ouvrage Graines d’espoir, j’en suis venue à réaliser qu’il existe de nombreuses autres raisons pourquoi je la considère comme un modèle à émuler. En tant que femme sans diplôme officiel dans son champ de recherche, Jane s’est heurtée à toutes sortes d’obstacles au moment de présenter ses résultats de recherche et de demander du financement afin de pouvoir poursuivre son travail sur le terrain. En dépit tout, elle a continué à recueillir ce qui s’est révélé être de l’information extrêmement précieuse pour comprendre les similarités entre le comportement des primates et celui des humains. L’observation des particularités de comportement, des outils utilisés et des structures sociales des chimpanzés a demandé une patience immense, énormément de temps et le sacrifice de soi, loin de tout confort physique et de toute vie familiale conventionnelle. Plus tard au cours de sa carrière, Jane s’est rendue compte que ses connaissances pouvaient être mieux employées dans des mesures de conservation essentielles. C’est la raison pour laquelle elle a délaissé la recherche qu’elle aimait tant pour diriger des initiatives dans le parc national de Gombe Stream en Tanzanie et plus loin encore.

Michelle interagissant avec un animal de l’endroit.

Michelle interagissant avec un animal de l’endroit.

À l’heure actuelle, l’information vérifiable en sciences de l’environnement se transmet avec facilité et rapidité. Pourtant, une grande partie de la population continue encore de nier les effets négatifs de l’activité humaine sur l’environnement. Jane a eu le courage de faire des années de recherche rigoureuse et de continuer à communiquer son message quant à l’importance du respect de toutes les créatures qui habitent la planète. Bien que cela n’ait pas été son but lorsqu’elle a commencé ses recherches comme jeune de 26 ans, curieuse et pleine d’enthousiasme, elle a été une source d’inspiration pour toute une génération de jeunes filles animées d’une même passion et d’une même ténacité pour la recherche, et connaissant la valeur de leur opinion.

Projets et champions de conservation sont synonymes d’espaces comme le parc provincial Algonquin, dont peuvent profiter des exploratrices chanceuses comme Michelle.

Projets et champions de conservation sont synonymes d’espaces comme le parc provincial Algonquin, dont peuvent profiter des exploratrices chanceuses comme Michelle.

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Allison Sibley, agente technique

Allison Sibley est une agente technique au Conseil national de recherches du Canada (CNRC) à Ottawa (Ontario). Elle détient un baccalauréat ès sciences en physique de l’Université Mount Allison (elle jure qu’elle n’a pas choisi cette université seulement en raison de son nom), à Sackville (Nouveau-Brunswick) ainsi qu’une maîtrise ès sciences en optique expérimentale de l’Université Queen’s, à Kingston (Ontario). Dans ses temps libres, elle aime cuisiner (et manger) de délicieuses pâtisseries, passer des heures sur Pinterest pour essayer de trouver le projet de bricolage idéal, et passer plus de temps à regarder la télévision qu’il n’est bon pour elle.

Il y a maintenant bien longtemps, lorsque j’étais en dixième année, mon père et moi avons eu une grosse dispute (très grosse). Il y a eu des cris, des claquements de portes et beaucoup de pleurs. Après cela, nous ne nous sommes pas parlé pendant des jours. Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous parle d’une dispute qui a eu lieu depuis longtemps et qui a depuis été pardonnée plusieurs fois. Bien, à cause de la raison de notre dispute.

C’était le temps de choisir mes cours pour mes deux dernières années d’études secondaires. Tout allait bien et il me restait seulement une période à remplir. Je voulais choisir un cours d’histoire, mais mon père, qui est ingénieur, voulais que je choisisse un cours de physique. « Tu dois choisir deux cours de sciences, m’a-t-il dit. Ne ferme pas la porte à ton avenir. » Naturellement, puisque tout ce que je connaissais de la physique venait des films, de la télévision et des gens, qui disaient à quel point ils détestaient la physique au secondaire, j’étais TRÈS opposée à cette idée.

Moi en 11e année (j’avais du style – admirez mes Crocs) construisant un pasteurisateur d’eau solaire au cours de l’été

Moi en 11e année (j’avais du style – admirez mes Crocs) construisant un pasteurisateur d’eau solaire au cours de l’été

Évidemment, comme je vous raconte cette histoire sur un blogue relatif aux femmes en STIM, j’ai finalement cédé et j’ai choisi la physique. Après le premier cours, j’ai eu la piqûre et je n’ai jamais regretté ma décision. J’adore découvrir pourquoi et comment les choses se comportent comme elles le font! Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu des moments où j’ai eu de la difficulté à garder ma motivation, ou des moments où j’ai pensé abandonner un problème ou un projet qui semblait devenir de plus en plus compliqué plus je passais du temps à y travailler. Cependant, lorsque tout fonctionne enfin, l’effort en vaut absolument la peine!

Je faisais semblant d’être beaucoup moins stressée que je ne l’étais vraiment lors de la présentation des résultats de certains de mes premiers travaux de maîtrise à Photonics North 2015, à Ottawa

Je faisais semblant d’être beaucoup moins stressée que je ne l’étais vraiment lors de la présentation des résultats de certains de mes premiers travaux de maîtrise à Photonics North 2015, à Ottawa

Depuis ma dispute avec mon père et la découverte de ma passion pour les sciences, j’ai obtenu un baccalauréat et une maîtrise ès sciences en physique et je travaille actuellement au CNRC au sein de la division Sciences des mesures et étalons. Même si j’ai définitivement la chance de mener des recherches scientifiques intéressantes tous les jours au CNRC, le projet le plus intéressant sur lequel j’ai travaillé était pendant ma maîtrise. Mon projet consistait à utiliser des lasers pour observer la surface du métal en fusion (fondu à l’aide d’un laser complètement différent) lors de l’impression 3D. Comme le type d’imprimante 3D avec laquelle nous voulions travailler est trop coûteux, nous avons dû en fabriquer une! Elle n’était pas très sophistiquée, mais cela a permis de faire le travail. En fait, nous étions parmi les premiers à mesurer l’étendue de la matière en fusion; cela peut sembler ennuyant et facile, mais croyez-moi, ce ne l’était pas! Même si j’ai terminé ma partie du projet, les travaux se poursuivent et on espère que cette technologie permettra d’améliorer la qualité et la fiabilité de l’impression 3D métallique!

 La photo très artistique que j’ai prise (accidentellement) de la première chose construite avec notre imprimante 3D faite maison

La photo très artistique que j’ai prise (accidentellement) de la première chose construite avec notre imprimante 3D faite maison

Je vais maintenant conclure avant de trop m’emballer et de réécrire ma thèse entière pour vous raconter à quel point l’impression 3D est merveilleuse (il faut toujours laisser les gens sur leur faim)! Toutefois, avant de terminer, j’ai un petit conseil à donner à tous ceux qui envisagent, même un tout petit peu, de poursuivre des études ou une carrière en STIM : lancez-vous! On ne sait jamais, vous pourriez découvrir que cela vous plaît!

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Suis-je la plus stupide dans la salle? La vie d’une rédactrice technique

Vicki Lynn Cove est une rédactrice technique professionnelle et gardienne de chats amateur de la Nouvelle-Écosse, qui vit en Californie. Elle est titulaire d’un baccalauréat en sciences avec spécialisation en biologie et mineure en littérature anglaise de l’Université Queens, de Kingston (Ontario), et d’un diplôme d’études supérieures en Sciences géographiques du Centre des sciences géographiques de Lawrencetown (Nouvelle-Écosse). Dans ses temps libres, Vicki Lynn aime escalader les rochers fermement attachée au bout d’une corde, se lancer dans des projets de tricot tout à fait inappropriés pour le climat du sud de la Californie et expliquer le système parlementaire de Westminster aux Américains. Vicki Lynn a des opinions bien arrêtées sur une grande variété de sujets. Par ailleurs, les opinions exprimées dans le présent article n’engagent qu’elle et ne représentent pas celles du gouvernement du Canada ou de ses collègues.

Ma première véritable expérience dans l’industrie de la technologie a été de passer les douanes. J’étudiais les systèmes d’information géographique au Centre des sciences géographiques depuis huit mois et je venais de décrocher une entrevue auprès d’une entreprise californienne, qui avait conçu la plupart des logiciels que j’utilisais à l’école. Lorsque je me suis présentée aux douanes à Toronto pour le prédédouanement, l’agent m’a demandé où j’allais.

Je lui ai répondu : « En Californie, je dois me rendre à une entrevue d’emploi avec une entreprise de logiciels de cartographie. »

Il m’a alors demandé d’un air stupéfait : « Tu as décroché une entrevue avec une entreprise de logiciels? »

Je lui ai donc affirmé que c’était bien le cas.

Il ne semblait pas convaincu, mais il a quand même estampillé mon passeport avant de me lancer : « D’accord, bienvenue aux États-Unis. »

Il est difficile de déterminer d’après cette courte interaction ce que l’agent pensait réellement. Peut-être était-ce son comportement habituel. Toutefois, il semblait plutôt surpris que j’aie obtenu une entrevue pour un emploi dans le domaine de la technologie au sein d’une entreprise de logiciels. Son expression pouvait davantage se traduire par « je suis vraiment étonné que quelqu’un ait retenu ta candidature, tu n’as vraiment pas le profil de l’emploi », que par « je suis vraiment content pour toi et j’espère que tu décrocheras le boulot ». J’étais déjà passablement nerveuse de passer mon entrevue, puisque ma seule expérience dans le domaine de la technologie se résumait à mes huit mois intenses d’études supérieures que j’ai commencé par apprendre ce que signifie SIG et fini par postuler pour un emploi au sein de la plus importante entreprise de SIG au monde. Même si l’agent des services frontaliers ne me connaissait pas et qu’il ne savait rien de l’expérience que j’avais ou de l’emploi pour lequel je postulais, son jugement m’a marqué. Je n’étais probablement pas assez bonne. Je n’avais probablement rien à offrir.

Six mois plus tard, je me retrouvais assise à ma première réunion d’équipe, à mon nouvel emploi, et je n’avais aucune idée de ce qui se passait. Je ne comprenais même pas les mots que mes collègues utilisaient. Je n’étais certaine que d’une seule chose : j’étais la plus bête dans la salle.

Après avoir passé presque deux ans à ce poste, j’aimerais pouvoir remonter le temps pour assister à nouveau à cette réunion et comprendre de quoi il était question. Probablement que je saurais exactement de quoi il retourne. Malheureusement, je ne peux pas revivre cette réunion et j’ai toujours le sentiment d’être la plus bête dans la salle. Ce sentiment a persisté pendant longtemps et il en est probablement ainsi pour un grand nombre de femmes qui travaillent dans ce domaine : le sentiment de ne pas être à notre place et de ne pas être assez bonne. Peu importe que l’entreprise pour laquelle je travaille ait un effectif inclusif et diversifié ou que ses pratiques d’embauche ne ressemblent en rien à celles de Silicon Valley lorsqu’il est question des femmes ou des personnes de couleur. Peu importe que mes collègues et mes superviseurs me soutiennent. Ce sentiment m’a hanté durant presque toute ma vie et il se renforce chaque fois qu’une personne me regarde surprise en me disant « Tu travailles pour une entreprise de technologie? »

Oui, je travaille pour une entreprise de technologie. Oui, j’accomplis aussi un excellent travail. À l’instar de toutes les autres femmes que je connais qui travaillent dans le domaine des STIM.

Je ne suis pas la plus stupide dans la salle. Nous ne sommes pas les stupides dans la salle. 

J’ose espérer que je fais partie de la dernière génération de femmes qui doivent se le rappeler.

Vicki Lynn au parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton contemplant le golfe nt-Laurent et la piste Cabot.

Vicki Lynn au parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton contemplant le golfe nt-Laurent et la piste Cabot.

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Gabrielle Gascon, spécialiste des sciences physiques, Environnement et Changements climatiques Canada

Gabrielle Gascon est spécialiste des sciences physiques à Environnement et Changements climatiques Canada. Elle se rend presque chaque jour au travail à bicyclette. Dans ses temps libres, elle aime cuisiner, faire de la randonnée, faire du ski et entretenir son jardin.

D’aussi loin que je me souvienne, j’étais attirée par la météo : de trouver des formes dans de petits cumulus à jouer à l’extérieur durant une tempête de neige. Voulant en savoir davantage sur l’atmosphère, je me suis inscrite à l’Université McGill en météorologie et en océanographie.

Réalisation de levés cinématiques par GPS sur le glacier Belcher, qui est tributaire du glacier de la calotte glaciaire de Devon (mai 2011).

Réalisation de levés cinématiques par GPS sur le glacier Belcher, qui est tributaire du glacier de la calotte glaciaire de Devon (mai 2011).

Durant mes études de premier cycle, je n’envisageais pas une carrière en recherche. On m’a toutefois offert de participer au programme de recherche Storm Studies in the Arctic et j’ai profité de l’occasion pour obtenir une maîtrise en science atmosphérique à l’Université McGill. Dans le cadre du programme de recherche, je me suis rendue à Iqaluit pour participer pendant deux mois à une campagne menée sur le terrain afin d’étudier la dynamique des violentes tempêtes hivernales. Sur l’un de nos vols de recherche à bord du Convair-580 de RNCan, nous avons survolé la calotte glaciaire Penny sur l’île de Baffin. J’étais stupéfaite de voir cet immense glacier et je me suis mise à me poser une tonne de questions au sujet du système terrestre, des questions auxquelles je n’avais pas de réponse.

Installation d’un appareil pour prises de vues à intervalle afin de suivre l’évolution d’un moulin sur le glacier Belcher (mai 2012).

Installation d’un appareil pour prises de vues à intervalle afin de suivre l’évolution d’un moulin sur le glacier Belcher (mai 2012).

Avec toutes ses questions en tête, j’ai fait mes bagages et je suis déménagée à Edmonton pour obtenir un doctorat en glaciologie et en science atmosphérique à l’Université de l’Alberta. Mon projet de recherche visait à comprendre les interactions glace-atmosphère dans l’Arctique canadien. J’ai aimé travailler sur le terrain sur la calotte glaciaire de Devon, au Nunavut, pour prendre des mesures glaciologiques et météorologiques. Je devais conduire une motoneige, utiliser un géoradar pour recueillir de l’information sur la stratigraphie glaciaire, installer des appareils pour prises de vues à intervalle et prendre des mesures GPS pour suivre le mouvement des glaces. En rétrospective, mon plus grand bonheur durant mes études supérieures a été la possibilité de combiner mes travaux de recherche, mon travail sur le terrain et l’enseignement.

Utilisation d’un GPS pour évaluer la réalité de terrain d’une falaise pour le géoréférencement d’images satellites (mai 2012)

Utilisation d’un GPS pour évaluer la réalité de terrain d’une falaise pour le géoréférencement d’images satellites (mai 2012)

Maintenant, à titre de spécialiste des sciences physiques à Environnement et Changements climatiques Canada, je contribue aux capacités du pays en matière de prévisions météorologiques dans l’Arctique grâce à de nouvelles recherches appliquées novatrices.

Si j’avais un conseil à donner aux jeunes chercheurs, je leur dirais de vivre leur passion et de profiter des occasions qui s’offrent à eux.

Gabrielle profitant du soleil durant une pause sur la calotte glaciaire de Devon (mai 2011)

Gabrielle profitant du soleil durant une pause sur la calotte glaciaire de Devon (mai 2011)

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