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Satisfaites vos aspirations et vos passions : conseils d’une coordonnatrice de la stratégie dans le domaine de la lutte intégrée contre les parasites

Cezarina Kora Ph.D. est coordonnatrice principale de la stratégie au sein de l’équipe chargée de la réduction des risques liés aux pesticides mise sur pied par le Centre de lutte antiparasitaire d’Agriculture et Agroalimentaire Canada à Ottawa. C’est une spécialiste de la lutte intégrée contre les parasites et de la mobilisation stratégique des intervenants dans le contexte de l’agriculture durable.

Dans votre domaine de spécialité, l’agronomie, qu’est-ce qui pourrait surprendre les gens?

Le Canada est un acteur de premier plan dans la conception et l’utilisation de technologies durables visant à remplacer les pesticides chimiques dans la lutte antiparasitaire. Non seulement l’équipe chargée de la réduction des risques liés aux pesticides affecte les fonds fédéraux destinés à aider les agriculteurs à régler les problèmes particuliers auxquels ils se heurtent dans la lutte contre les parasites, mais elle participe également à la diffusion des connaissances et des techniques dans le but de jeter des ponts entre les solutions scientifiques et les besoins de l’agriculture.

La plupart des gens ne savent probablement pas que, depuis 2002, le Centre de lutte antiparasitaire a permis aux agriculteurs canadiens de profiter de centaines de nouvelles solutions, chimiques ou non, de lutte contre les parasites. Salué dans le monde entier pour ses réussites, le Centre conseille désormais les pays (comme le Brésil, l’Australie et la Chine) qui souhaitent faire bénéficier leurs agriculteurs de programmes semblables et se lancer dans des collaborations internationales.

À titre de coordonnatrice de la stratégie, je facilite la collaboration entre les intervenants, notamment les scientifiques, les spécialistes provinciaux et les représentants de l’industrie dans le but de recenser les problèmes les plus pressants que rencontrent les agriculteurs en matière de lutte antiparasitaire, et d’essayer de résoudre ces problèmes à l’aide de solutions non chimiques. Je collabore ensuite avec les intervenants en vue de concevoir et de mettre en œuvre des stratégies de réduction des risques liés aux pesticides. Cela nécessite d’appuyer le processus de conception des solutions recommandées, puis de rendre compte des progrès réalisés et des résultats obtenus grâce à ces stratégies. Au cours des 15 dernières années, j’ai coordonné neuf stratégies et plus de 50 projets de diffusion des connaissances et des données scientifiques, ce qui représente une allocation totale de plus de 4 M$.

Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce domaine?

L’agriculture me passionne et c’est un privilège pour moi de voir mon travail contribuer à réduire les risques de la production de nourriture au Canada. Après avoir immigré dans ce pays, j’ai obtenu un baccalauréat en génie rural, puis j’ai voulu faire carrière dans l’agriculture afin de pouvoir travailler dans mon domaine d’expertise. J’ai décidé de faire un doctorat en sciences de l’environnement à l’Université de Guelph avec spécialisation en pathologie végétale. Venir m’installer à Montréal pour poursuivre mes études a été la meilleure décision que j’ai jamais prise! L’Université de Guelph m’a permis de profiter de nouvelles occasions, de participer à des avancées scientifiques de premier plan, d’acquérir de nouvelles connaissances et aptitudes, ainsi que de me familiariser avec les problèmes environnementaux. Ma recherche doctorale a porté sur les bases épidémiologiques de la prévision des maladies et de la lutte culturale visant à éviter la pourriture sclérotique de la carotte. Quand, en 2004, j’ai entendu parler pour la première fois de la portée et de l’objectif du programme de réduction des risques liés aux pesticides, je me suis rendu compte que cela coïncidait parfaitement avec ma formation universitaire et mes aspirations professionnelles, et je suis fière aujourd’hui de continuer à contribuer à la réussite de l’équipe chargée de ce programme. Le poste que j’occupe m’a apporté énormément et je suis vraiment contente d’avoir la possibilité de continuer à progresser professionnellement.

Quel est le moment le plus mémorable de votre carrière?

En 2011, j’ai eu l’honneur de faire partie de l’équipe de 12 scientifiques et agriculteurs qui a reçu le Prix de la meilleure réalisation scientifique de la division Recherche pour le rôle de premier plan qu’elle a joué dans la conception et la démonstration de la technique d’habillage des feuilles de carottes destinée à prévenir la pourriture sclérotique de cette plante, ainsi que dans la promotion de sa commercialisation. Cela a été vraiment gratifiant d’assister à la mise au point pour les agriculteurs de méthodes de lutte antiparasitaire concrétisant les résultats de mes recherches universitaires et de voir ce secteur d’activité s’intéresser à ces méthodes plutôt que de recourir aux pesticides.

Que pourrions-nous faire pour soutenir les femmes en sciences?

Je trouve très encourageant de voir que, depuis dix ans, de plus en plus de femmes travaillent dans les domaines scientifiques et que nombre d’entre elles se joignent à la fonction publique. J’ai de la chance d’avoir étudié et de travailler dans des milieux favorables aux femmes et je suis bien consciente de l’importance d’être comprise et soutenue. À l’heure actuelle, je travaille dans un groupe composé à 70 % de femmes. J’ai rencontré dans ma vie quelques modèles féminins qui ont joué un rôle crucial dans mon évolution professionnelle et sociale, car ces femmes m’ont fait comprendre qu’avec de la persévérance, il était possible de réussir. Je crois que la meilleure façon de soutenir les femmes, c’est d’être à notre tour des modèles féminins. Au travail, j’ai conseillé des étudiantes ainsi que de jeunes scientifiques et j’ai trouvé gratifiant de les voir devenir des professionnelles indépendantes et chevronnées.

Il faut aussi que davantage de femmes parlent pour les femmes et expriment leurs revendications, comme celle de bénéficier d’horaires flexibles pour pouvoir accomplir leurs tâches personnelles en plus de leurs tâches professionnelles. Un partenaire compréhensif et coopératif est aussi important dans l’atteinte des objectifs de carrière. Si je suis là aujourd’hui, c’est beaucoup grâce à mon époux.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes intéressés par une carrière en sciences?

Satisfaites vos aspirations et vos passions, assouvissez votre désir d’étudier les phénomènes naturels et protégez la vie sur terre : ce domaine scientifique est plein de surprises et de défis, et il peut vous mener à des découvertes gratifiantes et à des innovations emballantes! Si vous souhaitez exploiter votre côté créatif et votre curiosité, il vous suffit de trouver le domaine scientifique et le champ d’exploration qui vous conviennent. Réalisez vos objectifs personnels : rien n’est impossible quand on y met du cœur et qu’on se donne à fond. Et n’oubliez pas : votre carrière représentera un grand pan de votre vie, si bien que vous devez choisir un métier qui vous plaît et dans lequel vous pouvez vous réaliser.

Quels sont vos passe-temps et ont-ils une influence sur votre travail?

J’adore les espaces verts et les habitats naturels, si bien que mon principal passe-temps, c’est la marche en forêt et dans les parcs. Je trouve qu’être en contact avec la nature m’aide à refaire le plein d’énergie, à rester en bonne santé et à être productive au travail. Par conséquent, je me suis donné pour mission de faire ce que je peux pour protéger les ressources et les espaces naturels. Cette passion a aussi influé sur les choix professionnels que j’ai faits.

Quel progrès espérez-vous observer dans votre domaine au cours des dix prochaines années?

J’espère que la production durable recevra un soutien plus large et que la recherche dans ce domaine s’intensifiera de manière à réduire les effets nuisibles de l’agriculture sur l’environnement et la santé des êtres humains. J’espère également que les agriculteurs seront nombreux à adopter cette conception de l’agriculture. J’aimerais que les ministères, les secteurs d’activités, les disciplines et les pays collaborent davantage pour être plus efficaces et optimiser l’utilisation des ressources.

Enfin, j’espère qu’un plus grand nombre de femmes travailleront dans les domaines scientifiques et participeront au processus de prise de décisions sur les orientations de la science de demain et tous les aspects politiques, économiques et sociaux.

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