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Viser le ciel : Conseils d’une chercheuse scientifique sur les satellites

Heather McNairn Ph.D. est une chercheuse émérite au Centre de recherche et de développement d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) à Ottawa. Elle se spécialise dans la recherche sur l’observation de la Terre, notamment sur l’utilisation des données satellitaires en agriculture.

Pouvez-vous nommer une chose qui pourrait surprendre les gens à propos de la recherche sur les satellites en agriculture?

Le Canada est un chef de file dans le domaine de la technologie satellite. Nous sommes spécialisés dans un type particulier de satellites que l’on appelle « radars ». Les satellites-radars sont différents des satellites optiques, qui prennent des photographies dans les domaines du visible et de l’infrarouge. Les satellites-radars utilisent l’énergie dans des ondes plus longues et peuvent capter des données même lorsqu’il y a des nuages. Le Canada conçoit depuis longtemps ce type de satellites, qu’il utilise dans l’espace ainsi que pour—et c’est ici qu’AAC entre en scène—cartographier l’agriculture.

La majorité des Canadiens ignorent sans doute que nous utilisons des satellites pour cartographier chaque culture qui pousse dans chaque champ au Canada; ce travail est fait à toutes les années afin de produire l’Inventaire annuel des cultures.

Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce domaine d’emploi?

Je me suis en quelque sorte laissée porter vers cette carrière! Il y a des gens qui ont un plan de vie et de carrière précis en tête, et il y en a d’autres qui suivent le courant, ce qui est plutôt mon cas. J’ai simplement suivi mon instinct et je me suis dirigée vers ce qui m’intéressait. J’ai étudié au premier cycle en études environnementales à l’Université de Waterloo, et après cela, j’ai pensé que j’en avais fini avec l’école. J’ai travaillé pendant deux ans, puis l’occasion s’est présentée de faire une maîtrise à l’Université de Guelph. Je me suis dit : pourquoi pas? Mes travaux de maîtrise portaient sur l’élaboration d’une méthode permettant d’utiliser les données satellitaires pour cartographier le travail du sol. Cela m’a plus tard amenée à faire un doctorat à temps partiel tout en travaillant à temps plein à Ressources naturelles Canada. J’étais aussi mère de deux jeunes enfants à cette époque : ça n’a pas été facile!  

Quel est le moment le plus mémorable de votre carrière?

En 2012, la NASA a communiqué avec mon équipe pour nous proposer un défi. Ils lançaient un nouveau satellite appelé SMAP, qui devait servir à mesurer l’humidité dans le sol afin d’améliorer notamment la prévision des sécheresses. En vue de la mission pour le satellite, l’équipe du SMAP voulait s’assurer que ses algorithmes satisfaisaient à des normes d’exactitude élevées. Cela comprenait l’estimation exacte de l’humidité dans le sol sur les terres agricoles. Nous avons donc organisé une vaste campagne au Manitoba, laquelle a duré six semaines et mis à contribution 75 personnes au Canada et aux États-Unis. La NASA a utilisé deux aéronefs pour élaborer les méthodes, et nous avons recueilli une quantité colossale de données sur le terrain. Nous avons ensuite utilisé ces données pour mettre à l’essai et adapter les algorithmes de la NASA. À la suite du lancement du SMAP en 2015, on a fait appel à nous de nouveau en vue d’organiser une deuxième campagne en 2016. Cette expérience post-lancement a contribué à améliorer l’exactitude des données sur l’humidité du sol fournies par le satellite SMAP. Après les expériences de 2012 et de 2016, les données ont été rendues publiques et sont utilisées par des chercheurs des quatre coins du monde. La NASA a envoyé une lettre à AAC, dans laquelle elle remercie notre équipe de sa contribution.

Que pourrions-nous faire pour soutenir les femmes en sciences?

Les modèles de rôle et le mentorat sont très importants. Parfois, une seule personne peut faire la différence—une personne que vous admirez et qui vous inspire. En ce moment, j’encadre deux jeunes femmes que je rencontre une fois par mois pour parler de leur carrière et d’autres aspects de leur vie. Chaque fois que je leur parle, elles me semblent si accomplies et en contrôle… je me demande souvent pourquoi elles ont besoin de moi. Mais parfois, vous avez juste besoin de savoir que quelqu’un est là pour vous. Je crois que c’est important que les employeurs et les organisations professionnelles offrent des programmes de mentorat.  

Nous avons aussi besoin de mécanismes de soutien à l’intention des femmes en sciences et de leur famille. C’est parfois difficile pour une femme qui a de jeunes enfants et qui a besoin de temps pour s’occuper d’eux. C’est parfois difficile également pour une femme d’entrer dans une salle de réunion où il n’y a que des hommes. Ça peut être intimidant. Les gens devraient être conscients de ça et trouver des façons de mettre cette femme à l’aise.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes intéressés par une carrière en sciences?

Travaillez fort et suivez votre passion. Je dis à mes enfants qu’il faut simplement relaxer et ne pas trop s’en faire à propos de sa carrière, parce que quand on a une passion et qu’on travaille fort, les portes s’ouvrent devant nous. Et cela ne se passe pas toujours comme on l’avait prévu.

En ce qui concerne les jeunes femmes, il faut qu’elles cessent de se demander si elles peuvent aller vers les sciences. Ce qu’elles devraient plutôt se demander, c’est : « Pourquoi pas? ».

Quels sont vos passe-temps et ont-ils une influence sur votre travail de chercheuse?

Je donne actuellement des cours de conditionnement physique—j’aime l’inspiration que ça apporte. C’est très important d’intégrer l’activité physique à sa vie. Je dis aux gens de se fixer des objectifs et d’y aller graduellement. Leurs progrès sont inspirants. Les activités physiques permettent aussi de se défouler et sont excellentes pour libérer le stress.

Quel progrès espérez-vous observer dans votre domaine au cours des dix prochaines années?

Une quantité phénoménale de technologies sont en cours d’élaboration partout dans le monde. Le Canada et de nombreux autres pays mettent au point de nouveaux radars-satellites, et ceux-ci auront des capacités beaucoup plus grandes. L’accès à ces données sera absolument incroyable. La majorité des données seront fournies gratuitement, ce qui donnera lieu à de nouvelles applications. Mais actuellement, il y a un écart entre la science et l’application qu’on en fait, et un travail de sensibilisation sera nécessaire. J’espère que les méthodes et les technologies seront davantage mises en application dans le domaine. Nous allons obtenir d’excellentes données provenant de l’espace, et nous devons trouver un moyen de les transférer aux utilisateurs potentiels.

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