Quatrième levé intergouvernemental Canada - É.-U. du plateau continental étendu dans l’Arctique (2011)

Aperçu de la mission

La mission première de l’équipe scientifique dédiée aux levés effectués conjointement par le Canada et les USA à bord du NGCC Louis St.-Laurent, sera d’effectuer des levés du plateau continental du Canada au-delà des 200 milles marins. Il s’agit de la quatrième campagne de levés du plateau continental étendu et elle est effectuée conjointement avec le garde-côte étatsunien USCG Healy. Les bâtiments recueillent des données sismiques et bathymétriques qui, en plus d’être utilisées pour déterminer les limites extérieures du plateau continental, permettront également d’aider les navigateurs et d’accroître nos connaissances des eaux arctiques du Canada.

Le Service hydrographique du Canada (Pêches et Océans Canada), en collaboration avec Ressources naturelles Canada et le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, collige des données inestimables nécessaires à la préparation de la soumission canadienne à la Commission sur les Limites du plateau continental dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Le Canada a ratifié la convention en novembre 2003 et présentera sa soumission en décembre 2013.

Hans Böggild est écrivain, metteur en scène et acteur, et il vit à Halifax, Nouvelle-Écosse.

Renseignements supplémentaires

Le navire de la Garde côtière canadienne Louis S. St-Laurent
vogue vers l’Arctique pour y appuyer la science et le transport maritime

Service hydrographique du Canada
Le patrimoine océanique du Canada : Une description des zones maritimes du Canada
Rôle de la Garde côtière canadienne dans l’Arctique
Le plateau continental étendu du Canada

Suivi de leur position

Suivez la position du NGCC Louis S. St-Laurent et du navire de la Garde côtière des États‑Unis, le USCGC Healy, sur le site suivant : http://www.sailwx.info/shiptrack/shipposition.phtml?call=CGBN

Une cybercaméra se trouve sur le nid-de-pie du Healy et diffuse des images horaires des glaces qui se trouvent devant le bateau : http://mgds.ldeo.columbia.edu/healy/reports/aloftcon/2011/

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Premier jour

Publié : août 18, 2011

18 août 2011 – Premier jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Les scientifiques et les membres de l’équipage qui sont arrivés ce matin et se sont rassemblés à l’aéroport de Kugluktuk pour entreprendre une expédition scientifique de six semaines dans l’Extrême‑Arctique viennent de toutes les régions du Canada. Ce fut un moment de belles retrouvailles pour de vieux amis, mais aussi l’occasion de faire de nouvelles connaissances. Il faisait un temps légèrement pluvieux et un soleil timide tentait de percer les nuages, mais l’ambiance était réchauffée par la soif de découverte et d’exploration. C’est un groupe diversifié et éclectique, composé de scientifiques, de marins chevronnés et de fonctionnaires, qui entreprend ce voyage à bord du NGCC Louis S. St‑Laurent.

Alors que les membres de l’expédition se réunissaient à l’aéroport de Kugluktuk, le transport du personnel vers le navire s’est poursuivi pendant plusieurs heures. Le navire avait jeté l’ancre proche du littoral dans le golfe de Coronation et le vol en hélicoptère pour l’atteindre ne dure que quelques minutes, mais quel moment exaltant! L’hélicoptère a effectué 182 allers‑retours pour transporter les passagers à bord du navire, en groupes de deux ou trois personnes avec leurs bagages, et pour ramener l’équipage du précédent voyage du NGCC Louis S. St‑Laurent sur la partie continentale du Nunavut. À l’exception de trois personnes qui étaient déjà embarquées, les 94 qui sont à bord ce soir composent un nouvel équipage. À mesure que s’effectuait l’embarquement des passagers au courant de la journée, ceux qui connaissaient déjà le navire ont aidé les nouveaux venus à se familiariser avec la disposition physique et la géographie du bâtiment.

L’expédition s’annonce mémorable. La prospection sismique permettra de recueillir des données à une profondeur de plusieurs kilomètres sous le fond de l’océan dans des régions qui n’ont jamais été étudiées de cette manière auparavant. Les scientifiques effectueront des tests et récolteront des données à partir du fond marin jusqu’à la surface de l’océan, ainsi que dans la couche d’air au‑dessus. De nouvelles technologies seront déployées, certaines pour la première fois.

Hans Böggild

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Deuxième jour

Publié : août 19, 2011

19 août 2011 – Deuxième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Hier soir, après un rassemblement où tous les passagers ont été informés du poste qu’ils doivent occuper à bord du NGCC Louis S.&#1 60;St‑Laurent en cas d’urgence, nous avons levé l’ancre et entamé la première phase de l’expédition. À la fin de la matinée aujourd’hui, nous étions presque sortis du détroit de Dolphin et Union, juste au sud de l’île Victoria, pour nous engager dans le chenal Amundsen en direction du golfe du même nom.

Beaucoup d’explorateurs ont visité ces sites historiques de l’Arctique avant nous, dont le Norvégien Roald Amundsen qui a navigué dans ces eaux à bord de son navire le Gjoa, de 1903 à 1905. Il a été le premier à traverser le passage du Nord‑Ouest, un objectif difficile à atteindre et devant lequel des explorateurs avaient échoué depuis des centaines d’années. Le Gjoa était beaucoup plus petit que les navires des explorateurs précédents et peut‑être mieux adapté à la navigation dans les glaces. Amundsen a aussi écouté et suivi les conseils des Inuits de la région sur la façon de survivre dans l’Arctique et sur les aliments locaux à manger.

Trente‑cinq ans plus tard, de 1940 à 1942, Henry Larsen a navigué dans ces eaux à titre de capitaine du navire de la GRC, le St‑Roch. Il a été le premier à traverser le passage du Nord‑Ouest d’ouest en est, effectuant le même trajet qu’Amundsen, mais en sens inverse. À la suite de la réparation de la coque du navire à Halifax, Larsen est retourné dans l’Arctique qu’il a traversé d’est en ouest, mais en suivant un trajet plus au nord, devenant ainsi le premier navigateur à franchir le passage du Nord‑Ouest dans les deux sens.

Pendant que le NGCC Louis S. St‑Laurent faisait route dans ces eaux historiques, l’équipe scientifique a participé à une séance d’initiation aux mesures de sécurité et à l’utilisation de l’équipement de survie. Nous avons tous revêtu une combinaison d’immersion et appris les procédures à suivre pour l’utilisation des gilets de sauvetage et les exercices d’urgence. Par la suite, nous avons visité le navire en commençant par la passerelle de commandement pour ensuite descendre sur les ponts. Après une deuxième journée sur le NGCC Louis S. St‑Laurent, nous avons tous une meilleure idée où tout se trouve à bord.

Hans Böggild

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Troisième jour

Publié : août 20, 2011

20 août 2011 – Troisième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Ce matin, nous avons quitté le golfe Amundsen et nous sommes entrés dans la mer de Beaufort. Nous avons emprunté un corridor où des pingos ont été cartographiés. Ce sont des collines au noyau de glace composées de remontées de pergélisol, de méthane, de minéraux et de minerais. Ils peuvent constituer un danger pour la navigation, surtout ceux qui sont actuellement submergés par la mer. Les pingos ne se forment pas sous la mer, mais beaucoup d’entre eux sont immergés en ce moment. C’est dire l’ampleur de la hausse du niveau de la mer. Après avoir traversé sans problème le champ des pingos, nous sommes arrivés à un emplacement proche de la côte au nord de Tuktoyaktuk dans les Territoires du Nord‑Ouest où le navire attendra au large le ravitaillement en carburant. De la proue du navire, on aperçut à l’horizon en direction sud sud‑ouest un grand pingo émergeant de l’eau. On aurait dit une île.

Le ciel était d’un bleu éclatant aujourd’hui et la surface de la mer était nettement visible. On y voyait parfois des nappes brunes composées apparemment de sédiments et de sable qui s’écoulent de l’embouchure du fleuve Mackenzie. Ils restent e n suspension et sont entraînés par les courants océaniques. Comme l’eau est peu profonde à cet endroit, on utilisera une barge pour ravitailler le navire en diesel pour que nous puissions poursuivre notre voyage vers le nord.

Le pilote d’hélicoptère, Chris Swannell, a donné un cours de sécurité sur le pont d’envol à l’intention de toutes les personnes qui se déplaceront à bord de l’hélicoptère à cinq places d’un beau rouge vif. Il faut tenir compte de nombreux facteurs pour s’assurer que les pratiques en matière de sécurité sont exemplaires, surtout en ce qui concerne les conditions qui prévalent dans l’Arctique. Il faut s’accroupir lorsqu’on s’approche de l’hélicoptère et l’approcher par le devant à la vue du pilote. Et ce n’est que le début. Il y a beaucoup d’autres dispositifs et équipements de sécurité conçus spécialement pour les urgences et les opérations de sauvetage, dont une torche au laser utilisée pour envoyer un signal de détresse aux avions qui passent et des émetteurs GPS qui sont rangés dans la poche gauche de tous les gilets de sauvetage.

Les spécialistes de la prospection sismique et les techniciens ont travaillé toute la journée à l’arrière du navire à préparer leur équipement pour le déployer lorsque nous rejoindrons le garde‑côte américain Healy dans les prochains jours. Les conduites à haute pression, les câbles d’hydrophone, le compresseur et la nappe de sismographes ont tous été préparés en vue de leur utilisation aujourd’hui.

Dans la soirée, le personnel scientifique s’est réuni et David Mosher, l’expert scientifique en chef, a exposé les grandes lignes du plan de voyage pour la prospection sismique. Notre itinéraire nous mènera jusqu’à 88,5 degrés de latitude nord. Le capitaine Marc Rothwell nous a informés qu’en raison du retard dans la livraison du carburant par la barge en provenance de Tuktoyaktuk, nous allions mettre le cap sur le nord et nous alimenter en carburant auprès du garde‑côte Healy qui dispose de réserves.

En nous dirigeant vers le nord, la mer s’est agitée et les vagues ont soulevé le navire qui s’est mis à tanguer et à rouler. Pour ceux d’entre nous qui n’ont pas l’habitude des voyages en mer, ce fut une introduction aux sensations physiques que provoque une mer houleuse. L’un des membres de l’équipage m’a affirmé que ce n’était rien à côté de ce qui pouvait nous attendre.

Hans Böggild

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Quatrième jour

Publié : août 21, 2011

21 août 2011 – Quatrième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Tôt ce matin, nous avions parcouru environ 160 kilomètres au nord de Tuktoyaktuk dans la mer de Beaufort qui s’était calmée depuis hier. Vers six heures, nous avons frappé notre premier banc de glace de mer et on entendait le bruit de la coque du navire qui raclait la glace. En regardant par un hublot, j’ai vu une multitude de blocs de glace d’environ quatre mètres et demi de long par près de deux mètres de large, et d’autres blocs plus gros dont la partie supérieure était blanche et la partie inférieure, bleu de cobalt. Un paysage époustouflant pour quelqu’un comme moi qui n’avait jamais vu ces glaces auparavant, surtout la façon dont les vagues du navire frappent les blocs. L’observatrice des glaces du garde‑côte, Barbara Molyneaux, a expliqué que les blocs plus gros de couleur bleue avaient plusieurs années de croissance alors que les blocs plus petits étaient constitués de glace de l&#8217 ;année. Ceux qui nous entouraient comportaient un mélange des deux types. On me dit que la glace deviendra encore plus intéressante à mesure que nous avancerons plus au nord.

Vers 9 h 30, une annonce est diffusée sur le système de sonorisation du navire : « Il y a un ours polaire à tribord pour ceux que ça intéresse. » Je me suis précipité sur le pont à tribord avec mon appareil photo, mais je ne suis pas arrivé à temps. Nous filions à environ 10 nœuds. Mes camarades de bord m’ont assuré qu’il y aura d’autres occasions de voir des ours polaires au cours du voyage.

Plus tard dans la matinée, je suis allé examiner un conteneur près de la poupe où le technicien Rodger Oulton m’a montré l’installation du compresseur d’air utilisé pour alimenter les travaux de prospection sismique. Un puissant moteur diesel actionne un arbre à vilebrequin qui augmente la pression de l’air jusqu’à 2 000 lb/po. L’air comprimé passe par des conduites à haute pression pour arriver aux canons à air qui provoquent une onde sismique lorsqu’ils sont déchargés. Des capteurs recueilleront les données qui permettront d’étudier la croûte terrestre située sous le fond marin. Rodger et un collègue sont en train de vérifier la machinerie et de la calibrer pour maintenir une pression optimale pour les canons qui seront déchargés toutes les quinze secondes.

Peu de temps après, je me suis rendu à la poupe du navire où Nelson Ruben était en train d’assembler et d’ajuster les pièces mécaniques de la nappe de sismographes. Ce sont des pièces usinées en acier brossé qui sont accrochées à un imposant support orange vif situé tout au fond du navire. Nelson m’a expliqué que les trois canons à air qu’il était en train d’assembler doivent être déchargés en même temps. Nelson est d’origine inuite. Parmi les nombreuses activités qui l’occupent le reste de l’année, il y a la pêche de l’omble chevalier à Paulatuk, sa ville natale. Les poissons qu’il a capturés cette année pesaient entre quatre et neuf kilos chacun. Il les distribue aux membres de sa communauté en commençant par les aînés. « Personne ne manque de nourriture dans une petite ville » a‑t‑il expliqué. Plus tard dans l’expédition, Nelson, ainsi que son frère John et son cousin Dale qui sont aussi à bord, travailleront comme observateurs de mammifères marins à tour de rôle pour des quarts de veille de huit heures, permettant ainsi une surveillance de la faune 24 heures sur 24. Le but est de s’assurer que les essais scientifiques ne causent pas de tort aux animaux sauvages.

Hans Böggild

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Cinquième jour

Publié : août 29, 2011

22 août 2011 – Cinquième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême Arctique canadien

Ce matin, une annonce a été diffusée sur le système de sonorisation du navire nous incitant à la prudence sur les ponts extérieurs qui sont verglacés malgré l’épandage de sel de déglaçage. Il faut éviter de se promener les mains dans les poches et toujours avoir une main libre pour s’accrocher au besoin à la rambarde. Nous sommes parvenus à 76 degrés de latitude nord dans le bassin Canada de l’océan Arctique. Le NGCC Louis S. St-Laurent est en avance sur le rendez-vous prévu avec le garde-côte américain Healy.

L’assemblage du véhicule sous-marin autonome (VSA) est en cours dans le hangar.

Préparation du VSA dans le hangar du NGCC Louis S. St Laurent. Photo par Hans Boggild

Préparation du VSA dans le hangar du NGCC Louis S. St Laurent. Photo par Hans Boggild

Mis au point par International Submarine Engineering Ltd., Canada (ISE) pour le programme UNCLOS, le VSA permet de cartographier des régions inaccessibles. Richard Pederson de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) est associé au projet depuis le début, et il m’a expliqué quelques-unes des fonctions du VSA. Il peut être démonté et transporté en région éloignée par Twin Otter. Il a un rayon d’action de 440 kilomètres, il est alimenté par batteries, il pèse 1 800 kilos et il est équipé de nombreux systèmes de navigation, de ballastage, de communication et, bien entendu, d’arpentage. Le véhicule se manœuvre comme un avion, sauf qu’il est propulsé par une hélice fixée à l’arrière. Une fois submergé, le VSA « vole » dans l’eau. Lorsqu’il sera déployé, il se dirigera tout seul sous la glace de l’Arctique et descendra jusqu’à une profondeur de 100 mètres du fond marin pour recueillir des données sur la profondeur marine. Il reviendra ensuite à son navire d’attache 48 heures plus tard grâce à un système novateur de piaulements au moyen desquels il retrouve le chemin du retour et transmet des informations sur l’état des systèmes à ses opérateurs.

J’ai eu avec Deborah Hutchinson, chercheuse scientifique, géologue marine et agente de liaison américaine, une conversation instructive sur la gravité. Elle m’a parlé du capteur gravimétrique, installé sur le pont inférieur du navire, qui mesure la gravité tout au long du voyage. La gravité varie en fonction de la profondeur marine et de la composition des substances qui occupent le fond marin. La force de gravité est plus forte lorsqu’il y a une formation rocheuse plus dense dans la terre. L’interprétation des données sismiques est grandement facilitée par la disponibilité de ces mesures de la gravité tout au long du voyage. Ces mesures sont assorties à des données sur la profondeur et sur la position pour appuyer les résultats sismiques.

À l’occasion de la réunion du personnel scientifique qui a lieu tous les soirs, l’expert scientifique en chef, David Mosher, nous a informés hier que nous rejoindrons le Healy demain matin et que la prospection sismique débutera demain soir. Je donnerai des explications plus approfondies des travaux scientifiques fascinants qui se déroulent au cours de ce voyage à mesure que nous avançons vers le nord.

Hans Böggild

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Sixième jour

Publié : août 29, 2011

23 août 2011 – Sixième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême Arctique canadien

Photo des deux navires dans la glace en mode de prospection sismique. Le Healy brise la glace devant le St Laurent. Photo par Hans Boggild.

Photo des deux navires dans la glace en mode de prospection sismique. Le Healy brise la glace devant le St Laurent. Photo par Hans Boggild.

L’équipage de pont s’est levé tôt ce matin pour préparer l’arrivée du garde‑côte américain Healy qui est apparu vers 9 h 30 à l’avant de l’étrave du NGCC Louis S. St‑Laurent. C’était stimulant de voir deux navires affectés à l’exploration polaire se rencontrer pour réaliser un projet commun qui consiste à cartographier l’océan Arctique. Le St‑Laurent a accosté le Healy grâce à une manœuvre exécutée à la perfection, et les équipages des deux navires ont très vite installé un pont de passage. Au moment où j’écris ces lignes, le St‑Laurent est en train de faire le plein de carburant provenant de la réserve du Healy, et les équipages s’invitent mutuellement à visiter leurs navires respectifs. C’est amusant d’assister aux échanges entre homologues et à leurs discussions à propos de l’Arctique, des sciences de l’Arctique et de la navigation dans l’Arctique. Nous nous trouvons actuellement à 78 degrés de latitude nord par une belle journée ensoleillée. Nous sommes entourés par une mer calme où flottent des glaces de l’année dans toutes les directions.

Le capitaine Havlik du garde côte USCGC Healy et le capitaine Rothwell du NGCC Louis S. St Laurent. (Photo par Don Glencross)

Le capitaine Havlik du garde côte USCGC Healy et le capitaine Rothwell du NGCC Louis S. St Laurent. (Photo par Don Glencross)

J’ai traversé le pont de passage pour embarquer sur le Healy où on m’a souhaité la bienvenue à bord. L’enseigne de vaisseau, Evan Steckle, m’a fait visiter le navire de fond en comble. Nous avons gravi quelques échelles pour arriver au nid de pie du Healy. Le poste d’observation, appelé « Aloftconn », est situé à 33,8 mètres au‑dessus du niveau de la mer et offre une vue imprenable sur l’océan Arctique et une visibilité de près de 21 kilomètres à la ronde. C’est très utile pour connaître à l’avance l’état des glaces avant de s’y aventurer. On peut même naviguer de là‑haut au besoin. Evan m’a aussi fait visiter la passerelle de commandement, ainsi que la salle des machines pour me montrer les quatre énormes moteurs diesels qui peuvent développer 70 000 chevaux‑vapeur.

Dans l’une des nombreuses salles consacrées aux activités scientifiques, Tami Beduhn, un hydrographe de l’université du New Hampshire, m’a montré les outils de cartographie à bord du Healy. La sonde bathymétrique multifaisceaux peut balayer le fond marin en couvrant des angles de 70 degrés pendant que le navire avance. Le sondeur à faisceau unique est utilisé simultanément, et il peut recueillir des données provenant d’une profondeur pouvant aller jusqu’à 40 mètres sous le fond marin. À mesure que ces données sont recueillies, elles sont importées immédiatement dans une interface graphique appelée serveur de cartes, qui illustre sur une carte toutes les zones qui ont été analysées. C’est une configuration géniale.

Le père Noël (Mark Rowsome) joue de la cornemuse à bord du Healy pendant que le carburant est acheminé sur le St Laurent.

Le père Noël (Mark Rowsome) joue de la cornemuse à bord du Healy pendant que le carburant est acheminé sur le St Laurent.

De retour sur le St‑Laurent, j’ai croisé Kurt Stewart, le chef technicien de sciences marines du Healy, qui était venu visiter le navire. Il répond aux besoins des nombreux scientifiques de différentes disciplines travaillant sur le Healy qu’il décrit comme « une plateforme scientifique avec des capacités de déglaçage ». Cela m’a rappelé ce que j’avais entendu sur le Healy : « Les navires de classe polaire sont des brise‑glace qui participent à des travaux scientifiques. Le Healy est un navire scientifique qui brise la glace ».

On annonce sur le système de sonorisation que les membres des équipages doivent retourner sur leurs navires respectifs avant 20 heures. Les na vires vont bientôt se dégager et se déplacer ensemble vers le nord. Le Healy effectuera les levés bathymétriques et le St‑Laurent recueillera les données sismiques. Ce fut une journée hors du commun qui marque le début d’une importante collaboration pour cette expédition.

Hans Böggild

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Septième jour

Publié : août 29, 2011

24 août 2011 – Septième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême Arctique canadien

Le garde côte USCGC Healy (au loin) et le NGCC Louis S. St Laurent en formation de levé. Photo par David Mosher

Le garde côte USCGC Healy (au loin) et le NGCC Louis S. St Laurent en formation de levé. Photo par David Mosher

Ce matin, nous voguons dans le sillage du Healy. C’est une autre superbe journée dans l’Arctique sous un beau ciel bleu. Le NGCC Louis S. St‑Laurent est muni d’un diffuseur de bulles d’air qui souffle de l’air comprimé dans l’eau créant ainsi des bulles et des courants qui tassent les glaces à la dérive à mesure que nous avançons. La prospection sismique a commencé tard hier soir.

Nelson Ruben, observateur de mammifères marins, faisant le guet. (photo par Don Glencross)

Nelson Ruben, observateur de mammifères marins, faisant le guet. (photo par Don Glencross)

Après le petit déjeuner, je suis allé rendre visite à Nelson Ruben qui observe les mammifères marins dans le nid de corbeau qui se trouve juste au‑dessus du pont. La vue de l’océan Arctique à partir de ce poste d’observation est spectaculaire. Nelson était assis à l’intérieur d’une petite structure fabriquée de contreplaqué d’où il peut effectuer son quart de travail de huit heures à l’abri des intempéries. Il parut content de recevoir un visiteur, et il m’a montré son équipement qui comprend un télémètre, des jumelles optiques sophistiquées, un émetteur GPSet une radio qui le relie au pont. Dans le cas où un mammifère s’approche à moins d’un kilomètre du navire, Nelson avertit le pont et les travaux de prospection sont suspendus jusqu’à ce que le mammifère quitte la zone. Pendant ce temps, il suit l’animal avec ses jumelles. Nelson sait où regarder dans le parcours des glaces pour détecter la présence de mammifères, et il a accoutumé ses yeux à repérer les ours polaires qui sont souvent camouflés par le fond blanc des glaces. C’est une technique d’observation qu’il a maîtrisée au fil des ans. Nelson m’a expliqué que les ours polaires peuvent atteindre une hauteur de 3,6 mètres du nez à la queue. Il a déjà vu des ours tellement gros qu’il pouvait insérer ses deux bottes dans une trace de patte. Il dit qu’en cette période de l’année, il y a souvent une chasse en cours sur la glace, des ours polaires qui traquent un phoque ou qui le poursuivent activement avec des pointes de vitesse courtes, mais puissantes.

Par la suite, je suis descendu sur le pont arrière pour observer le déroulement de la prospection sismique. La nappe de sismographes que l’équipe avait assemblée la semaine dernière était maintenant submergée à 11,5 mètres de la surface de l’eau, accrochée à des fils ultrarobustes à l’arrière du navire. Les trois pistolets pneumatiques de la nappe tirent en même temps à des intervalles de 13 à 17 se condes selon la profondeur marine et produisent des ondes sonores. Ces ondes rebondissent sur la subsurface de la terre et sont captées au retour par un réseau d’hydrophones et enregistrées, à leur arrivée, par les instruments à bord du navire. Une analyse de ces données donne une image claire des couches de la terre sous le fond marin à une profondeur de dizaines de kilomètres.

La salle des instruments sismiques est à la fine pointe de la technologie. Il y a une longue rangée d’écrans d’ordinateur qui affichent en temps réels les différents résultats des essais en cours. Ces données sont toutes enregistrées et une sauvegarde est effectuée fréquemment. La géologue marine, Deborah Hutchinson, m’a expliqué les données qui s’affichent sur chacun des écrans. Il y en a un qui montre les résultats du réseau sismique, un autre illustre graphiquement la densité de la subsurface et la profondeur des essais, un autre indique notre position actuelle, et deux écrans bathymétriques affichent la profondeur actuelle du fond marin. Tous ces écrans font l’objet d’une surveillance constante.

Plus tard, je suis monté sur le pont d’envol où j’ai croisé David Mosher, l’expert scientifique en chef. Il était en train d’enfiler des vêtements de vol avant de monter dans l’hélicoptère pour déployer une bouée acoustique à environ 40 kilomètres devant le navire. La bouée acoustique a été mise au point pour la lutte anti‑sous‑marine durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis, elles sont employées dans la recherche sismique. La bouée acoustique est un autre type d’hydrophone qui capte des ondes réfléchies et réfractées à différentes distances et positions. Elle transmet le son capté et les ondes radioélectriques au navire et permet ainsi aux scientifiques d’obtenir des résultats sismiques plus complets.

Hans Böggild

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Huitième jour

Publié : septembre 2, 2011

25 août 2011 – Huitième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

À sept heures ce matin, nous avons atteint les 80 degrés de latitude nord dans l’océan Arctique. Les distances nous séparant de différentes villes canadiennes, dont Halifax, Victoria et St. John’s, ont été annoncées sur le système de sonorisation du navire. L’annonce a eu pour effet de nous rappeler nos foyers respectifs tout en nous confirmant que ce voyage vers le nord est vraiment une formidable aventure.

Après le petit déjeuner, je suis allé voir Stoyka Netcheva, une experte en sciences atmosphériques d’Environnement Canada, que l’on appelle atmosphériste, et chef de l’équipe canadienne de l’O‑Buoy. Il s’agit d’une bouée arctique autonome, entièrement automatisée, qui sera installée sur la glace et qui pourra mesurer l’air arctique pendant une période de deux ans. Grâce à l’O‑Buoy, la collectivité scientifique peut contrôler en continu sur une longue période la composition de l’atmosphère au‑dessus de l’océan Arctique, une possibilité précédemment inexistante. La bouée est alimentée à l’énergie solaire durant les mois d’ensoleillement et par des piles au lithium en période d’obscurité hivernale. Elle peut recueillir des données sur l’atmosphère à partir du niveau de la mer jusqu’à la troposphère inclusivement. Ces données sont accessibles au public dans Internet.

La bouée est munie d’instruments de haute précision pour mesurer des données météorologiques, ainsi que d’un émetteur GPSet d’une cybercaméra qui prend à intervalle des phot ographies de l’état des glaces et des conditions météorologiques. L’une des caractéristiques emballantes de l’O‑Buoy est sa capacité de mesurer, pendant les mois d’ensoleillement, le spectre solaire qui est ensuite analysé afin de déterminer la composition chimique de l’atmosphère. Comme les divers gaz présents dans l’air absorbent la lumière différemment, l’analyse spectrale de la lumière fournit des données sur la composition chimique de l’air.

Lorsque l’occasion se présentera, Stoyka sera transportée par hélicoptère à un endroit approprié sur la glace où elle installera l’O‑Buoy. Pour ce faire, il faut percer un trou dans la glace, assembler les pièces de la bouée et vérifier son fonctionnement avant que la collecte de ces importantes données puisse commencer.

Hans Böggild

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Neuvième jour

Publié : septembre 2, 2011

26 août 2011– Neuvième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Ce matin, nous nous trouvons à 81,8 degrés de latitude nord. L’observatrice des glaces, Barbara Molyneaux, me dit que la glace est en concentration de 9/10. À mesure que nous avançons vers le nord, la glace occupera une place de plus en plus grande dans les petites nappes d’eau libre. On me dit qu’il y en aura beaucoup plus très bientôt alors que la glace sera en concentration de 10/10. L’état des glaces témoigne bien de notre progression vers le nord.

Les distances qui nous séparent de Bay Roberts et de Corner Brook sont annoncées sur le système de sonorisation du navire. Nous apprenons également que Don Glencross, notre vidéographe, est maintenant père d’un troisième enfant, sa femme venant d’accoucher d’une petite fille, Darcy, qui pèse 2,7 kilos. C’est une belle journée pour venir au monde. Je comprends ce qu’il doit ressentir – mon propre fils Kai fête ses 18 ans aujourd’hui. Blair Walsh, le cuisinier à bord, a appris que son fils a joué un bon match dans un tournoi de base‑ball de la ligue cadette. Blair en est l’entraîneur à Conception Bay. Nous avons pris la mer il y a un peu plus d’une semaine et un esprit de corps s’est créé au sein de l’équipe.

Tous les matins à 8 h 30, l’équipe chargée du véhicule sous‑marin autonome (VSA) se réunit pour faire le point sur la situation. Depuis notre départ, les membres de l’équipe travaillent dans le hangar à préparer le plan de pré‑plongée. L’expert scientifique en chef, David Mosher, leur a confié une mission bien précise en détaillant le parcours à emprunter pour effectuer les levés. Étant donné que les paramètres de la mission du VSA sont clairs, l’équipe est en train d’établir des scénarios d’éventuelles manœuvres pour parer aux difficultés qui pourraient survenir lors de la plongée. Le fait de préprogrammer les réactions du VSA en cas de défaillance vise à déterminer des réactions claires en fonction de son état et d’autres conditions et combinaisons de conditions variables. Il y a au total 80 réactions préprogrammées pour faire face à différentes situations.

Lancement du VSA par le capitaine Stephen Wackowski de la US Air Force, vu du nid de corbeau du NGCC Louis S. St Laurent. Photo par Hans Boggild

Lancement du VSA par le capitaine Stephen Wackowski de la US Air Force, vu du nid de corbeau du NGCC Louis S. St Laurent. Photo par Hans Boggild

Peu après 11&# 160;heures, nous sommes nombreux à nous réunir dans le nid de corbeau qui se trouve juste au‑dessus du pont pour assister au premier vol du RQ11‑A Raven, un véhicule aérien sans pilote, téléguidé par le capitaine Steve Wackowski de la US Air Force. Ce petit avion a été utilisé récemment en Irak et en Afghanistan comme drone de reconnaissance.

Image infrarouge du garde côte USCGC Healy prise par le VSA. Photo par Steve Wackowski

Image infrarouge du garde côte USCGC Healy prise par le VSA. Photo par Steve Wackowski

Steve veut vérifier comment les ondes radioélectriques se propagent sur la glace, le Raven n’ayant jamais volé dans l’Arctique auparavant à partir d’un navire. Le lancement est simple : Steve actionne l’hélice et lance l’avion dans l’air à partir du pont du navire. À l’aide de la télécommande, il le fait voler en cercles autour du  NGCC Louis S. St‑Laurent. L’avion capte des images de vidéo aérienne que nous visionnons sur un petit écran installé dans le nid de corbeau. Steve le fait aussi survoler le Healy qui brise la glace à une bonne distance devant nous. Le rayon d’action du Raven est de 10 kilomètres et Steve est convaincu de son potentiel pour la reconnaissance des glaces dans l’Arctique.

Hans Böggild

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Dixième jour

Publié : septembre 2, 2011

27 août 2011– Dixième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême Arctique canadien

Tard hier soir, les tuyaux à air conduisant aux pistolets pneumatiques utilisés pour la prospection sismique ont commencé à présenter des problèmes. Il a fallu remonter deux des pistolets qui se trouvaient à l’arrière, les flûtes sismiques ayant subi des contraintes en raison de la tension exercée par la glace. Ayant l’habitude de travailler dans la zone arctique, l’équipe sismique a passé la majeure partie de la nuit à résoudre le problème et, en mi‑journée, tout était redevenu opérationnel. En y pensant bien, la collecte de ces données détaillées sur la croûte terrestre sous le fond marin dans l’Extrême‑Arctique est un exploit incroyable. C’est beaucoup demander considérant les conditions astreignantes de toutes sortes dans cette région éloignée et complexe. Cette entreprise illustre bien le fait que ce qui vaut la peine ne s’obtient pas facilement. Cette équipe sismique est mondialement réputée et elle possède une expertise remarquable.

L’équipe chargée du VSA poursuit la vérification de l’appareillage technique du sous‑marin. Outre les nombreuses tâches techniques en cours, l’équipe veut afficher le nom du sous‑marin sur son flanc. QAUJISATI qui signifie « grand voyageur explorateur » en inuktitut, la langue des Inuits, est très approprié considérant les travaux qu’il effectuera. Ce sont Tom et Jopee Kiguktak, des surveillants de la faune qui habitent à Grise Fiord dans le Nunavut, qui l’ont baptisé.

La scientifique Jane Eert est en train d’organiser un jeu qui se déroulera au cours des prochains jours. Il s’agit du « Jeu de l’assassinat ». Toutes les personnes à bord tirent une carte et reçoivent deux écrous hexagonaux qu’elles doivent avoir en leur possession en tout temps. La personne qui tire la reine de pique est l’« assassin ». Elle doit faire le guet et lorsque quelqu’un se retrouve seul, elle doit le « tuer » en le déclarant « mort » et saisir ses écrous. Une personne soupçonnant quelqu’un d’être l’assassin peut l’accuser et par le fait même le « tuer ». Elle devient donc à son tour l’« assassin » et doit tuer les autres personnes qui restent. Les personnes qui seront toujours « vivantes » à la fin du jeu seront les vainqueurs. Ce jeu est empreint de mystère et promet des rebondissements et des surprises, ainsi que de vrais moments de plaisir.

L’expert scientifique en chef déploie une bouée acoustique à partir de l’hélicoptère. Photo par Steve Wackowski (US Air Force).

L’expert scientifique en chef déploie une bouée acoustique à partir de l’hélicoptère. Photo par Steve Wackowski (US Air Force).

Cet après‑midi, j’ai eu l’occasion d’accompagner David Mosher, l’expert scientifique en chef, et le géologue John Evangelatos en hélicoptère pour le lancement d’une bouée acoustique. En décollant du pont d’envol, le pilote, Chris Swannell, nous a offert une vue aérienne exceptionnelle sur le NGCC Louis S. St‑Laurent et sur le garde‑côte américain Healy juste devant. J’occupais le siège aux côtés du pilote, et la vue des glaces de l’Arctique était époustouflante au cours de ce vol d’environ 32 kilomètres vers le nord. Une nappe d’eau libre dans les glaces a été choisie et l’h&eacut e;licoptère est descendu et a plané au‑dessus. David Mosher s’est penché au dehors et a lancé la bouée dans l’eau. L’hélicoptère a repris de l’altitude et fait demi‑tour pour retourner sur le St‑Laurent. Rien de tel qu’un vol en hélicoptère dans l’Extrême‑Arctique.

Hans Böggild

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Onzième jour

28 août 2011– Onzième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême Arctique canadien

Nous avons atteint les 84,3 degrés de latitude nord par un dimanche de brouillard sur une mer calme, et nous naviguons à une vitesse de quatre nœuds, la vitesse moyenne pour la prospection sismique. Le capitaine Marc Rothwell et ses officiers sont en train d’effectuer l’inspection hebdomadaire du navire, s’assurant que toutes les normes strictes du NGCC Louis S. St‑Laurent sont respectées.

Stoyka Netcheva s’affaire dans le hangar à vérifier tous les systèmes de l’O‑Buoy, la bouée dont elle est responsable. C’est un dispositif impressionnant muni d’instruments de haute technologie visant à capter un vaste éventail de conditions atmosphériques arctiques. Stoyka voulait vérifier le fonctionnement de l’instrument servant à mesurer la vitesse du vent, mais il n’y a pas de vent ce matin. Donc, au lieu de demander à des matelots de pont de souffler sur l’instrument, elle a accroché son séchoir à cheveux à un poteau avec du ruban adhésif pour actionner le petit ventilateur de l’anémomètre. De la nécessité naît l’invention.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Jane Eert, une océanographe physicienne qui travaille à l’Institut des sciences de la mer à Sidney en Colombie‑Britannique, qui relève du ministère des Pêches et des Océans. Nous nous sommes rencontrés à l’extérieur d’un conteneur situé sur le pont supérieur où elle analyse des échantillons afin de déterminer les propriétés de l’eau de mer dans le tourbillon de Beaufort. Le tourbillon de Beaufort est un énorme courant de dérive ou contre‑courant semi‑circulaire qui se déplace len tement et couvre la mer de Beaufort et certaines zones du bassin Canada. C’est comme une énorme toupie liquide de centaines de kilomètres de diamètre. Elle se compose d’eaux relativement douces provenant de l’océan Pacifique en passant par le détroit de Béring et de bassins fluviaux qui se convergent dans le tourbillon et s’étendent à différents niveaux. La majeure partie de ces eaux passent par l’archipel Arctique et le Groenland pour s’écouler dans l’Atlantique Nord. Il y a aussi des eaux provenant de l’Atlantique qui sont aspirées par le tourbillon de Beaufort. Les expériences menées par Jane peuvent nous aider à comprendre comment circulent les eaux arctiques et dans quelle mesure la circulation s’est modifiée au cours des dernières années et, par conséquent, à mieux cerner les répercussions du changement climatique, non seulement dans l’Arctique, mais également dans les autres parties du monde. Les propriétés physiques de l’eau comme la température, la salinité, l’acidité, ainsi que les éléments nutritifs, la concentration de plancton et le contenu chimique permettent de déterminer d’où provient l’eau, où elle se dirige et à quelle vitesse. Les satellites ne peuvent pas nous fournir ces données parce qu’ils ne sont pas capables de mesurer les conditions sous la surface de l’océan. Les océanographes doivent donc recueillir physiquement des échantillons d’eau.

Système CTD rosette. Photo par Jennifer Nield.

Système CTD rosette. Photo par Jennifer Nield.

Pour ce faire, Jane utilise un système CTD rosette qui mesure cinq pieds de haut et cinq pieds de diamètre. Il s’agit d’un dispositif de forme circulaire composé de 24 tubes cylindriques gris munis d’un capuchon. Le CTD pompe de l’eau de mer devant des capteurs et l’analyse à mesure qu’on le fait descendre jusqu’à une profondeur d’à peine 10 mètres du fond de la mer. Les données produites par le CTD s’affichent sur l’écran de l’ordinateur de Jane à mesure qu’on le fait descendre dans l’eau. Lorsqu’on remonte le CTD, peu importe sa profondeur, Jane peut lui envoyer un signal pour qu’il conserve un échantillon d’eau dans l’un des tubes cylindriques, qu’elle pourra analyser dans son laboratoire à bord du navire après que le CTD aura été remonté à bord.

Jane Eert effectue des travaux remarquables depuis 12 ans, en collaboration avec plusieurs partenaires internationaux, dont la Woods Hole Oceanographic Institution aux États‑Unis. La collecte de ces données sur une longue période nous fournit des indications précieuses sur les changements qui se sont opérés et s’opèrent dans l’Arctique et sur les conditions qui pourraient prévaloir à l’avenir.

Hans Böggild

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Douzième jour

Publié : septembre 2, 2011

29 août 2011– Douzième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême Arctique canadien

Hier soir, à 85 degrés de latitude nord, il a été annoncé sur le système de sonorisation du navire que nous étions à 482 kilomètres du pôle Nord. Ce matin, nous avons atteint les 85,43 degrés de latitude nord et la température extérieure se situe à un degré Celsius au‑dessous de zéro. Nous rencontrons des radeaux de glace plus lourds, appelés des floes, qui exercent des pressions croissantes à mesure que nous avançons vers le nord. Le navire doit se déplacer à une vitesse relativement lente po ur que la nappe de sismographes qu’il remorque ne change pas de position, ce qui limite quelque peu la manœuvrabilité du navire. Le capitaine Marc Rothwell et son équipage réussissent remarquablement bien à trouver un équilibre entre les besoins du navire à mesure qu’il avance dans les glaces de l’Arctique et la nécessité de maintenir la position de la nappe de sismographes qu’il remorque.

Il reste quatre jours avant le déploiement du sous‑marin baptisé QAUJISATI. Hier, il a été installé sur le pont d’envol où tout le monde a pu se faire photographier devant le VSA. Aujourd’hui, l’équipe poursuit la vérification du fonctionnement de tous ses systèmes, dont le dispositif de suivi acoustique, un nouveau prototype installé en juin. L’équipe a bien hâte de connaître le rayon d’action de ce dispositif une fois que le VSA sera déployé sous la glace. On espère qu’il atteindra des dizaines de kilomètres.

Entre‑temps, le « Jeu de l’assassinat » se poursuit. Des rebondissements sont survenus à mesure que l’intrigue se déroule. J’ai appris que plusieurs de mes compagnons de voyage ont été « liquidés » par l’assassin à différents endroits du navire. J’ai aussi appris qu’il y avait un nouvel assassin et que l’ancien a été dénoncé par une de ses victimes désignées qui est devenue l’assassin. Ça fait partie des règles du jeu. Je sais bien qu’il s’agit peut‑être d’une simple rumeur, un phénomène social qui se produit sur les navires depuis le début de l’histoire de la navigation. Hier, j’ai entendu par hasard quelqu’un dire qu’il avait été tué tout près du gymnase sur le pont 500 par « lui ». Cela m’a amené à croire par simple déduction que l’assassin est un homme! Mais maintenant qu’il y a vraisemblablement un nouvel assassin, je ne peux pas exclure la possibilité que ce soit l’une des nombreuses femmes à bord! J’imagine que je dois m’estimer heureux d’être toujours en vie. Où se trouve Hercule Poirot quand on a besoin de lui? Ce sera bientôt l’heure du dîner. Je serai aux aguets en me rendant à la salle à manger.

Photo par : Barb Molyneaux

Photo par : Barb Molyneaux

Après le dîner, la glace est beaucoup plus épaisse et subit de plus grandes pressions. Le garde‑côte américain Healy brise la glace juste devant nous, mais elle a tendance à se refermer immédiatement derrière le Healy, ce qui témoigne de la pression exercée. Avant, le Healy laissait une trace de son passage dans la glace, mais ce n’est plus le cas.

En raison de l’état actuel des glaces et de la basse vitesse que doit maintenir le navire pour assurer l’intégrité du matériel sismographique, le St‑Laurent doit s’arrêter temporairement. Nous rencontrons des glaces plus lourdes comme en témoigne le bleu foncé des radeaux de glace plus gros. Le Healy fait marche arrière pour briser la glace qui exerce d’énormes pressions sur le St‑Laurent de tous bords. C’est fascinant d’observer les forces épiques qui s’affrontent alors que ces deux brise‑glace énormes manœuvrent en tandem pour surmonter les obstacles que présente l’état actuel de l’environnement. Le Healy a accosté le St‑Laurent deux fois à tribord pour briser la glace épaisse, et il a réussi à le dégager pour de courtes périodes.

Tout au long de l’après‑midi, le Healy a fait demi‑tour à plusieurs reprises pour suivre notre passage. Il nous a ensuite longé à bâbord et à tribord pour briser la glace qui s’agglutinait autour du navire et freinait notre avancée.

En observant la glace aujourd’h ui, j’ai pu comprendre plus facilement comment un grand nombre des premiers explorateurs de l’Arctique ont pu être emprisonnés par la glace pendant une ou deux saisons. La glace se formait à l’arrière du navire et fermait la voie. Ils devaient rationner la nourriture et fouiller pour en trouver dans un environnement rigoureux qui leur était inconnu. Très souvent, ils y trouvaient la mort. Nous avons la chance d’avoir des navires en acier munis de moteurs capables de développer des milliers de chevaux‑vapeurs.

Plus loin au cours de ce voyage de découverte, le St‑Laurent prendra la tête pour briser la glace devant le Healy. Les deux navires ne brisent pas la glace de la même façon. Leurs proues sont très différentes. Celle du Healy peut fendre la glace directement alors que celle du St‑Laurent est conçue pour monter sur la glace et l’écraser grâce à son poids énorme.

Hans Böggild

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Treizième jour

Publié : septembre 6, 2011

30 août 2011– Treizième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous nous trouvons à 86 degrés de latitude nord ce matin et la glace est en concentration de 9+/10. Tard hier soir, l’épaisse glace a endommagé la nappe de sismographes et le navire a dû s’arrêter. Les flûtes sismiques, les pistolets pneumatiques, ainsi que de nombreuses autres pièces du système, ont été entièrement remis à neuf, et ils sont maintenant pleinement opérationnels. Cette réfection majeure a nécessité toute une nuit de travaux. C’est un exploit remarquable de l’équipe sismique.

Carte de base: G.W. Johnson, A.G. Gaylord, J.J. Brady, R. Cody, M. Dover, J.C. Franco, D. Garcia-Lavigne, J.C. Gonzalez, W.F. Manley, R. Score, and C.E. Tweedie, 2009. Arctic Research Mapping Application (ARMAP). Englewood, Colorado USA: CH2M HILL Polar Services. Digital Media. http://www.armap.org

Carte de base: G.W. Johnson, A.G. Gaylord, J.J. Brady, R. Cody, M. Dover, J.C. Franco, D. Garcia-Lavigne, J.C. Gonzalez, W.F. Manley, R. Score, and C.E. Tweedie, 2009. Arctic Research Mapping Application (ARMAP). Englewood, Colorado USA: CH2M HILL Polar Services. Digital Media. http://www.armap.org

Le « jeu de l’assassinat » s’achemine vers le point culminant du troisième acte. Il ne reste plus que quelques « victimes ». Mon compte a été réglé hier soir alors que je descendais l’escalier pour me rendre dans la salle de séjour des membres de l’équipage, et j’ai été contraint de remettre mes écrous. Je ne peux pas vous dire qui m’a tué parce que le jeu serait compromis, mais je vous en informerai à la fin. J’ai appris par le téléphone arabe du navire qu’il y a déjà eu plus de trois assassins. Ce sera amusant de connaître le gagnant lorsque toutes les intrigues seront révélées à la fin.

L’équipage a organisé des rites d’initiation pour ceux et celles qui, comme moi, en sont à leur premier voyage dans l’Arctique et que l’on appelle les « blancs‑becs de l’Arctique ». Si vous aviez été à bord du St‑Laurent hier soir, vous auriez vu da ns le salon avant une bande de blancs‑becs tenant dans leur bouche des cuillères par le manche et tentant de garder des œufs durs en équilibre tout en faisant des sauts avec écart. Pour une raison qu’ils sont seuls à connaître, les membres expérimentés de l’équipage se sont follement amusés.

Une chasse au tr ésor organisée pour les « blancs‑becs » se poursuivra tout au long de la semaine. Chaque jour, il y aura une énigme à résoudre. La personne qui découvre l’énigme reçoit une carte à jouer et un autocollant. À la fin de la semaine, le « blanc‑bec » qui détient la meilleure main de poker est le gagnant. Il évitera peut‑être de subir le supplice de la planche. On verra bien. Une autre épreuve consiste à porter sur soi en tout temps un petit paquet de biscuits soda en prenant soin de ne pas les écraser. Il faut les présenter à tout membre de l’équipage qui exige de les voir. Dieu sait ce qui arrivera au « blanc‑bec » dont les biscuits sont émiettés. À la fin de la semaine, il y aura un spectacle d’artiste amateur auquel tous les passagers participeront. Du moins, c’est ce que je pense. C’est amusant. Le moral à bord du St‑Laurent est excellent. Tout le monde travaille très fort et tous se plaisent en compagnie des autres. J’ai écrit la semaine dernière qu’un esprit de corps s’était créé au sein de l’équipe. Aujourd’hui, nous pouvons parler d’un esprit de famille.

Nous voilà donc dans l’Extrême‑Arctique où la grande majorité de la population de la planète ne se rendra jamais. Il ne suffit pas de dire que c’est impressionnant et d’une grande beauté. Hier, je suis monté de nouveau dans l’hélicoptère en tant que passager pour participer à une mission de reconnaissance des glaces. Nous avons effectué un trajet d’une centaine de kilomètres vers le nord pour observer l’état des glaces sur notre parcours. J’ai ressenti ce que les premiers astronautes ont sûrement éprouvé quand ils ont pu observer la planète terre à partir de l’espace, une compréhension de l’immensité de la terre avec cette vaste plaine de glace à perte de vue à 360 degrés à la ronde. C’est indéniable de ce point de vue que la planète terre tourne dans l’espace. Tous nos soucis et nos problèmes paraissent parfaitement insignifiants de ce poste d’observation. L’hélicoptère a rebroussé chemin et peu de temps après, nous avons pu voir deux petits navires rouges, le St‑Laurent et le Healey dans une vaste plaine de glace sans fin.

Hans Böggild

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Quatorzième jour

Publié : septembre 14, 2011

31 août 2011 – Quatorzième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous avons atteint les 87 degrés de latitude nord et nous avons recueilli des données sismiques et bathymétriques sur plus de mille kilomètres grâce à la sonde multifaisceaux. Ce matin, nous avons franchi la ligne internationale de changement de date en franchissant les 180 degrés de longitude ouest. D’où nous sommes, c’est en réalité jeudi, mais nous allons prétendre que c’est toujours mercredi à bord du navire. Nous progressons à une allure régulière et nous entendons les tirs des pistolets pneumatiques de la nappe des sismographes. C’est un bruit rassurant nous indiquant que tout fonctionne normalement.

Je me suis entretenu brièvement ce matin avec le capitaine Marc Rothwell. Il manœuvre le navire pour éviter des formations de glace gênantes sans toutefois dévier du parcours fixé pour l’exploration sismique. C’est un exemple éloquent de la maîtrise de la navigation au service de la science, et le NGCC Louis S. St‑Laurent en a une longue et fière expérience.

J’ai découvert que le quatrième et dernier tueur du « jeu de l’assassinat » était en fait une tueuse, l’ob servatrice des glaces Barbara Molyneaux. Elle a fait 34 victimes en tout. Je crois comprendre qu’il y aura une autre ronde de ce jeu plus tard au cours de l’expédition.

Ce matin, l’indice pour la chasse au trésor des « blancs‑becs de l’Arctique » a été communiqué sur le système de sonorisation du navire : « Vous pouvez me frapper, me donner des coups de pieds, mais je ne sens jamais la douleur. Qui suis‑je? » Une fois passée la légère confusion qui suit inévitablement le dévoilement d’une devinette, la réponse était évidente : le sac d’entraînement de boxe au gymnase! J’ai maintenant deux cartes d’une main de cinq au poker.

Par la suite, en plus d’effectuer leurs tâches de scientifiques ou de marins, les blancs‑becs se sont occupés à écrire de la poésie. Hier soir, l’équipage leur a donné pour mission d’écrire un poème à réciter en soirée au capitaine Rothwell. On nous a interdit d’utiliser dans nos textes les mots « et », « sur » ou « il ». Le contenu poétique exigé doit prendre la forme d’une demande adressée au capitaine pour être invité à la cour du roi Neptune.

On s’est bien amusé lors du récital de poésie en soirée. Le capitaine Marc Rothwell avait revêtu un costume de pirate et il portait un cache‑oeil et un foulard sur la tête. Il était assis sur un trône installé dans le salon avant du navire, flanqué de deux moines en robe venus du royaume sous‑marin. Chaque blanc‑bec devait s’agenouiller devant le capitaine et réciter son poème demandant l’admission au royaume de Neptune. Le capitaine soupesait la valeur des vers récités et décidait si la requête devait être acceptée, rendant son verdict sous la forme de la chute d’une blague. De vieux pirates et boucaniers comme le chef cuisinier Blair Walsh et l’agent de logistique Nathan Whillen l’aidaient à prendre ses décisions en formulant des commentaires comme « Arrrrgh… » ou « À la planche! » ou encore « Ce poème est trop court! » La poésie des blancs‑becs était hors de l’ordinaire, drôle et étonnante. Il y a plusieurs grands poètes sur ce navire. La plupart des poèmes étaient en anglais, mais certains ont été récités en français et aussi en bulgare. Même si toutes les demandes n’ont pas été acceptées, tout le monde s’est bien amusé.

Hans Böggild

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Quinzième jour

Publié : septembre 14, 2011

1er septembre 2011 – Quinzième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

À 7 h 02 ce matin nous avons atteint les 88 degrés de latitude nord. La journée sera chargée. Comme nous arrivons au terme de la présente expédition, le matériel sismographique sera ramené à bord et le Louis S. St‑Laurent prendra les devants pour briser la glace. Le Healy suivra derrière. On me prévient que lorsque le navire commencera à briser la glace, nous serons ballotés plus vivement que depuis le début de l’expédition.

L’équipe du VSA se prépare à déployer le submersible demain. Lorsque nous approcherons du site de lancement, nous chercherons une ouverture dans la glace propice à la descente du QAUJISATI sous la surface glacée. Nous avons commandé des images satellites pour nous aider à repérer l’ouverture idéale. Le VSA explorera et recueillera des données sur la profondeur de l’océan sur un parcours prédéterminé sous la glace, puis reviendra au navire.

Notre quatrième lieutenant, l’officier de navigation Jeremy Wagg, m’a dit ce matin alors q ue nous prenions un café que je faisais maintenant partie de deux groupes très sélects. Comme j’ai franchi le cercle arctique il y a déjà quelque temps, je suis dorénavant membre de l’Ordre du Blue Nose. Comme on surnomme familièrement les Néo‑Écossais comme moi les Bluenosers, j’ai donc deux affiliations au Blue Nose. Puis, comme j’ai franchi hier la ligne internationale de changement de date, je fais maintenant partie de l’Ordre du dragon d’or. Génial! Bien sûr, avant les rites d’initiation qui se tiennent plus tard cette semaine, je suis toujours un « blanc‑bec de l’Arctique » et je dois prendre garde à ce que ces nouveaux honneurs ne me montent pas à la tête.

Je n’ai pas pu entendre clairement la devinette du jour pour la chasse au trésor qui a été diffusée sur le système de sonorisation du navire, car j’étais dans un endroit assez bruyant, près de la nappe de sismographes. Alors, je suis allé voir le troisième officier Amy Tuck sur le pont et elle m’a remis une transcription. L’énigme d’aujourd’hui : « Je tourne, je tourne, je tourne et j’aide l’air à circuler. Que suis‑je? Indice : je ne suis pas si chaud sur le pont 500. » Je suis donc descendu sur le pont 500 en me demandant bien ce qui pouvait y tourner. À mon arrivée, plusieurs blancs‑becs examinaient des ventilateurs, des robinets et la sécheuse de la salle de buanderie. Personne ne réussissait à trouver l’enveloppe contenant des autocollants. Je vais devoir y réfléchir.

J’ai croisé Mark Rowsome, spécialiste en véhicules téléguidés, sur le pont 500. Il préparait celui qui servira à arrimer le VSA lorsqu’il reviendra de sa mission de collecte de données bathymétriques sous la glace arctique. Mark le pilotera depuis un conteneur situé sur le pont avant. Il m’a montré le petit VTG qu’il dirigera sous l’eau vers le submersible lorsque ce dernier sera revenu à un point prédéterminé. Le VTG arrimera un câble au VSA à l’aide d’une pince très maniable, puis se retirera. Le câble servira à soulever le VSA hors de l’eau et à le ramener sur le navire.

Ce matin nous avons achevé nos travaux de sismographie dans le bassin Makarov. L’expert scientifique en chef David Mosher m’a dit qu’il avait vu, à Saint‑Pétersbourg, une statue du scientifique russe en l’honneur de qui ce bassin a été nommé. Nous nous dirigerons bientôt vers la dorsale Lomonosv, un autre secteur nommé en l’honneur d’un scientifique russe.

L’équipe sismique et l’équipage de pont viennent tout juste de remonter la nappe de sismographes. C’est un processus laborieux qui nécessite la participation de plusieurs personnes. Les tuyaux d’air à haute pression sont ramenés à bord par les équipes. Puis c’est au tour du traîneau sous‑marin contenant les pistolets pneumatiques d’être soulevé par une potence arrière puis déposé dans une nacelle sur la plage arrière du navire. Enfin, les hydrophones sont ramenés à bord et enroulés en forme de huit pour éviter toute tension des lignes.

Le NGCC Louis S. St-Laurent vu d’une cybercaméra installée sur le nid de pie du garde côte américain Healy

Le NGCC Louis S. St-Laurent vu d’une cybercaméra installée sur le nid de pie du garde côte américain Healy

Le Louis S. St‑Laurent dépasse le Healy et commence à briser la glace. Le Healy dispose d’un système multifaisceaux pour effectuer des mesures bathymétriques. En brisant la glace pour le Healy, les scientifiques à son bord obtiendront une qualité de données bien meilleure.

On nous a dit de ranger tous les objets dans nos cabines qui ne sont pas fixes, et maintenant je comprends pourquoi. Nous pouvons sent ir le mouvement du navire qui brise les glaces. Tout ça est accompagné d’une expérience acoustique nouvelle sur le navire.

J’ai vu aujourd’hui un phénomène spectaculaire du paysage Arctique. C’était une arche d’un blanc très pur qui prenait ses assises sur deux radeaux de glace séparés de plusieurs kilomètres l’un de l’autre. L’arche avait la forme d’un arc‑en‑ciel, mais était d’une blancheur immaculée. Mes camarades de bord m’ont expliqué qu’ils appelaient ces phénomènes des « arcs de glace » et qu’ils étaient produits par du givre que les rayons du soleil frappaient juste au bon angle pour provoquer cet effet.

J’ai enfin trouvé la cachette de la chasse au trésor d’aujourd’hui. L’autocollant était dissimulé derrière un ventilateur du garde‑manger à peine visible en arrière de la salle des repas des officiers sur le pont 500. Avec cet autocollant, je peux obtenir la troisième carte de ma main de poker.

En soirée, tous les blancs‑becs se sont rassemblés dans le salon avant pour participer à des jeux organisés par des membres d’équipage. Dans un jeu appelé « Les écrous », nous avons à superposer sept écrous hexagonaux les uns sur les autres, ce qui n’est pas une mince tâche alors que le navire s’attaque inlassablement aux glaces. Il y a aussi des jeux impossibles comportant l’utilisation d’accessoires comme des fourchettes, des balles de ping‑pong, des pièces de vingt‑cinq sous et des crayons. Nous nous sommes tous bien amusés.

À la fin de la soirée, j’ai appris de l’aide‑cuisinière Cheryl Berger que je ne suis pas, à proprement parler, membre de l’Ordre du Blue Nose parce que je n’ai pas franchi le cercle arctique à bord d’un navire. Vous vous souviendrez peut‑être que, dans mon premier billet, j’avais raconté que nous étions partis en avion depuis des zones du sud du Canada pour rejoindre le NGCC Louis S. St‑Laurent  à Kugluktuk. Franchir le cercle arctique en avion ne vous rend pas admissible à l’Ordre du Blue Nose. Heureusement que j’ai pris garde à ce que cette distinction ne me monte pas à la tête. Toutefois, je suis quand même heureux d’être membre en règle de l’Ordre du dragon d’or, ayant franchi à bord d’un navire la ligne internationale de changement de date. Je suis descendu aux cuisines et je me suis tapé un des merveilleux desserts de Cheryl, sa célèbre tarte à la truffe au chocolat avec compote de framboise et crème fouettée. À dire vrai, j’en ai mangé deux portions.

Hans Böggild

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Seizième jour

Publié : septembre 14, 2011

2 septembre 2011 – Seizième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous avons avancé toute la nuit en brisant la glace. Nous sommes actuellement à 87 degrés de latitude nord, et nous avons de nouveau franchi la ligne internationale de changement de date.

À la réunion du matin de l’équipe chargée du VSA, j’apprends que nous sommes à environ 60 milles marins de l’endroit d’où sera lancé QAUJISATI. Étant donné notre position, nous pourrions bien atteindre ce point ce soir, ce qui voudrait dire qu’on pourrait procéder au lancement du submersible demain. Les membres de l’équipe du VSA qui s’affairent aux préparatifs pour la journée de demain affichent un air professionnel, calme, détendu et serein. Mais on voit bien que ce n’est qu’apparence  et qu’ils sont gonflés à bloc et excit és à l’idée que le moment du lancement approche. On les comprend bien, car le submersible innove sur le plan technologique.

Avant le lancement, l’équipe du VSA mènera des tests de préplongée sur le pont d’envol. Le plan de mission fera l’objet d’un examen minutieux. Le fichier informatique qui contient les données de la mission et qui est préinstallé dans le submersible sera modifié légèrement lorsque le point de départ de la mission aura été fixé, ce qui sera fait dès que nous aurons repéré une ouverture dans la glace pour lancer le submersible.

Des images satellites de la zone ont été commandées pour nous aider à trouver l’endroit idéal pour le lancement, mais nous avons aussi d’autres ressources à notre disposition. Notre observatrice des glaces, Barbara Molyneaux, vient de s’envoler en hélicoptère à la recherche de sites propices au lancement.

Pour procéder au lancement, le submersible sera mis à la mer pour évaluer le ballastage qui pourrait nécessiter des ajustements en fonction de la salinité de l’eau de mer, du poids de l’engin et d’autres facteurs. Le submersible sera ramené à bord du navire pour cette mise au point qui consistera à alléger ou à alourdir le poids ou, s’il y a lieu, à améliorer sa flottabilité. Le submersible sera remis à la mer et s’amorcera alors un processus d’essai de tous ses systèmes, ce qui prendra entre quatre et six heures. Une fois le processus achevé, QAUJISATI recevra le feu vert pour entreprendre son exploration sous les glaces de l’océan Arctique.

L’énigme du jour pour la chasse au trésor diffusée sur le système de sonorisation était « Si ça chauffe, vous verrez ce que j’ai en moi. Qui suis‑je? 25? » Ça m’en a bouché un coin. J’ai dû avoir recours à mes sources, qui demeureront confidentielles, pour aller au fond de l’affaire. Il s’agissait d’un poste d’incendie sur le pont 400 avec le chiffre 25 écrit juste au dessus du boyau. J’ai donc pris mon autocollant et je suis monté sur le pont pour réclamer ma carte à jouer du second officier Glen Fitzgerald. Il a regardé les cartes que j’avais récoltées jusqu’à maintenant, et m’a dit sur un ton sympathique que je n’avais pas vraiment ce qu’il fallait pour une bonne main de poker. Je n’ai pas pu le contredire.

En soirée, les blancs‑becs ont organisé un spectacle de variétés pour l’équipage. Il y a eu des numéros de jonglerie, des tours de magie et de la musique. Le quartier‑maître Bill Savory nous a présenté de superbes chansons de son cru. Bill a aussi accompagné à la guitare le marin Lewis Hann qui a livré une interprétation bien sentie de la chanson Choices de George Jones.

Hans Böggild

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Dix-septième jour

Publié : septembre 14, 2011

3 septembre 2011 – Dix‑septième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

L’équipage de pont et l’équipe chargée du VSA ont commencé de bon matin les nombreux préparatifs de lancement de QAUJISATI. C’est une superbe journée dans l’Arctique. Nous sommes à 88 degrés de latitude nord, l’air est froid et le ciel est bleu. Le NGCC Louis S. St‑Laurent s’est immobilisé, le capitaine ayant repéré une ouverture dans les glaces qui permet de lancer le submersible.

Mark Rowsome, le spécialiste en VTG, est sur le pont avant dès sept heures en compagnie de membres de l’équipage de pont pour tester le ballastage du petit véhicule téléguidé qui servira à arrimer le submersib le au retour de sa mission.

Peu après, on procède aux essais de ballastage du VSA jaune. C’est une opération d’envergure qu’entreprennent l’équipe du VSA et l’équipage de pont. QAUJISATI est transporté sur le pont d’envol, attaché à une grue géante, hissé au‑dessus du pont d’envol, lentement tourné à tribord, puis descendu à côté du navire dans les eaux de l’océan Arctique. Pendant ce temps, sur les haut‑parleurs du navire, on nous fait entendre « Le sous‑marin jaune » ce qui a pour effet de faire sourire les gens qui s’affairent à l’opération. QAUJISATI reste à l’eau environ une demi‑heure, le temps de procéder aux essais de ballastage, puis il est remonté sur le navire et transporté au hangar.

La devinette d’aujourd’hui pour la chasse au trésor est « Quand ce qui est mouillé rencontre ce qui est sec, l’humidité rencontre le ciel. » J’ai d’abord cru que c’était un humidificateur nautique quelconque. En fait, il s’agissait d’un évent d’aération sur la passerelle supérieure.

Lorsque je suis monté sur la passerelle supérieure à la recherche de mon autocollant, je n’ai pas pu m’empêcher de m’arrêter un moment pour regarder le panorama saisissant qui m’entourait. La plaine sans fin de la glace arctique, si blanche, si bleue et d’une clarté parfaite me donnait l’impression d’être au centre d’un tableau hyperréaliste.

En après‑midi, QAUJISATI est remis à la mer. Les vérifications de l’équilibre du submersible se poursuivent, et les câbles servant à le mettre à l’eau sont détachés. Toutefois, on décide qu’il faut travailler encore sur le ballastage. Pour remonter le submersible sur le pont, le technologue principal en VSA, Steve Nishio, et le marin Neil Jollymore descendent dans une nacelle sur le côté du navire pour attacher de nouveau les câbles permettant de le remonter. Une fois les câbles fixés, le VSA est remonté sur le pont et on procède à d’autres ajustements. Le VSA est remis à l’eau une troisième fois sans qu’on retire les câbles, puis il est remonté à bord du navire et transporté au hangar. Le submersible sera déployé demain.

Ce fut une journée de dur labeur à une température très froide pour l’équipe du VSA et l’équipage de pont à bord du St‑Laurent qui ont dû manier à de nombreuses reprises des câbles mouillés, et porter beaucoup d’attention aux détails lors de la manipulation, du levage et du déplacement du VSA qui pèse plus de 2 000 kilos. C’est une question d’équilibre entre la stratégie et l’effort physique. La journée a été faite de levage de matériel lourd, de maniement de précision des câbles et de mon point de vue, de défis de toutes sortes.

J’ai parlé avec le maître d’équipage Derrek Walsh pour avoir une meilleure idée de la composition de l’équipage de pont. Aujourd’hui, les opérations ont été menées par le capitaine en second, Roy Lockyer, le maître d’équipage et son adjoint, Harold Martin, ainsi que cinq marins, soit huit personnes en tout.

Hans Böggild

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Dix-huitième jour

Publié : septembre 14, 2011

4 septembre 2011 – Dix‑huitième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Tout au cours de la nuit, le navire a brisé de la glace pour permettre à l’un des systèmes de positionnement du VSA, le système de navigation par inertie, de s’arrimer avec précision. Le navire est ensuite retourné à l’ouverture dans l es glaces à 88 degrés de latitude nord, au même endroit où nous étions hier. Il fait froid ce matin.

Depuis hier soir, la flottabilité du VSA a été ajustée. À ce temps‑ci de l’année, la couche supérieure de l’eau de mer est relativement moins salée que l’eau plus en profondeur, et ce, en raison de la fonte de la glace. Le submersible doit pouvoir opérer en eau plus profonde, là où la salinité est plus grande ainsi que la flottabilité, et c’est cette caractéristique qui a fait l’objet d’ajustements à la satisfaction de l’équipe. QAUJISATI a été mis à la mer ce matin et il a amorcé sa plongée à 7 h 30. On procédera pendant plusieurs heures à des essais et à des manœuvres, et, le submersible plongera à 3 600 mètres de profondeur, avant qu’on lui donne le signal d’entreprendre sa mission de collecte de données sous la glace arctique.

Lancement du VSA. Photo : David Mosher

Lancement du VSA. Photo : David Mosher

Un des problèmes intéressants que l’équipe chargée du VSA tente de résoudre a trait à la dérive des glaces. La glace arctique dérive sous l’effet des vents et des courants et elle peut avec le temps parcourir une distance importante. Le VSA a amorcé sa plongée dans une ouverture dans les glaces, qui se déplace avec la banquise. Comment, alors, le submersible pourra‑t‑il retourner à l’ouverture depuis laquelle il a été lancé? Pour parer à ce problème, Recherche et Développement pour la défense Canada (RDDC) a mis au point un système d’autoguidage novateur qui utilise la technologie des ondes sonores et qui est installé dans la pointe avant du submersible. Lorsque le VSA reviendra vers son point de départ, il s’accrochera aux ondes sonores émises sous le navire. Le véhicule émettra alors une série de piaulements qui indiqueront sa position et il se positionnera de sorte à pouvoir être récupéré.

Cet après‑midi, je me suis rendu au laboratoire d’acoustique où le technologue principal en génie, Don Mosher, surveillait un écran d’ordinateur relié à un radiogoniomètre acoustique installé sous le navire qui permet de déterminer la position du VSA sous la glace. Sous la coque du navire est installé un réseau de sept hydrophones disposés de sorte à capter les piaulements émis par le submersible à partir de différentes distances. Sous l’eau, le son se propage à 1 500 kilomètres‑heure, et comme les hydrophones sont disposés à différentes distances entre eux et le submersible, ils peuvent en déterminer la position par triangulation. On pourrait aussi dire que ce réseau d’hydrophones pourrait être comparé à « une sorte d’oreille acoustique tridimensionnelle » qui permet de détecter la profondeur et l’orientation du submersible.

Le VSA a plongé à une profondeur de 3 600 mètres. Il a ensuite fait une incursion de cinq kilomètres sous la glace, puis il est retourné sous le navire.

Dans le hangar, où est installé un autre poste de commandes du VSA, on d&eacu te;cide de faire remonter le submersible en raison de problèmes avec l’altimètre à vision frontale. Cet appareil est conçu pour éviter que le submersible n’entre en collision avec des objets devant lui lorsqu’il navigue à 100 mètres de distance du fond marin. Il faut aussi modifier d’autres paramètres et procéder à des ajustements. L’ordre est donné de ramener le submersible à la surface.

Le VSA est remonté d’une profondeur de 3 600 mètres et il est maintenant sous la glace à tribord du navire. Le VTG (véhicule téléguidé) est alors déployé depuis le pont avant pour tenter d’attacher un câble au VSA qui est sous la glace et qui n’est pas visible depuis le pont du navire.

L’opération de récupération n’est pas une mince affaire. Elle nécessite la par ticipation des membres de l’équipe chargée du VSA et de l’équipage de pont, ainsi que l’utilisation du pont, du hangar et du laboratoire d’acoustique. Le VTG est mis à la mer par une grue, et son câble, le cordon ombilical, se déroule derrière lui alors qu’il descend sous la surface à la recherche du VSA.

Dans le conteneur depuis lequel le VTG est télécommandé, il y a deux écrans vidéo qui montrent ce que voient les caméras du VTG sous l’eau. En regardant ces écrans, on voit bien les difficultés que présenteront les formations de glace sous la surface pour arrimer le submersible. Les dessous de la glace présente de longues saillies vers le bas, on dirait des stalactites sous‑marines, puis des crevasses vers le haut où il est probable que le submersible se trouve, mais on ne le voit pas à la caméra. Le faisceau lumineux sur le dessus du submersible est aussi caché par les saillies de glace. Le VTG est déployé deux fois, mais ne parvient pas à repérer le submersible pour s’y arrimer.

Je monte sur le pont pour observer les opérations d’un autre point de vue. En regardant l’ouverture d’où nous menons nos opérations, il est difficile de voir où pourrait se trouver le submersible, car des blocs de glace ont dérivé dans l’ouverture. On utilise le diffuseur de bulles d’air pour éloigner temporairement ces blocs de glace, mais on ne voit toujours aucun signe du submersible. Les membres de l’équipe chargée du VSA ont estimé par triangulation la position du submersible et ils ont conclu qu’il se trouvait à environ 180 mètres à tribord du navire, probablement sous un banc de glace que nous pourrions voir du pont. Comme la distance est trop grande pour permettre au VTG d’y amener son cordon ombilical, une manœuvre est tentée pour rapprocher la proue du navire de cette position à tribord. On déploie de nouveau le VTG, mais là encore les caméras ne peuvent établir un contact visuel avec le submersible.

Plus tard en soirée, alors que la position du navire a changé, l’équipe du VSA a mis à la mer des modems acoustiques pour tenter de déterminer la position du submersible. On en déduit qu’il serait maintenant à bâbord du navire.

Après douze heures de travail acharné au grand froid, on envoie l’équipage de pont se reposer. Ça ira peut‑être mieux demain.

Hans Böggild

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Dix-neuvième jour

Publié : septembre 14, 2011

5 septembre 2011 – Dixième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

J’ai appris hier soir que je ferai partie de l’équipe qui installera le système O‑Buoy sur la glace arctique. Je suis tout de suite allé voir Nelson Ruben, l’observateur de mammifères marins, pour qu’il me donne quelques conseils de survie. Après tout, il a vécu dans l’Arctique toute sa vie. Je lui ai montré les vêtements d’hiver que j’avais apportés, et il m’a dit gentiment qu’ils me seront peu utiles. Il m’a suggéré de me rendre au magasin du navire le lendemain matin et d’y prendre du matériel vraiment adapté à l’Arctique. Il m’a aussi donné quelques conseils utiles. Il m’a suggéré de porter un vêtement pour couvrir les veines de mon cou qui, si elles sont exposées, peuvent entraîner une perte de chaleur importante. Nelson m’a également recommandé de bouger continuellement sur la glace, mais pas au point de commencer à transpirer. Il faut faire des efforts pour activer la circulation du sang, mais il ne faut pas que la peau devienne moite sous l’effet de la transpiration et que la sueur gèle. Il m’a aussi conseillé de porter plusieurs couches de vêtements pour être bien protégé et d’en enlever une couche si je commence à avoir trop chaud pour éviter les problèmes de transpiration. Selon lui, la pire chose que l’on peut faire c’est de rester à ne rien faire. C’est souvent un signe que le froid nous envahit.

Tôt ce matin, je suis allé voir Mike Goodwin, le magasinier du navire. Il m’a remis des bottes d’hiver robustes, des combinaisons à doublure de duvet, un passe‑montagne et une excellente paire de gants de cuir doublés. Comme il s’occupe aussi de la cantine du navire, je me suis procuré les tablettes de chocolat que Stoyka Netcheva, responsable de l’O‑Buoy, m’avait demandé d’acheter pour les membres de l’équipe.

Après le petit‑déjeuner, j’ai pris un café dans le salon de l’équipage où d’autres personnes m’ont fourni des conseils utiles. « N’oublie pas que si la glace se brise sous tes pieds, il faut étendre les bras bien droits pour ne pas descendre plus bas que les aisselles », m’a dit quelqu’un. Logique. « Ne marche pas sur la glace bleue, tu pourrais t’y enfoncer » m’a dit une autre. En effet, ce serait à éviter. « Et surtout ne mange pas la neige jaune » a‑t‑elle ajouté. J’ai fait signe que oui, mais je me suis rendu seulement après son départ que c’était probablement une blague.

Après avoir pris mon café, je suis allé à la cuisine pour chercher 11 boîtes‑repas et des bouteilles isolantes remplies de thé et de café pour l’équipe qui sera sur la glace. Les boîtes‑repas étaient déjà prêtes et l’économe, Allison Pike, m’a aidé à les emballer et à les transporter sur le pont d’envol.

Sur le pont, j’ai bavardé avec Peter Vass, biologiste de la vie marine à la retraite et maître constructeur d’ouvrages techniques de toutes sortes. Il a une longue expérience du travail sur la glace et de l’utilisation d’instruments scientifiques dans l’Arctique. Depuis les dernières semaines, il aide Stoyka à assembler les diverses composantes de l’O‑Buoy, et il participera lui aussi à son installation sur la glace.

Stoyka  Netcheva et Alice Orlich se sont envolées dans l’hélicoptère piloté par Chris Swannell pour repérer un endroit propice à l’installation de la bouée. Alice est observatrice des glaces à l’International Arctic Research Centre et boursière du Alaska Space Grant Program de la NASA. Elle est aussi inscrite à la maîtrise à l’université de Fairbanks en Alaska. Le marin Neil Jollymore les accompagne pour garder le contact radio VHF avec le navire et pour coordonner les divers décollages et atterrissages de l’hélicoptère à partir de la surface glacée.

La partie inférieure de l’O‑Buoy est composée d’une tige de métal mesurant deux mètres de long qui sort de la grosse base jaune de l’engin. La tige mesure environ 35 cm en largeur. Elle doit être insérée dans un trou dans la glace et elle doit entrer dans l’eau. Pour que tout fonctionne comme prévu, Stoyka et Alice devront trouver un endroit où la glace a une épaisseur suffisante.

Pendant ce temps, sur le pont d’envol, les observateurs de mammifères marins, Nelson Ruben, John Ruben et Dale Ruben, arrivent convenablement vêtus pour les conditions arctiques. Nelson est muni d’une carabine de chasse et de balles au cas où un ours polaire apparaîtrait soudainement. John et Dale sont là pour aider à percer un trou dans la glace.

Le capitaine Steve Wackowski de la U.S. Air Force se joint à nous. Il procédera à l’essai de son véhicule aérien sans pilote, un petit drone téléguidé qu’il est en train de mettre à l’essai dans des conditions arctiques. Notre vidéographe, Don Glencross, qui fait aussi partie de l’expédition, se pointe avec sa caméra.

Au‑dessus des gla ces, Stoyka et Alice sont dans l’hélicoptère avec le pilot Chris Swannell qui leur montre plusieurs endroits où l’O‑Buoy pourrait être installé, et elles portent leur choix sur celui qui leur semble le plus propice. Il s’agit d’un radeau de glace, appelé floe, de plusieurs années qui mesure environ 100 par 200 mètres et dont l’épaisseur est idéale pour que la tige de deux mètres de l’O‑Buoy entre dans l’eau.

En plusieurs vols, Chris nous transporte avec notre matériel sur le radeau de glace dans l’hélico à cinq places. Juste avant que j’y monte, le capitaine en second Roy Lockyer m’a donné une paire de gants de chirurgie à porter sous les autres gants pour réduire le plus possible la transpiration. Le vol vers le radeau de glace est court, mais grisant, et nous nous posons à quelques dizaines de mètres de l’endroit choisi par Stoyka et Alice pour y percer le trou.

Nous nous rendons compte à quel point l’environnement sonore est différent sur la glace après que les pales de l’hélice de l’hélicoptère se sont immobilisées. Le silence qui règne contraste fortement avec le bruit constant des moteurs, de la glace qui brise et les vibrations de toutes sortes sur le navire. Nous nous dirigeons vers l’emplacement choisi pour les travaux en suivant les pistes déjà faites par Stoyka et Alice. Il y a quelques plaques bleues sur la glace. Je remarque que personne n’y a mis le pied, et je tente d’en faire autant. Nous sommes complètement entourés d’un paysage de neige et de glace d’une beauté incomparable, sauf derrière nous où nous voyons l’hélicoptère en premier plan et le NGCC Louis S. St‑Laurent à environ un kilomètre et demi plus loin. Le reste de l’horizon semble s’étendre à l’infini.

Alice Orlich et John et Dale Ruben commencent à percer le trou dans la glace. Ils utilisent un extracteur d’échantillon de noyau de glace d’environ 10 centimètres de large, attaché à un moteur à essence à démarreur manuel. Alice guide la progression de la pointe de l’extracteur dans la glace, et John et Dale tiennent le moteur des deux côtés. Parfois John ou Dale sont relayés par Peter Vass. Ils descendent l’extracteur dans la glace, le remontent, retirent le noyau de glace de l’intérieur et recommencent. Certains de ces noyaux sont déposés à la verticale à quelques mètres du trou et témoignent de l’avancement de nos travaux. De temps en temps, Peter retire à la pelle des morceaux de glace du trou. Au fur et à mesure que nous progressons, le mélange d’eau et de glace dans le trou prend une couleur bleutée.

À proximité des perceurs de trou, Nelson Ruben scrute l’horizon avec ses jumelles pour détecter la présence d’ours polaires. Parfois John ou Dale le remplace, et lui, il prend le relais pour tenir le moteur.

Coiffé d’un casque d’écoute, le marin Neil Jollymore prête attention aux informations diffusées par la radio du navire et il nous tient au courant des activités de recherche du VSA qui se poursuivent autour du NGCC Louis S. St‑Laurent. Lorsque des questions s’adressent à nous, « le personnel à terre », il nous les communique et relaie les réponses au navire.

Steve Wackowski a lancé son véhicule aérien sans pilote, et il teste ses capacités à survoler les glaces, tout en effectuant un levé des environs grâce à la caméra à bord du drone. Nous sommes sur la glace depuis trois heures et je donne à Steve une des tablettes de chocolat que Stoyka a achetées pour nous. Il m’informe que, selon son GPS, le radeau de glace sur lequel nous nous trouvons a dérivé de plus d’un kilomètre depuis notre arrivée.

Le froid est constant, mais il est devenu plus mordant lorsque le vent s’est levé. À un moment, j’ai senti que mes doigts étaient gelés jusqu’aux os. Je les ai bougés à l’intérieur de mes gants pour quel ques minutes, puis la sensation de gel s’est estompée. Chaque fois que je devais retirer mes gants pour modifier les réglages de mon appareil photo, j’étais bien content de porter les gants de chirurgie que Roy m’avait remis, tout comme d’avoir suivi le conseil de Nelson de porter plusieurs couches de vêtements.

Le perçage du trou avance plus lentement que prévu, mais sûrement. Il devient plus profond, et à un moment Alice s’étend sur la glace et regarde dedans, sa figure à seulement quelques centimètres de l’eau. On fixe une rallonge à l’extracteur pour qu’il aille percer plus profondément. Plus tard, Nelson et Peter prennent tour à tour des burins pour dégager d’étranges formations de glace un peu plus bas.

Tout au long de l’après‑midi, Neil Jollymore nous tient au courant du déroulement des activités à bord du St‑Laurent, et il nous apprend que le VSA a été localisé à l’avant bâbord du navire. Nous en sommes tous fort heureux.

Le trou est presque prêt, et Chris Swannell monte dans l’hélicoptère pour aller chercher la partie inférieure de l’O‑Buoy qui est restée sur le navire. Il revient avec la section qui pend sous l’hélicoptère, retenue par des câbles et, presque par miracle, il manœuvre son engin de sorte que la tige sous la section inférieure de l’O‑Buoy s’enfile dans le trou que nous avons percé. Nous sommes tous blottis les uns contre les autres à une certaine distance pour éviter la bourrasque de neige que provoque l’hélicoptère en effectuant cette superbe manœuvre. Sur le radeau de glace, Neil communiquait par signes de la main avec Chris pour l’aider à mener à bien l’opération. Ces gars‑là ont beaucoup d’expérience dans des opérations de manutention par élingue de suspension.

Chris retourne sur le navire pour aller chercher la partie supérieure de l’O‑Buoy. Elle est composée de divers instruments météorologiques et de panneaux solaires qui l’alimenteront en électricité durant les mois d’été. Peter Vass avait déjà construit une structure pour que cette section puisse être transportée par hélicoptère d’une manière sûre et efficace. Chris revient avec la section supérieure et la dépose sans problème. Il pose son hélico, et nous participons alors tous au branchement de l’O‑Buoy.

L’esprit de collégialité qui empreint la journée atteint un sommet. Nous levons la portion supérieure et la tenons au‑dessus de sa base pendant que Stoyka effectue des branchements à l’intérieur. Steve, le plus grand d’entre nous, tire des fils à l’aide de ficelles depuis le milieu de la partie supérieure. Après, Chris monte sur le dessus de la partie supérieure pour fixer certains instruments, devant poser parfois ses pieds sur les épaules d’autres personnes. Peter s’assure que tous les écrous et les boulons sont bien serrés. John active l’anémomètre. Un véritable travail d’équipe. Puis, arrive le moment tant attendu. Stoyka active l’O‑Buoy qui fonctionne à sa satisfaction.

Nous prenons tous un peu de recul pour regarder la bouée. Steven sort un marqueur permanent et demande à Stoyka si nous pouvons y apposer notre signature. Elle dit oui, et signons tous notre nom sur la base. Nous avons tous été très heureux d’avoir participé ensemble à l’installation de l’O‑Buoy sur la glace à 88 degrés de latitude nord.

Nous avons ramassé nos outils et rejoint le St‑Laurent à 20 h. Tout le monde à bord était de fort bonne humeur d’avoir retrouvé le VSA. On m’a raconté ce qui s’était passé sur le navire au cours de la journée.

Une bonne partie de l’avant‑midi à bord du navire a été consacrée à retrouver le VSA. On a surtout procédé par déduction. On a évalué périodiquement et systématiquement la distance qui séparait le VSA du navire. Les résultats étaien t transmis à l’équipe de navigation qui modifiait alors la position du navire, parfois en brisant la glace, pour s’approcher du VSA. Il était très près, mais toujours sous les glaces dans des formations de crêtes et de fissures. Il va de soi que ce fut une situation éprouvante pour les membres de l’équipe responsable du VSA. On m’a raconté comment le capitaine Marc Rothwell les a rassurés en leur expliquant que le NGCC Louis S. St‑Laurent possédait l’équipe, les capacités et la détermination nécessaires pour retirer le VSA des glaces, « chirurgicalement s’il le faut ». Puis il a ajouté avec un sourire espiègle : « C’est comme pratiquer une chirurgie avec un scalpel de 11 000 tonnes ».

Le premier indice probant sur la position du VSA était un piaulement audible provenant du submersible lui‑même. Le navire a alors manœuvré pour s’approcher le plus près possible de la source du signal, en brisant la glace très prudemment pour provoquer des fissures près du VSA, sans toutefois l’endommager.

Ce sont Brett Pickrill de l’équipe chargée du VSA et le quatrième lieutenant, Jeremy Wagg, qui ont été les premiers à l’apercevoir. Ils étaient tous les deux à l’avant bâbord lorsqu’ils ont vu dans une ouverture dans la glace une petite partie du bout du submersible, puis une dérive de glace est venue le recouvrir. L’idée vint rapidement à l’esprit de Brett de jeter ses gants de travail sur la glace pour marquer la position du submersible.

Le technologue en VSA, Stephen Nishio, et le maître d’équipage, Harold Martin, sont descendus dans une nacelle et ils ont attaché des câbles et des flotteurs au VSA. On l’a ensuite tiré vers la poupe du navire et une grue l’a soulevé pour le ramener à bord.

Hans Böggild

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Vingtième jour

Vingtième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous avons quitté l’ouverture dans les glaces et nous nous frayons un chemin à 87,7 degrés de latitude nord. La glace est en concentration 8/10. C’est une glace de plusieurs années, une « vieille glace », encore robuste. En raison du travail acharné que nous avons tous accompli au cours des deux derniers jours, l’initiation des blancs‑becs a été reportée à ce soir.

Tard en après‑midi, Jeremy Wagg, le quatrième lieutenant, annonce sur le système de sonorisation du navire en imitant à la perfection la voix d’un pirate : « Tous les blancs‑becs de l’Arctique doivent se présenter à la salle de conférence à 18 h 30 pour être comptés. » Nous devons apporter nos biscuits soda ainsi que les autocollants que nous avons ramassés au cours de la chasse au trésor. J’étais un peu inquiet de l’état de mes biscuits soda qui traînaient dans mes poches depuis une semaine et demie. J’espérais que leur émiettement ne me condamnerait pas à subir le supplice de la planche.

Lorsque je suis arrivé à la salle de conférence, la shérif, Barbara Molyneaux, était de faction à la porte et elle inspectait les biscuits soda et les autocollants. Lorsque vint mon tour, elle était totalement débordée, alors je lui ai rapidement montré mon sachet de biscuits soda en souriant comme si de rien n’était. Heureusement, elle n’a pas semblé remarquer l’état de mes biscuits soda, ou peut‑être m’a‑t‑elle laissé passer en se disant qu’un sort plus affreux m’attendait. De toute façon, j’ai attendu que débute l’initiation.

Visite du roi Neptune et de sa cour pour une initiation dans l’Arctique. Photo : inconnu.

Visite du roi Neptune et de sa cour pour une initiation dans l’Arctique. Photo : inconnu.

Au cours de l’initiation, chacun de nous a été amené seul, tour à tour, sur un pont extérieur. Le roi Neptune était assis sur un trône, flanqué de son épouse Lady Neptune et de sa fille la Princesse Neptune. Ils avaient tous des cheveux semblables, des perruques confectionnées à partir des fils de balais à franges. J’ai reconnu sous le déguisement du roi Neptune le quartier‑maître, Stanley Fleet. Le steward, Mark Lewis, incarnait le personnage de Lady Neptune, alors que le matelot de pont, Wayne Austin, jouait le rôle de la Princesse Neptune. La Princesse Neptune m’a ordonné de m’agenouiller dans un gros contenant en bois qu’on avait déposé devant le roi Neptune. Dans le contenant on avait déposé des viscères de poisson, des cornichons, du thon en conserve, des sardines, de l’eau, des raisins pourris, des pelures de banane et du maïs. J’ai tenté de me pencher un peu sur cette mixture malodorante en pliant les genoux, mais ce n’était pas suffisant pour la Princesse Neptune. « À genoux! À genoux! Vous devez vous agenouiller! » m’a‑t‑elle ordonné. Alors, je me suis agenouillé dans cette purée infecte. Puis j’ai dû présenter mes compliments au roi Neptune et embrasser la main gantée de Lady Neptune qui dégageait aussi une certaine odeur de poisson.

Après cette épreuve, je me suis précipité vers les douches. Après s’être lavés, tous les blancs‑becs se sont réunis dans le salon avant. Le quartier‑maître, Stanley Fleet, qui ne portait plus son costume de roi Neptune, nous a lu un passage touchant du récit d’une expédition que William Edward Parry a dirigée dans l’Arctique, dans lequel il relate les épreuves auxquelles étaient confrontés les navigateurs à cette époque. Stanley a aussi raconté comment, lors des expéditions de Parry, les marins montaient souvent des pièces de théâtre pour passer le temps et briser la monotonie des longues périodes d’isolement. Il a établi ainsi un lien avec l’expérience que nous venions de vivre, nous rappelant que nous étions nous aussi engagés dans une mission d’exploration de l’Arctique, bien que très différente de celles de l’époque de Parry.

Le capitaine Marc Rothwell a ensuite remis un certificat à chacun d’entre nous. Nous ne sommes plus considérés comme des blancs‑becs de l’Arctique. Le capitaine avait apporté sa guitare et, en un rien de temps, nous étions six musiciens à accompagner un bon nombre de chanteurs. Nous avons tous passé une très belle soirée.

Hans Böggild

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Vingt-et-unième jour

Vingt et unième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes aujourd’hui à 86 degrés de latitude nord. Le NGCC Louis S. St‑Laurent se fraye un chemin en brisant la glace. Juste derrière nous, le garde‑côte Healyrecueille des données bathymétriques à l’aide de ses sondes multifaisceaux. Nous poursuivons l’itinéraire emprunté il y a quelques jours dans le bassin Makarov et au‑dessus de la dorsale Alpha‑Mendeleev. Plus tôt, au cours de notre croisière, Louis a recueilli des données sismiques qui aideront les États-Unis à déterminer les limites extérieures de son plateau. Actuellement, les données MF que le USCG Healy est en train d’acquérir seront utilisées dans la soumission canadienne, en vertu de l’article 76 d’UNCLOS (Convention des Nations Unies sur le droit de la mer). M aintenant, le Healy recueille des données multifaisceaux pour des autorités canadiennes, qui serviront à la présentation à la Commission des limites du plateau continental des Nations Unies. Les deux navires, et leurs pays respectifs, collaborent en mettant en commun leurs capacités scientifiques et leur savoir‑faire au cours de cette expédition conjointe. Depuis la fin de notre levé sismique, des données multifaisceaux ont été recueillies sur une distance de 470 milles nautiques. Ce processus permet de disposer d’informations de base sur la profondeur et le pied du talus continental dans une zone de la terre qui n’a jamais été cartographiée.

La sonde multifaisceaux à bord du Healy fait rebondir des ondes sonores sur le plancher océanique sur des secteurs mesurant entre cinq à 12 kilomètres de large, selon la profondeur de l’océan où les mesures sont prises. La sonde mesure le temps que les ondes sonores prennent pour revenir aux capteurs immergés, ce qui produit de très importants volumes de données. Nous recueillons ainsi des informations sur la profondeur du plancher océanique, ainsi que certains détails sur sa composition. En raison de la largeur de balayage de la sonde multifaisceaux, elle peut recueillir une grande quantité d’information sur de vastes pans de territoire. Comme le St‑Laurent ouvre la voie dans les glaces au Healy, la qualité des données recueillies sera plus grande que si ce dernier devait à la fois briser la glace et sonder le fond marin. C’est le même principe qui jouait lorsque le Healy ouvrait la voie au St‑Laurent qui recueillait de l’information sismique, c’est-à-dire que la qualité des données était meilleure.

Largage par la Garde côtière des États-Unis de pièces nécessaires au garde-côte américain Healy et à l’hélicoptère du NGCC Louis S. St-Laurent Photo : Vincent Demers

Largage par la Garde côtière des États-Unis de pièces nécessaires au garde-côte américain Healy et à l’hélicoptère du NGCC Louis S. St-Laurent Photo : Vincent Demers

Cet après‑midi, le Healy et le St‑Laurent se sont positionné l’un en face de l’autre pour une opération intéressante. L’escadre aérienne de la garde côtière américaine a procédé à un largage de provisions. Un aéronef C‑130, un quadrimoteur à quatre hélices, a survolé nos navires q uatre fois et largué trois énormes paquets équipés de parachutes qui se sont posés sur la glace. Des membres d’équipage ont été dépêchés pour récupérer les provisions à bord d’une nacelle installée sur la glace à partir du Healy. Le C‑130 provenait de la base aérienne de la garde côtière américaine située à Kodiak en Alaska. Nous avons été nombreux à observer l’opération depuis la passerelle supérieure et le pont avant.

La réunion scientifique en soirée a été particulièrement intéressante, étant donné les nombreuses activités scientifiques qui se sont déroulées au cours des derniers jours. Ces réunions quotidiennes constituent un excellent moyen de tenir tout le monde au courant des nombreux types de travaux scientifiques qui sont entrepris au cours de l’expédition. On nous donne aussi les prévisions météorologiques et l’état des glaces à venir. De plus, David Mosher, le scientifique en chef, a organisé une série de conférences scientifiques occasionnelles qui sont présentées par différents membres de l’équipe scientifique. Ce soir, c’était au tour du capitaine de la U.S. Air Force, Steve Wackowski, de nous parler de son véhicule aérien sans pilote, un drone téléguidé qu’il met à l’essai dans les conditions arctiques.

Hans Böggild

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Vingt-d euxième jour

Publié : septembre 14, 2011

Vingt‑deuxième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes à 85 degrés de latitude nord, et nous continuons d’ouvrir le passage dans les glaces au Healy qui nous suit de près.

Ce soir, nous participons à un exercice d’urgence à bord du NGCC Louis S. St‑Laurent. Une sonnerie d’alarme continue retentit sur le navire nous indiquant que nous devons nous rendre aux postes qui nous ont été désignés en cas d’urgence. Pour la plupart d’entre nous, il s’agit du hangar sur le pont d’envol. Nous nous y rendons, chaudement vêtus et portant nos vestes de sauvetage. Une fois sur place, on procède à un appel nominal pour s’assurer que tout le monde est bel et bien arrivé. Beaucoup des membres de l’équipage ont des tâches désignées. Pour la plupart d’entre nous, il s’agit de suivre les consignes.

Après l’exercice d’urgence, nous avons participé à un exercice d’embarcation. Le signal est donné par sept ou huit coups de sifflet courts du navire, suivis d’un coup plus long. Mon poste désigné est sur l’embarcation de sauvetage à bâbord du navire. On procède encore une fois à un appel nominal. Il faut répondre « présent » lorsque son nom est appelé et énoncer les tâches qui nous ont été affectées. Ce soir, l’embarcation de sauvetage a été ouverte, et le moteur diesel a été mis en marche pour en vérifier le bon fonctionnement.

Après nos exercices, toutes les personnes à bord se sont rassemblées dans la salle des repas pour faire le bilan. Le capitaine en second, Roy Lockyer, a fait des commentaires sur le déroulement de l’exercice et suggéré quelques améliorations. Le capitaine, Marc Rothwell, a aussi souligné l’importance de savoir où se diriger en cas d’urgence, et de prêter une oreille attentive aux signaux d’urgence. Il ajoute que ceux qui utilisent des écouteurs‑boutons pour écouter de la musique devraient régler le volume de leurs appareils à un niveau assez bas pour entendre les messages diffusés sur le navire. De plus, il est important de fermer les portes des cabines lorsqu’on sort pour un exercice, d’une part pour signaler aux autres que nous avons quitté la cabine et, d’autre part, pour éviter la propagation du feu ou d’autres matières en cas d’urgence réelle.

Hans Böggild

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Vingt-troisième jour

Publié : septembre 14, 2011

9 septembre 2011– Vingt‑troisième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Ce matin, nous sommes à 85 degrés de latitude nord. Pour l’instant, nous continuons d’ouvrir la voie dans les glaces pour le Healy qui poursuit sa collecte de données bathymétriques. Lorsque nous passerons au‑dessus de la dorsale Alpha, nous déploierons de nouveau notre nappe de sismographes. Le Healy prendra les devants et ce sera à son tour de dégager un passage devant nous. Nous devrions sentir une progression moins saccadée du navire que ce que nous avons connu depuis un certain temps à bord du St‑Laurent.

Route: le 9 septembre 2011.

Route: le 9 septembre 2011.

Ce soir, notre dîner a pris une allure particulière. Le capitaine Rothwell et se s officiers supérieurs, ainsi que le scientifique en chef, David Mosher, et son équipe ont servi le repas à l’équipage et au personnel de la cuisine.

Nous sommes tous arrivés tôt à la cuisine pour préparer le repas, portant sur la tête un filet à cheveux. L’agent de logistique, Nathan Wiffen, avait déjà commencé à faire cuire des aliments, et c’était vraiment lui qui savait où tout se trouvait. De la musique endiablée de Terre‑Neuve jouait sur la chaîne stéréo, ce qui a contribué à mettre tout le monde dans un esprit festif. C’était la première fois que j’entrais là où les aliments sont préparés et j’ai été impressionné par tous ces instruments et cet équipement de cuisine. Le frigo est si gros qu’on peut même y entrer. La tâche de laver la vaisselle revenait à l’équipe chargée des sismographes, et ces gaillards avaient bonne mine avec de la mousse de savon jusqu’aux coudes. La spécialiste en géologie marine, Deborah Hutchison, agente de liaison avec les États‑Unis, nous a aidés à trouver les plaques de cuisson et à préparer des garnitures à sandwich. D’autres ont préparé des pommes de terre gourmet, ou transporté des plats d’entrées prêts à servir. L’endroit bourdonnait littéralement d’activité.

Figuraient au menu des pétoncles, des ailes de poulet, des bâtonnets au fromage, des légumineuses, de la soupe, des légumes, des pommes de terre et des frites. Lorsque les membres de l’équipage sont arrivés, le capitaine Rothwell, David Mosher, le chef technologue en sismographie, Borden Chapman, le capitaine en second, Roy Lockyer et le médecin du bord, Vincent Demers, ont revêtu des tabliers et commencé à servir les repas. Tout s’est déroulé sans accroc et, comme toujours, tous ont mangé de bon appétit.

Ensuite, nous sommes tous restés pour la corvée de nettoyage. Nous avons lavé la vaisselle, rangé les plats et les casseroles, astiqué les comptoirs et lavé les planchers. Ce fut une excellente occasion de constater de visu le travail qui se fait et les efforts qui sont consentis trois fois par jour dans les cuisines du navire.

Hans Böggild

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Vingt-quatrième jour

Publié : septembre 14, 2011

10 septembre 2011 – Vingt‑quatrième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Ce matin, nous sommes à 83 degrés de latitude nord au‑dessus du flanc sud de la dorsale Alpha. Le temps est froid et le soleil tente de percer à travers les nuages. L’équipe de sismographie est à pied d’œuvre de bon matin avec l’équipage de pont pour préparer et déployer la nappe de sismographes. Le Healy est devant nous, prêt à nous ouvrir un passage dans la glace.

Lorsque j’arrive au laboratoire de sismographie, on surveille la température du compresseur sur un des écrans d’ordinateur. Peter Vass, un soudeur de l’équipe de sismographie, explique que le compresseur doit atteindre une température optimale avant de pouvoir insuffler une pression d’air de 1 900 psi. À l’extérieur, sur la poupe, un réchauffeur industriel souffle de l’air chaud sur les pistolets pneumatiques pour que l’eau qu’ils pourraient contenir ne gèle pas. Pas très loin, sur une échelle, le chef technicien, Borden Chapman, ajuste les réglages d’une autre pompe ayant pour fonction de souffler un antigel non toxique dans les boyaux à haute pression pour éviter que l’humidité se condense et gèle.

Le Healy aide le St-Laurent à s’extirper d’une situation difficile. Photo : Don Glencross, RDDC

Le Healy aide le St-Laurent à s’extirper d’une situation difficile. Photo : Don Glencross, RDDC

Le technicien en compresseurs, Ken Asprey, s’affaire à attacher un poids relié à un petit parachute à l’extrémité d’un cordage. L’autre extrémité du cordage est attachée au bout du réseau d’hydrophones avant de le mettre à la mer. Le poids fait en sorte que le réseau descend verticalement et ne s’enchevêtre pas dans les glaces à l’arrière du navire. Lorsque le navire avance, l’eau gonfle le parachute qui tire sur le poids. Ceci permet aux hydrophones de s’aligner derrière les pistolets pneumatiques quand la force de gravité du poids ne joue plus. Ken a mis au point ce système lui‑même pour remplacer un système électrique de largage de poids que l’équipe avait utilisé jusque‑là.

Les préparatifs que je vous décris témoignent bien de la nature unique de nos opérations de sismographie. La majorité des levés sismographiques marins s’effectuent en eaux libres. Nous devons composer avec de lourdes couvertures de glace arctique et des températures sous le point de congélation dans des zones qui n’ont jamais été cartographiées. Au fil des ans, notre équipe de sismographie a su concevoir et adapter de nombreuses techniques à ce milieu aux particularités uniques.

Lorsque Ken Asprey a achevé ses préparatifs. Le cordage, le poids et le parachute qui sont attachés au bout du réseau d’hydrophones sont mis à la mer depuis la poupe par l’équipage de pont. Puis, c’est au tour des hydrophones d’être mis à la mer, suivis de la nappe de pistolets pneumatiques et des boyaux à haute pression. Le maître d’équipage Derrick Walsh, son assistant Harold Martin et cinq marins forment l’équipage de pont.

Le NGCC Louis S. St-Laurent prend les devants pour frayer un passage au Healy pour l’exploration multifaisceaux. Photo : Don Glencross, RDDC, et Chris Swannell (pilote d’hélicoptère).

Le NGCC Louis S. St-Laurent prend les devants pour frayer un passage au Healy pour l’exploration multifaisceaux. Photo : Don Glencross, RDDC, et Chris Swannell (pilote d’hélicoptère).

Après que tout le matériel sismographique a été mis à la mer, on communique avec l’observateur de mammifères marins pour s’assurer qu’il n’y a pas de mammifères à proximité avant de mettre le système en marche. Ensuite, le chef technicien, Borden Chapman, effectue des tests des pistolets pneumatiques. Il me raconte que lorsque les travaux de sismographie dans l’Arctique ont débuté en 2006, on avait tenté de les réaliser avec un seul brise‑glace, et que c’était presque impossible à faire. C’est là une autre bonne raison de notre collaboration avec le Healy. La cueillette de données sismographiques dans un tel environnement nécessite deux brise‑glace et une équipe qui peut s’adapter aux importants défis que cette activité peut comporter dans l’Arctique.

Nous avons recueilli des données sismographiques toute la journée, le Healy nous ouvrant un passage dans les glaces, mais les conditions glacielles difficiles nous ont empêchés d’aller plus loin. Le St‑Laurent ne peut pas faire tourner ses hélices trop vite lorsqu’il remorque des nappes de sismographes par crainte que le matériel ne s’enchevêtre. Le navire dispose de trois hélices, mais il ne peut en utiliser que deux pour le remorquage. L’arbre de transmission du centre ne peut pas être utilisé. À 17 h, le matériel sismographique est remonté à bord. Nous ouvrons maintenant la voie au Healy qui, derrière nous, recueille des données bathymétriques multifaisceaux.

Hans Böggild

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Vingt-cinquième jour

Publié : septembre 22, 2011

11 septembre 2011– Vingt‑cinquième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

En route vers Sever Spur, nous nous trouvons ce matin à 82,5° N et nous traversons le bassin Stefansson qui fait partie du bassin Canada. Il fait -10 °Cet le vent est fort. Durant la nuit, le NGCC Louis St.-Laurent a brisé une glace épaisse; le garde-côte USCG Healy suivait. Notre partenaire étatsunien recueille des données MF sur les profondeurs de l’océan et la bathymétrie. Ces données nous seront utiles dans le cadre de la soumission sur le plateau continental que le Canada est en train de préparer dans le cadre d’UNCLOS.

Les données recueillies au cours de notre mission ont en soi une haute valeur scientifique. Elles fournissent aux scientifiques des pièces du casse‑tête que posent l’origine de l’océan Arctique et la façon dont il s’est formé sur le plan tectonique. Ces données permettent aussi de répondre à des questions d’ordre géologique à propos de cette zone. Comment s’est‑elle formée? Quels incidents ont pu se produire au cours de son histoire? Ces données appuient‑elles ou contredisent‑elles les modèles existants de l’histoire géologique de la région? Comment ces données nous permettent‑elles de comprendre le cadre géologique global? On peut répondre à ces questions de bien des manières, mais une chose est certaine, les données ne mentent pas. Elles donnent aux scientifiques des assises plus solides pour échafauder des hypothèses, tout en ajoutant à nos connaissances sur la composition de la terre.

Nous sommes dimanche et le capitaine Rothwell et ses officiers effectuent l’inspection du navire de fond en comble. Ils viennent tout juste de passer ici, dans le laboratoire supérieur avant qui offre une bonne vue du pont avant et de l’océan Arctique sur lequel nous avançons. Ils ont remarqué qu’un défibrillateur portatif avait été installé sur le mur du labo, dans un coffret construit par Eugene Jones, le menuisier du navire. L’installation faisait suite à une demande du médecin du bord, le docteur Vincent Demers.

Ce soir, à 19 h 30, nous sommes à 82,7 degrés de latitude nord, et le scientifique en chef David Mosher a décidé de procéder à des levés sismographiques sur notre parcours. L’équipage de pont et l’équipe chargée de la sismographie sont appelés sur la plage arrière pour préparer la nappe de sismographes, alors que le Healy se positionne devant nous. Les équipes mettent la nappe à la mer depuis la poupe du navire dans des conditions de glaces difficiles. Le chef technicien, Borden Chapman, confirme que l’observateur de mammifères marin est à son poste. Il tire quelques coups de feu en l’air pour effaroucher tout mammifère qui pourrait être à proximité, et il met son système en marche. Le Healy passe à côté de nous pour alléger la pression des glaces sur notre navire, puis il retourne devant nous pour nous ouvrir un passage. Nous recueillons des données sismiques pendant deux heures, mais la densité de la glace nous oblige à ramener le matériel à bord.

Hans Böggild

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Vingt-sixième jour

Publié : septembre 22, 2011

12 septembre 2011– Vingt‑sixième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous avons atteint les 81 degrés de latitude nord et nous sommes en direction de l’éperon Sever. Les conditions glacielles ont été très difficiles au cours de la nuit. À six heures, nous avons heurté une crête de glace, probablement composée de glaces de plusieurs années, et peut‑être de glace sous la surface que l’on ne peut pas distinguer hors de l’eau. Quelques objets à bord du St‑Laurent ont été secoués lors de cette collision. Des pots et des casseroles sont tombés dans les cuisines, les tables et les chaises du salon de l’équipage ont été déplacées, et dans certaines cabines, les portes des placards se sont ouvertes. Le choc m’a réveillé et tout a penché à bâbord pendant trois ou quatre secondes avant que notre imposant navire retrouve son équilibre. En regardant par le hublot, je constate que c’est une fort belle journée. Le ciel est bleu et l’horizon dégagé.

Plus tard au cours de l’avant-midi, je me rends sur le pont et le capitaine Rothwell me montre quelques‑uns des dispositifs de navigation du navire. Il m’explique aussi que des vents poussent la banquise vers les îles de la Reine‑Élisabeth, la terre la plus proche de nous à ce point‑ci, ce qui crée beaucoup de pressions sur l’ensemble de la banquise dans laquelle nous naviguons. Sur le pont, il y a une retransmission vidéo de ce qui se passe sur le pont d’envol. Je vois que David Mosher, le scientifique en chef, s’apprête à monter dans l’hélicoptère et à rejoindre les membres d’une équipe de reconnaissance pour voir ce qu’il y a devant nous.

Je monte sur la passerelle haute au dessus du pont avec Stoyka Netcheva qui me montre le Mini‑OOTI, une unité qui dispose des mêmes instruments que l’O‑Buoy. Pour l’instant, le dispositif est installé sur le pont du navire. Il comprend deux spectromètres qui balayent l’atmosphère pour détecter des traces de concentration d’oxydes d’halogène, des instruments de surveillance de l’ozone, un GPS, ainsi qu’un ordinateur qui enregistre toutes les données. Stoyka peut comparer les données qu’elle reçoit de cette unité avec celles de l’O‑Buoy et de capteurs semblables installés à Alert et à Resolute, et obtenir ainsi une meilleure vue d’ensemble de l’état de l’atmosphère dans l’Arctique.

Depuis la passerelle haute, nous avons une superbe vue du Healy juste devant nous. Je remarque aussi que Nelson Ruben est à son poste et surveille la présence de mammifères marins. Ces deux indices me portent à croire que nous allons bientôt reprendre nos travaux de sismographie. David Mosher revient de son vol de reconnaissance des glaces en hélicoptère et, comme prévu, peu de temps après, j’entends le son de la nappe de sismographes qu’on déploie. Je me dis qu’il serait intéressant de voir ce qui se passe du côté de l’équipe de sismographie sur la plage arrière.

Dans le laboratoire de sismographie, le chef technicien, Borden Chapman, regarde l’écran d’un ordinateur sur lequel s’affichent les données permettant de surveiller le synchronisme du déclenchement des pistolets pneumatiques à la milliseconde près. Les trois pistolets doivent être déclenchés simultanément. Sur l’écran, on voit des lignes vertes représentant chaque pistolet, croisées d’une ligne violette qui représente la ligne de temps. Borden m’explique que, lorsque les pistolets ont été mis à la mer, l’un d’eux était plus froid que l’eau. Il y a donc eu un problème de glace à l’intérieur de ce pistolet qui a désynchronisé le tir pendant un certain temps. La glace a finalement été expulsée par les tirs des pistolets et par la pression d’air de 1 900 psi qui circule dans les conduits. Les pistolets tirent maintenant à l’unisson.

Deux autres écrans dans le laboratoire de sismographie montrent ce qui se déroule dans le système d’acquisition de données sismiques. Le premier montre seize canaux qui affichent l’information recueillie par les seize hydrophones de la nappe que nous remorquons derrière nous. Chacun de ces hydrophones capte les ondes sonores émises par les pistolets pneumatiques lorsqu’elles rebondissent sur la croûte de la terre sous la surface de l’eau. L’écran affiche seize ondes de forme verticales. L’autre écran affiche la superposition des ondes captées par un des seize canaux qui constituent un profil permettant à l’opérateur de surveiller au fur et à mesure la qualité des ondes captées. Plus tard, les seize ondes seront superposées, ajoutées et traitées, réduisant ainsi le bruit de l’image et donnant une image de meilleure résolution de la composition de la terre à plusieurs kilomètres sous l’eau.

Paul Girouard, le responsable de la navigation et des données au sein de l’équipe de sismographie, m’a aussi parlé des autres ordinateurs du laboratoire. Il est absolument crucial qu’ils soient tous réglés à la même heure. C’est pourquoi ils sont tous synchronisés par un récepteur de temps universel coordonné (UTC) arrimé sur une paroi du St‑Laurent. Paul a aussi monté le réseau scientifique sur le navire pour que, lorsque des données arrivent au laboratoire de sismographie, elles soient également disponibles dans la salle de conférence et dans d’autres endroits du navire où elles peuvent être traitées, interprétées et sauvegardées. En outre, Paul exploite un logiciel de navigation qui enregistre la position du navire pour tous les tests. Toutes les trente minutes, il consulte l’hydrographe à sa droite et obtient la profondeur de l’eau, et il saisit les données dans son logiciel de navigation.

Du côté droit du laboratoire de sismographie, l’hydrographe Jim Weedon surveille des écrans d’ordinateur qui affichent l’activité de notre bathymètre à faisceau unique. La sonde à faisceau unique trace constamment un profil de profondeur de l’océan, qui comprend aussi la couche de sédiments sous le fond marin à des profondeurs de 30 à 50 mètres selon les conditions. Jim ou un autre hydrographe surveille le fonctionnement de ce matériel 24 heures sur 24.

Le navire a poursuivi sa route et des données sismiques ont été recueillies tout au long de l’après‑midi. Je suis retourné au laboratoire avant. L’observatrice des glaces, Barbara Molyneaux, s’est présentée et m’a suggéré d’aller sur le pont voir un important champ de glace que nous croisions par tribord.

Sur le pont, Barbara a pointé vers un « champ de blocaille » composé de plusieurs crêtes qui se sont empilées les unes sur les autres au fil du temps créant un amas de glaces imbriquées avec des monticules pointant en diverses directions. La glace atteignait de 5 à 7 mètres au‑dessus du niveau de l’eau et s’étendait sur une distance de plusieurs kilomètres. « Heureusement que nous n’essayons pas de nous frayer un chemin à travers ce champ » dit Barbara, « cette glace ne brise pas en ligne droite ni même zigzagante comme la glace habituelle ».

Hans Böggild

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Vingt-septième jour

Publié : septembre 22, 2011

13 septembre 2011 – Vingt‑septième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Ce matin, nous sommes à 80 degrés de latitude nord. Le scientifique en chef, David Mosher, m’informe qu’aucun navire avant nous ne s’est rendu aussi loin à l’est à cette latitude. Nou s effectuons véritablement un voyage d’exploration. Ici, la glace est plus difficile que partout ailleurs dans l’Arctique, et le fait que nous soyons dans cette zone sur un navire illustre bien à quel point les glaces pluriannuelles fondent.

Je consulte ma carte du pôle pour avoir une meilleure idée de notre position. Je me demande si de célèbres explorateurs se sont déjà rendus dans cette zone. D’après ce que je vois, la terre la plus proche de ce point‑ci est l’île Borden qui fait partie des îles de la Reine‑Élisabeth. Don Mosher, chef de la logistique de l’équipe du VSA, voit que je consulte ma carte et me raconte qu’il est déjà allé dans un camp de base sur l’île Borden, puis dans un camp d’observation des glaces au large où ils ont mis à l’essai le VSA en avril 2010. Je monte sur le pont et la troisième officière, Amy Tuck, détermine notre position sur la carte. Elle prend son compas à pointes sèches qu’elle appelle ses « pics », et m’indique que nous sommes actuellement à 175 milles marins de l’île Borden. Le capitaine en second, Roy Lockyer, qui a suivi notre conversation me demande si je m’apprête à déserter le navire et à rentrer chez moi en motoneige. Je l’assure que je n’en ai pas la moindre intention. Je lui explique que je me demandais si d’autres explorateurs de l’Arctique s’étaient déjà trouvés dans ces parages et que je pensais, entre autres, à Robert McClure. Le détroit de M’Clure est l’une des grandes voies navigables de l’Arctique. Il se trouve à une distance considérable de nous, direction sud. En 1850, McClure avait navigué dans le détroit qui porte maintenant son nom sur son navire l’Investigator. Sa mission consistait, entre autres, à retrouver l’expédition de Franklin. Amy reprend ses « pics », les applique sur la carte, et détermine que nous sommes à 360 milles marins du cap M’Clure situé dans le détroit du même nom. Roy mentionne alors que le St‑Laurent a fait escale au cap M’Clure en 1998 et qu’on y avait laissé une plaque en bronze sur laquelle figuraient les noms de tous les membres de l’équipage de l’époque. Roy en faisait partie, et il se souvient qu’après l’installation de la plaque, un ours polaire s’était pointé alors qu’ils s’apprêtaient à partir. Cela prouve bien que les cartes peuvent servir à autre chose que la navigation. Elles offrent un excellent tremplin pour conter des récits et mettre en lumière certaines facettes de l’histoire. D’une certaine façon, c’est comme si l’exploration de l’Arctique transcende le temps, et que le passé et le présent s’entremêlent et se confondent dans cette région hostile et inhospitalière, mais oh combien splendide où l’on se trouve ce matin.

Les glaces qui nous entourent de toutes parts sont très compactes et hérissées de crêtes qui sont créées par la forte pression à laquelle est soumis le champ de glace dans son ensemble. L’équipage de pont est sorti tôt ce matin pour ramener à bord notre matériel de sismographie, parce que le St‑Laurent doit accroître sa puissance et augmenter sa vitesse à plus de quatre nœuds pour se dégager des glaces. Le maître d’équipage, Derrick Walsh, m’informe qu’un brouillard marin entourait la plage arrière ce matin lorsque l’équipage de pont a remonté le matériel, et que de la glace s’était formée sur les gréements et sur les vestes des membres de l’équipage. En milieu de matinée, le brouillard se dissipe pour faire place au soleil et au ciel bleu, mais il fait froid. Le St‑Laurent a pris les devants du Healy et se fraye un chemin dans les glaces les plus compactes de l’Arctique. On ressent plus de secousses violentes que d’habitude. Sur le système de sonorisation du navire, on nous sert l’avertissement su ivant : « Si vous vous déplacez sur les ponts, gardez une main pour le navire et une main pour vous ».

Nous avons recueilli beaucoup de données sismiques en passant au‑dessus de l’éperon Sever hier, et aujourd’hui le Healy recueille des données bathymétriques multifaisceaux pendant que nous lui ouvrons un chemin dans les glaces. Je viens de parler au chef scientifique, David Mosher, qui m’informe que notre trajectoire actuelle chevauche un parcours déjà levé par le VSA lors de sa mission sous les glaces en 2010. C’est celle qui a été menée au large de l’île Borden, la terre la plus proche de nous selon ma carte du pôle.

Hans Böggild

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Vingt-huitième jour

Publié : septembre 22, 2011

14 septembre 2011 – Vingt‑huitième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous avons frayé un chemin dans les glaces toute la nuit et nous sommes maintenant à 79 degrés de latitude nord. Comme nous nous déplaçons dans des glaces parmi les plus compactes et les plus vieilles de l’Arctique, nous ne déployons pas la nappe de sismographes ce matin. Par contre, nous continuons à recueillir des données bathymétriques multifaisceaux et à faisceau unique. L’équipe du VSA travaille à préparer une plongée possible du submersible d’ici quelques jours. Tout dépendra de l’état des glaces.

Bientôt, au cours de l’expédition, le NGCC Louis S. St‑Laurent et le Healy navigueront de nouveau côte à côte. Un barbecue sera alors organisé et des formations musicales des deux navires se produiront en spectacle. Notre groupe musical commence à prendre forme. Nous avons le spécialiste en VTG, Mark Rowsome, à la basse, le chef cuisinier, Blair Walsh, à la batterie, l’ingénieur en MMR VHF, Matt Klebert, à la guitare solo, et l’électricien subalterne, Jordan Stagg, à la guitare d’accompagnement. Ils répètent dans un local près du gymnase, et je les ai entendus jouer l’autre soir pendant que je m’entraînais. Ils sont vraiment bons.

Quand je suis entré dans le salon de l’équipage aujourd’hui, j’ai vu Cheryl Benger, une aide‑cuisinière, à l’heure de sa pause, qui tentait de trouver la solution à un jeu de nœuds. Depuis des centaines d’années, on joue à ces jeux sur les navires, les cordes et les nœuds ayant toujours fait partie du quotidien des marins. Le jeu que Cheryl tentait de résoudre consiste à effectuer une boucle autour de chaque poignet et de les attacher ensemble au milieu par un simple nœud droite sur gauche. Le but est de défaire le nœud du milieu sans retirer les boucles de ses poignets. Cheryl n’y est pas parvenue tout de suite et m’a remis les cordes. J’envisageais avec optimisme de pouvoir relever le défi, mais je me suis vite retrouvé irrémédiablement empêtré. Reconnaissant mon échec, j’ai remis le jeu à la personne qui se trouvait à mes côtés, qui n’a pas réussi non plus. Plusieurs autres ont tenté leur chance sans succès. Celles qui connaissaient la solution du jeu nous regardaient avec amusement, et refusaient de livrer la clé du mystère. « J’imagine que c’est d’une simplicité enfantine, non? » ai‑je demandé. Ils m’ont adressé un large sourire. À ce moment‑là, Chris Swannell, le pilote d’hélicoptère, est entré dans le salon. Cheryl lui a demandé d’essayer le jeu. Il mit les boucles sur ses poignets, réfléchit un instant, puis trouva la solution sur le coup. C’était vraiment beaucoup plus simple qu’il n’y paraissait, mais, pour paraphraser Dylan Thomas, « facile pour Leonardo. » Si vous voulez tenter votre chance, je vais vous donner un indice. Pensez à la façon dont le simple nœud droite sur gauche du milieu est noué. Ça pourrait vous aider à trouver la solution, mais je n’en dirai pas plus.

Nous poursuivons notre trajet dans les glaces les plus dures de l’Arctique. Nous avons dû reculer à plusieurs reprises aujourd’hui pour mieux éperonner les glaces. Dans un cas, nous avons entrepris la manœuvre d’éperonnage dix‑neuf fois.

Hans Böggild

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Vingt-neuvième jour

Publié : septembre 22, 2011

15 septembre 2011 – Vingt‑neuvième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Ce matin, nous sommes à 80 degrés de latitude nord, et nous avons brisé les glaces toute la nuit. Le Healy a pris la relève pour frayer un chemin et le NGCC Louis S. St‑Laurent a suivi derrière à une vitesse de quatre nœuds. Il s’agissait de voir si l’état des glaces nous permettait de maintenir cette vitesse relativement faible pour procéder aux levés sismographiques. Tout a bien fonctionné et nous avons déployé la nappe de sismographes.

Déploiement du matériel sismique. Photo de Hans Böggild

Déploiement du matériel sismique. Photo de Hans Böggild

C’est dans le salon de poupe que la géologue marine, Dr Deborah Hutchinson (officier de liaison de l’USGS), a donné hier soir un exposé révélateur sur la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), dont l’article 76. Elle nous a permis de mieux comprendre l’article en question. C’est précisément cet article qui est à l’origine de l’acquisition de données sismiques et bathymétriques au cours de cette croisière. Les informations scientifiques que nous recueillons seront utilisées dans la soumission faite à la Commission des limites du plateau continental et préparée par le Canada, en vertu d’UNCLOS et qui est prévue pour 2013. Les informations géologiques et sur les profondeurs des océans que nous colligeons nous permettront de déterminer les limites extérieures du plateau continental du Canada au-delà des 200 milles marins de notre trait côtier, déterminant ainsi avec précision jusqu’où le Canada pourra exercer sa souveraineté sur le plateau continental.

Lorsque nous naviguions à des latitudes plus élevées, le soleil brillait 24 heures par jour. Au fur et à mesure que nous progressons vers le sud, nous constatons tous que le ciel s’obscurcit tard dans la soirée et que le soleil se couche. Hier soir, pour la première fois depuis longtemps sur le St‑Laurent, on a allumé les projecteurs situés à l’avant du navire pour éclairer les glaces devant nous, tout comme l’a fait le Healy. Le soleil a commencé à baisser vers 22 h 30 hier soir et il faisait complètement noir après minuit. L’aube s’est levée vers 3 h 30.

Le garde-côte américain Healy à la tombée du jour. Photo de David Mosher.

Le garde-côte américain Healy à la tombée du jour. Photo de David Mosher.

La cueillette de données sismiques s’est déroulée rondement tout au long de la journée. À 19 h, nous nous sommes immobilisés pour permettre au Healy de briser la glace qui nous entoure. Il s’agit po ur le Healy de faire demi‑tour, de passer à proximité de notre navire d’un côté puis de l’autre, et de reprendre sa position devant nous. Ce faisant, il ouvre des passages des deux côtés de notre navire, allège la pression des glaces qui nous entourent et permet au navire d’avancer à faible vitesse comme l’exige l’exercice de levés sismiques.

Ce soir, à la réunion scientifique hebdomadaire, David Mosher, le scientifique en chef, a dit avoir bon espoir d’achever les levés sismiques demain matin. Si c’est le cas, et que nous trouvons une ouverture propice dans les glaces, nous pourrons déployer le VSA.

Hans Böggild

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Trentième jour

Publié : septembre 22, 2011

16 septembre 2011 – Trentième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

L'hélicoptère qui se pose. Photo de David Mosher

L'hélicoptère qui se pose. Photo de David Mosher

Ce matin, nous sommes à 80,31 degrés de latitude nord et le thermomètre affiche moins 11 degrés Celsius. Nous sommes à la recherche de nappes ou de mares d’eau libre pour lancer le VSA, le véhicule sous‑marin autonome. L’hélicoptère a déjà décollé à la recherche d’eau libre. D’après ce que j’ai vu de mon hublot ce matin, rien n’indique qu’il pourrait y en avoir. Il n’y a qu’une vaste plaine de glace dans toutes les directions. On dirait qu’elle est composée de glace de l’année assez mince dans laquelle se sont imbriqués des blocs de glace pluriannuelle. Trouver une nappe d’eau libre? Pas évident. Je me demande pourquoi le navire ne dégage pas une ouverture, mais d’après ce que j’en comprends, une pression est exercée sur l’ensemble de la banquise et n’importe quelle ouverture que nous pourrions ménager sur la surface glacée se refermerait rapidement autour de nous. De plus, toute ouverture que nous pourrions ainsi pratiquer se remplirait vite de nombreux « fragments d’iceberg » aussi appelés « bourguignons », c’est‑à‑dire un mélange hétéroclite de morceaux de glace qui gênerait la mise à l’eau du submersible. Il nous faut donc trouver une ouverture qui reste dégagée malgré la pression. Il en existe à l’état naturel que l’on appelle des « polynies ». Elles sont créées par des remontées d’eau et certains régimes de vents, et elles peuvent à l’occasion attirer des mammifères marins. On pourrait dire que les polynies sont en quelque sorte des oasis dans un champ de glace. L’hélicoptère est de retour et il semble qu’il y ait plusieurs nappes d’eau libre devant nous. Le navire se dirige dans leur direction.

Un peu plus tard, le navire arrive à la première nappe d’eau libre et s’immobilise. Il est décidé qu’elle ne convient pas parfaitement au lancement du submersible. J’en parle avec l’observatrice des glaces, Barbara Molyneaux, qui m’explique qu’il ne s’agit pas d’une polynie, mais plutôt d’une « fracture » ou d’un « chenal sans issue ». Une fracture n’est pas suffisamment large pour y naviguer ou manœuvrer. On peut naviguer dans un chenal, mais il ne mène nulle part. Quoi qu’il en soit, nous sommes déjà en direction de la prochaine nappe d’eau libre qui se trouve à quelque 12 kilomètres devant nous.

Une fois arrivés, nous constatons que cette nappe est au moins dix fois pl us grande que la première, et qu’elle n’est pas non plus à proprement parler une polynie. Elle est couverte d’une mince couche de glace appelée « nilas sombre » parce que l’eau sous cette surface glacée lui donne une teinte foncée. Le nilas sombre peut atteindre 5 cm d’épaisseur. Sa surface est couverte de « fleurs de glace », de petits cristaux de glace qui ressemblent à des fleurs et qui sont de 50 à 100 fois plus salés que l’eau dont ils proviennent.

Paysage arctique. Photo de David Mosher

Paysage arctique. Photo de David Mosher

Cette seconde nappe d’eau libre est jugée propice au lancement du VSA. Tout au cours de l’apr&egrav e;s‑midi, l’océanographe physicienne, Jane Eert, procède à des essais du système CTD rosette et pour obtenir des données sur la composition de l’eau, la salinité et les couches d’eau de la surface jusqu’au fond. Ces renseignements seront utiles pour l’équipe responsable du VSA qui doit assurer la flottabilité du submersible en fonction des conditions actuelles de l’eau.

À 18 h, des membres de l’équipe chargée du VSA mettent à la mer, depuis la plage arrière, leurs instruments de repérage du submersible, alors que d’autres s’affairent dans le hangar à préparer le VSA. À 18 h 30, il est mis à la mer à tribord, et à 19 h, il plonge sous les vagues.

Hans Böggild

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Trente-et-unième jour

Publié : septembre 22, 2011

17 septembre 2011 – Trente‑et‑unième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Le NGCC Louis S. St‑Laurent n’a pas bougé depuis hier parce que nous attendons le retour du VSA qui a entamé sa mission hier soir. Le navire a été immobile toute la nuit, contrastant agréablement avec ce que nous avons vécu ces dernières semaines quand nous nous frayions un passage dans les glaces. Au déjeuner, bien des gens ont mentionné combien ils avaient dormi d’un sommeil paisible.

Hier soir, après que le VSA eut été soulevé puis mis à la mer, il a été soumis à des tests préliminaires avant d’entreprendre sa mission de cueillette de données bathymétriques sous les glaces de l’Arctique. Il a d’abord plongé à une profondeur de 40 mètres et décrit des cercles. La manœuvre a été répétée à des profondeurs de 500, 1 000, 2 000 puis 3 000 mètres sous la surface. Le VSA a ensuite plongé à 130 mètres du fond et décrit un dernier cercle. Une fois ces manœuvres terminées, tout juste après minuit, le submersible a suivi automatiquement son plan de mission. Son retour est prévu dimanche matin.

Steve Lloyd, ingénieur hélicoptère, qui effectue l'inspection réglementaire aux 100 heures. Photo de Hans Boggild

Steve Lloyd, ingénieur hélicoptère, qui effectue l'inspection réglementaire aux 100 heures. Photo de Hans Boggild

Mais tout ne s’arrête pas sur le navire pendant la mission du VSA, bien au contraire. Dans le hangar, le mécanicien de bord, Steve Lloyd, s’affaire à l’entretien de routine de l’hélicoptère qui doit être effectué après chaque bloc de 100 heures de vol. Il a complètement démonté l’aéronef à cinq places, et il ajuste toutes les pièces essentielles à son bon fonctionnement. Il est fort intéressant de voir les « entrailles&#16 0;» de l’hélicoptère ainsi exposées, les moteurs, les fils, les gaines d’échappement d’air et le reste. L’entretien de routine prend deux jours à effectuer. Steve dispose de tout l’espace nécessaire pour effectuer ce travail complexe et important puisque l’hélicoptère constitue notre lien vital avec le reste du monde. Je me suis entretenu brièvement avec Steve hier soir alors qu’il terminait sa première journée de travail. Il m’a expliqué que c’est beaucoup plus facile d’effectuer les ajustements quand le navire est immobilisé comme il l’est maintenant. Il a souvent été contraint à effectuer l’entretien de l’hélicoptère quand le navire brisait de la glace ou était ballotté par les vagues en haute mer.

Sur le pont d’envol et la plage arrière, l’équipe responsable de la sismographie effectue des réparations sur les boyaux à haute pression qui mènent à la nappe de sismographes. Le matériel a été mis à rude épreuve au cours des dernières semaines. Grâce à ces réparations et aux ajustements connexes, le matériel sismique sera de nouveau prêt à être déployé après le retour du VSA.

À 19 h 15, après la réunion scientifique, Richard Pederson annonce que le premier signal de piaulement émis par le SVA a été entendu, ce qui indique qu’il est sur le chemin du retour. C’est une excellente nouvelle. On s’attend à ce qu’il revienne aux abords du navire au cours de la nuit.

En soirée, on assiste à une « jam‑session » organisée par la formation musicale du St. Laurent dans le salon avant. C’est la première fois qu’ils se produisent en public ces musiciens et ils jouent remarquablement. Blair Walsh, le chef cuisinier et le batteur du groupe, m’a informé qu’ils avaient décidé de s’appeler les « Jeffreys ».

Hans Böggild

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Trente-deuxième jour

Publié : septembre 22, 2011

18 septembre 2011 – Trente‑deuxième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

C’est à une heure ce matin que le VSA est revenu de sa mission de collecte de données bathymétriques sous les glaces. Il se trouve actuellement sous la glace à 300 mètres derrière le NGCC Louis S. St‑Laurent. Qu’il soit revenu à la position du navire relève de la prouesse technique, étant donné que les glaces de l’Arctique dérivent sur de longues distances. Le prochain défi consiste à le ramener à bord pour récupérer les données recueillies.

L’opération de récupération commence à dix heures. Quand j’arrive sur le pont, on estime que le VSA est à 117 mètres de distance, soit l’équivalent de la longueur du navire. Il est toujours sous la glace à 2,5 mètres de profondeur. Des guetteurs sont dépêchés sur le pont avant. Le capitaine Marc Rothwell manœuvre pour rapprocher le navire du VSA, se servant de la proue du navire pour provoquer des fissures et des fractures dans la glace. Le chef de l’équipe responsable du VSA, Richard Pederson, demande à son équipe, au moyen de son poste de radio portatif, de mettre des modems à la mer pour obtenir une nouvelle estimation de la position du VSA. Le capitaine Rothwell continue à ouvrir des brèches dans la glace et à déplacer des radeaux de glace. Tout le monde sur le pont a les yeux rivés sur les nappes d’eau libre, espérant apercevoir le VSA.

À 11 h 05, quelqu’un crie « Le voilà! Avant tribord! » Nous nous précipitons tous pour voir le sous‑marin jaune qui est à environ un mètre de la surface, montrant le bout de son nez sous un radeau de glace. Depuis le pont avant, on lance une bouée jaune sur la glace près du submersible, question d’avoir un point de repère visuel s’il advenait qu’il soit de nouveau recouvert par la glace.

Le VSA qui se dissimule.

Le VSA qui se dissimule.

Le vent a soufflé très fort aujourd’hui, faisant reculer fréquemment le navire. Le St‑Laurent a été obligé de prendre de la vitesse à plusieurs reprises pour rester près du submersible. À 11 h 14, le VSA monte à la surface de l’eau, mais deux minutes plus tard, il est à nouveau recouvert par d’imposantes plaques de glace. Le capitaine Rothwell actionne le diffuseur de bulles d’air pour tenter d’éloigner les glaces du submersible.

Le VSA apparaît de nouveau. Le capitaine Rothwell manœuvre pour accoster le VSA, et à 12 h 50, il se trouve à mi‑navire par tribord, près de nos grues géantes. Le marin, Neil Jollymore, et le technologue principal du VSA, Stephen Nishio, descendent dans une nacelle pour attacher des câbles au VSA, et à 13 h 28, il est remonté à bord.

Sur le pont, Richard Pederson savoure le moment. Il serre la main du capitaine Rothwell et le remercie pour son excellent travail.

Un peu plus tard, je me suis entretenu avec Richard Pederson après qu’il eut remis au chef scientifique, David Mosher, le DVD contenant les données bathymétriques recueillies par le VSA. « C’est pour cela que nous sommes venus ici! » a‑t‑il exclamé. Visiblement dans un état euphorique, il s’est dit très fier du VSA, de son équipe et du NGCC Louis S. St‑Laurent, ajoutant : « Nous avons prouvé qu’il est possible de déployer un VSA depuis un brise‑glace dans l’Arctique. Cela ouvre la voie à la poursuite d’activités scientifiques à l’aide de VSA dans cette région ».

Hans Böggild

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Trente-troisième jour

Publié : septembre 26, 2011

19 septembre 2011 – Trente‑troisième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes à 79 degrés de latitude nord et nous avons repris notre route. Le Healy nous a rejoints. Il revient d’une opération de collecte de données bathymétriques multifaisceaux, qui s’est déroulée pendant quelques jours en parallèle du déploiement de notre VSA. Le St‑Laurent s’arrête. Le Healy est droit devant nous, prêt à nous ouvrir la voie, alors que nous nous préparons à mettre à la mer notre matériel de sismographie.

Peu de temps après, nous entendons un bruit sourd venant de l’arrière du navire. Plusieurs croient que la nappe de sismographes a déjà été déployée parce que le son ressemble à celui des tirs de pistolets pneumatiques. Mais en fait, le son est produit par l’arbre porte‑hélice du centre. Le véhicule téléguidé, le VTG, sera déployé sous l’eau pour permettre l’inspection de l’hélice.

Tout le monde à bord attend avec impatience l’accostage des navires demain lorsque le garde‑côte Healy et le NGCC Louis S. St‑Laurent se positionneront côte à côte et qu’une passerelle reliera les deux brise‑glaces qui ont été mis à très rude épreuve depuis les quatre dernières semaines et demie. Des musiciens des deux navires se produiront en spectacle. Notre chef cuisinier a concocté un menu spécial sur lequel figure de la côte de bœuf, des pétoncles au bacon, du sau mon dans une pâte phyllo et des queues de homard. Des plats seront aussi préparés dans la cuisine du Healy.

Des jeux et des concours sont également prévus au programme. Sur le pont se déroulera le concours de « l’épissoir à merlin » où des équipes de deux ou trois personnes prendront part à un concours de nœuds. La liste des nœuds à nouer est longue : nœud d’anguille, nœud de bosse, œil de cordage, ligne d’attrape, pomme de lance‑amarre, nœud de tête de Turc, nœud de carrick et beaucoup d’autres. Il y aura aussi des concours d’épissure et de lancement d’amarres. De plus, les cuisiniers des deux navires s’affronteront dans un concours de confection de desserts. Ce sont les commandants des deux navires qui détermineront le dessert gagnant.

Le spécialiste en VTG, Mark Rowsome, apporte son véhicule téléguidé sur la plage arrière pour procéder à l’inspection de l’hélice du St‑Laurent. C’est la meilleure façon de procéder à ce genre d’inspection dans les eaux glacées de l’Arctique. L’image retransmise par le VTG révèle que l’hélice a glissé de quelques centimètres sur l’arbre de transmission central et qu’elle n’est plus en état de fonctionner. Toutefois, les hélices de bâbord et de tribord sont encore parfaitement fonctionnelles.

Plus tard, comme la perte d’une des trois hélices impose des limites au navire, on range le matériel de sismographie. C’est la fin des travaux scientifiques. David Mosher, le scientifique en chef, espérait poursuivre l’exploration sismique pendant encore cinq ou six jours. Il faut beaucoup de détermination et d’organisation pour arriver dans ces eaux éloignées qui n’ont pas encore été cartographiées, et c’est terriblement décevant de se retrouver dans l’impossibilité de le faire. David Mosher mentionne qu’il pourrait bien ne pas avoir une autre occasion au cours de sa vie d’effectuer un levé dans cette zone.

À 19 h, au moment de la réunion scientifique, David Mosher avait eu le temps de dresser un bilan des nombreuses réalisations de l’expédition. Il exprime sa déception devant l’arrêt des travaux, mais affirme que les principaux objectifs ont presque tous été atteints. Il remercie tout le monde d’avoir collaboré à la réalisation de ces objectifs en temps opportun. Il mentionne également que les données recueillies par le VSA ont été examinées et qu’elles sont bonnes.

Hans Böggild

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T rente-quatrième jour

Publié : septembre 26, 2011

20 septembre 2011– Trente‑quatrième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes toujours à 79 degrés de latitude nord. Le NGCC Louis S. St‑Laurent et le garde‑côte américain Healy se sont positionnés côte à côte à midi pour l’accostage tant attendu. Ce n’est pas tous les jours que deux brise‑glaces provenant de deux pays de l’Arctique se donnent rendez‑vous pour célébrer dans l’océan Arctique le bon déroulement d’une mission conjointe.

La passerelle. Photo de Hans Boggild

La passerelle. Photo de Hans Boggild

Dès 13 h, une passerelle reliant les deux navires avait été installée et les équipages des deux brise‑glaces se rendaient mutuellement visite et fraternisaient. Les préparatifs du banquet de célébration de notre mission commune allaient bon train. Les équipages du St‑Laurent et du Healy ont formé une chaîne humaine entre nos cuisines, la passerelle et le hangar du Healy, là où le festin sera servi. En passant de main en main les plats de nourriture, il était difficile de ne pas remarquer le porc qui achevait de rôtir sur un grand barbecue à l’extérieur du hangar du Healy et dont les effluves nous parvenaient. Notre banquet s’organisait.

À 16 h, tout le monde s’est réuni dans le hangar du Healy. La capitaine du Healy, Beverly Havlik, et le capitaine Marc Rothwell du NGCC Louis S. St‑Laurent  se sont remerciés mutuellement et ont échangé des plaques. L’expert scientifique en chef, David Mosher, a remis à Beverly Havlik une plaque pour souligner la collaboration entre le Canada et les États‑Unis, qui se poursuit depuis 2008, en vue de cartographier l’Arctique. Il a aussi remis à ses homologues américains, Larry Mayer et Andy Armstrong, une photo encadrée d’une montagne sous‑marine qu’ils ont découverte ensemble tous les trois en 2009. Le capitaine Duane Barron, agent de liaison canadien, et Deborah Hutchinson, agente de liaison de la garde côtière américaine, ont aussi souligné la coopération entre les deux pays.

La plupart d’entre nous avaient sauté le déjeuner et le dîner, préférant attendre le banquet, et personne n’a été déçu, car le festin qui suivit a correspondu aux attentes. La nourriture préparée dans les cuisines des deux navires était succulente.

Après le repas, nous avons emprunté la passerelle pour nous rendre au hangar sur le St‑Laurent pour assister aux compétitions de nœuds et d’épissures. Une atmosphère de rivalité bon‑enfant y régnait. Ces compétitions ont été suivies d’un concours de lance‑amarres où il fallait lancer une amarre de la longueur du hangar vers une bouée de sauvetage. Le marin Lewis Hann a même réussi à placer son amarre en plein milieu de la bouée. Les capitaines Rothwell et Havlik ont aussi tenté leur chance, tout comme les experts scientifiques en chef des deux navires. J’ai pensé qu’il y a des centaines d’années, d’autres ont probablement fait des tests de matelotage comme ceux‑ci à bord de navires. Le fait que l’on renoue avec cette tradition à bord de deux brise‑glaces amiraux du Canada et des États‑Unis, arrimés l’un à l’autre dans l’océan Arctique au terme d’une mission historique, rendait l’événement encore plus exceptionnel.

Des musiciens des deux navires ont ensuite donné un spectacle dans le hangar du St‑Laurent. Notre formation musicale, les Jeffreys, nous a offert des pièces de rock et de pop au grand plaisir de tous. Des musiciens du Healy se sont joints à eux pour interpréter différentes mélodies.

À 21 h, on a demandé aux équipages de retourner sur leurs navires respectifs. À 22 h, les navires se sont séparés pour naviguer ensemble vers le sud.

Hans Böggild

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Trente-cinquième jour

Publié : septembre 26, 2011

21 septembre 2011 – Trente‑cinquième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes à 78 degrés de latitude nord et nous naviguons en direction sud. Les glaces se font plus minces.

Presque tous les gens qui participent à l’expédition à bord du NGCC Louis S. St‑Laurent  ont des liens de longue date avec l’Arctique. Beaucoup ont des parents ou des ancêtres qui ont séjourné dans cette partie du monde, et il semble parfois que ce sont ces liens qui nous ont attirés ici. Voici quelques‑unes de ces histoires.

Le quatrième lieutenant, Jeremy Wagg, est originaire de Burin à Terre‑Neuve et il est né au sein d’une famille de marins de plusieurs générations. Son arrière‑grand‑père pratiquait la pêche sur des goélettes, et son grand‑père sur des doris. Son père a effectué douze voyages en Arctique sur le Pierre Radisson, un navire de la Compagnie de la Baie d’Hudson, pour livrer des provisions à Iqaluit, une localité qui s’appelait à l’époque Frobisher Bay. Le navire réapprovisionnait aussi des magasins de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans de nombreuses collectivités arctiques. Le père de Jeremy a été très heureux d’apprendre que son fils se joignait à notre expédition dans l’Extrême‑Arctique. Pour souligner son premier voyage vers les latitudes polaires, Jeremy s’est procuré un drapeau de la ville de Burin auprès du maire, et il l’a emporté avec lui. Ce drapeau a beaucoup voyagé depuis Burin qui se situe à 47degrés de latitude nord. Il est arrivé à St. John’s et s’est rendu à Iqaluit. De là, il a fait le trajet jusqu’à Rankin avant d’arriver à Kugluktuk et d’embarquer sur le NGCC Louis S. St‑Laurent pour se rendre au point le plus au nord de notre expédition à 88 degrés et 27 minutes de latitude nord. Lorsque nous avons atteint ce point, Jeremy s’est fait photographier avec le drapeau en compagnie du capitaine Rothwell, du capitaine en second, Roy Lockyer, et de la chef mécanicienne, Mia Hicks. Au terme de l’expédition, lorsque Jeremy retournera à Burin, il présentera le drapeau au conseil municipal pour qu’il soit déployé dans la salle du conseil.

Chris Brannan, le technologue de l’équipe responsable du VSA, a aussi des liens familiaux avec le nord. Son arrière‑grand‑père, Joe Fassett, a servi dans l’Arctique à bord du Minto, un navire appartenant au gouvernement canadien, en qualité de radiotélégraphiste. Le 15 avril 1912, c’est lui qui a reçu le message de détresse du Titanic et qui l’a relayé à Halifax et à New York pour que des secours soient dépêchés.

Richard Pederson, le chef de l’équipe responsable du VSA, est de descendance norvégienne. Roald Amundsen, le premier homme à traverser le passage du Nord‑Ouest, est l’un de ses ancêtres.

Mon père, le capitaine Kai Böggild, après avoir servi dans la Marine royale canadienne au cours de la bataille de l’Atlantique, a été dépêché par la marine dans l’Arctique en 1948 pour réviser et corriger les anciennes cartes de l’Arctique de l’Ouest et de la mer de Beaufort de l’Amirauté britannique. Il a réalisé ces travaux à bord du St. Roch, un bateau de ravitaillement de la GRC, avec l’aide et le soutien du capitaine, l’inspecteur Henry Larsen de la GRC, le premier homme à naviguer dans le passage du Nord‑Ouest dans les deux directions. Les deux hommes sont devenus des amis pour la vie. J’ai rencontré Larsen plusieurs fois quand j’étais petit. C’est génial de me retrouver dans l’Arctique, une région du monde que mon père et son bon ami ont tant aimée.

Hans Böggild

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Trente-sixième jour

Publié : septembre 26, 2011

22 septembre 2011– Trente‑sixième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes à 76 degrés de latitude nord et nous naviguons vers le sud. Nous constatons que les glaces deviennent plus minces et qu’il y a de plus en plu s de nappes d’eau libre. De mon hublot, je vois de la glace de première année avec quelques concentrations de glace pluriannuelle.

« Nilas sombres ». Photo de Hans Boggild.

« Nilas sombres ». Photo de Hans Boggild.

Ce matin, nous avons d’autres exemples de « nilas sombres ». C’est une glace relativement mince et la couleur plus foncée de l’eau qu’elle recouvre lui donne cet aspect plus sombre. Il se produit parfois un phénomène de formation de « doigts de glace flottante ». La pression qui s’exerce sur cette couche de glace ondulante amène de longues sections à se chevaucher et à créer des avancées en forme de « doigts » entrecroisés.

Le capitaine Rothwell nous annonce sur le système de sonorisation que la destination finale de notre parcours sera Cambridge Bay. Il nous informe également que le Healy nous quittera peu après le repas du midi pour poursuivre son propre itinéraire.

Ce matin, le VTG, le véhicule téléguidé, a été déployé de nouveau pour vérifier l’hélice centrale. Rien n’a changé. Le navire est propulsé par les hélices de bâbord et de tribord.

J’ai demandé à l’expert scientifique en chef, David Mosher, de me donner quelques détails sur la photo qu’il a remise à ses homologues américains, Larry Mayer et Andy Armstrong, lors de la fête à l’occasion de l’accostage des deux navires. La photo représentait un mont sous‑marin s’élevant à plus de 1 000 mètres au‑dessus du fond marin. Les trois scientifiques l’ont découvert lors d’une exploration précédente en 2009 lorsque nos deux navires collaboraient dans le cadre du programme UNCLOS. Selon David Mosher, ce mont sous‑marin est probablement d’origine volcanique. La photo présente trois versions graphiques du mont sous‑marin, soit en bathymétrie multifaisceaux, en bathymétrie à faisceau unique et en représentation sismique. Il a été baptisé Savajatigiik qui signifie « collaboration » en inupik (dialecte inuit).

Aujourd’hui, à 13 h30, le NGCC Louis S. St‑Laurent a défilé une dernière fois aux côtés du garde‑côte Healy. La journée s’est passée sous un ciel en alternance de soleil et de nuages. Plusieurs parmi nous se sont rassemblés le long des rambardes du navire pour faire nos adieux au Healy et à son équipage. Les deux navires battaient les pavillons du Canada et des États‑Unis et ont donné des coups de sirène. De la passerelle haute où je me trouvais, j’ai vu le capitaine Marc Rothwell, l’agent de liaison canadien, le capitaine Duanne Baron, et le capitaine en second, Roy Lockyer, se rendre sur le pont. Ils ont formé un rang et ont salué le pont du Healy qui nous a fait ses adieux.

Hans Böggild

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Trente-septième jour

Publié : septembre 29, 2011

23 septembre 2011 – Trente-septième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous naviguons toujours vers le sud et nous sommes à 74 degrés de latitude nord. Toutefois, nous avons dû dévier de notre parcours durant la nuit pour éviter des concentrations de glaces plus fortes.

Mark Rowsome, à l’aide de son VTG, le véhicule téléguidé, a procédé à trois examens de l’hélice centrale aujourd’hui. L’opération nécessite l’installation des télécommandes du VTG sur la plage arrière, puis la mise à la mer du VTG par l’équipage de pont. Mark est alors en mesure de télécommander à distance les mouvements du véhicule sous l’eau et de l’approcher à quelques centimètres de distance de l’hélice. Le VTG est muni de deux caméras à haute définition ainsi que de projecteurs pour éclairer les objets sous l’eau. Les images claires ainsi captées sont transmises sur deux écrans de télévision installés sur le pont. Nos ingénieurs voulaient déterminer si l’hélice tourne quand même lorsque le navire avance. En vérifiant la position à plusieurs reprises, ils ont pu établir que l’hélice ne bouge pas. C’est une bonne nouvelle.

Nous avons vu des concentrations de glace de mer tout au long de l’après‑midi. Nous devrions nous trouver bientôt en eau libre.

Hans Böggild

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Trente-huitième jour

Publié : septembre 29, 2 011

24 septembre 2011 – Trente‑huitième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes à 72 degrés de latitude nord. Aujourd’hui, les nappes d’eau libre qui s’étendent autour de nous sont beaucoup plus vastes, bien que nous voyions encore des formations de glace pittoresques. Il y a des masses qui semblent être des icebergs isolés composés de glace pluriannuelle. Certaines ont des structures immergées et la couleur bleutée de leur composition sous la surface est quelque chose à voir.

Chaque matin, je consulte un ordinateur de navigation dans l’« aqualabo » sur le pont 400 du NGCC Louis S. St‑Laurent. L’écran de l’ordinateur affiche notre position à l’aide d’un petit symbole graphique en forme de bateau avec pour fond une carte de l’Arctique. On voit aussi l’itinéraire prévu du navire. Nous sommes actuellement dans la mer de Beaufort et nous sommes en direction du golfe Amundsen. Ce secteur où le golfe rejoint la mer de Beaufort est l’un des endroits les plus connus du légendaire passage du Nord‑Ouest. Lorsque Roald Amundsen est passé par ici au cours de son expédition de 1903‑1906, ce fut un moment charnière dans son itinéraire qui lui permit de naviguer d’est en ouest et éventuellement d’atteindre le Pacifique. Cette prouesse lui valut d’être le premier à naviguer dans le passage du Nord‑Ouest. Il a mis des années avant d’y arriver.

Pour atteindre notre destination qui est Cambridge Bay, nous nous dirigerons vers l’est le long du golfe Amundsen. Nous entrerons dans le détroit Dolphin Union, pour ensuite traverser le golfe Coronation, puis le détroit Dease. Il nous faudra quelques jours à peine pour effectuer ce trajet dans le passage du Nord‑Ouest.

Avant Amundsen, d’autres ont exploré ces régions, mais ils n’ont pas réussi à faire tout le trajet jusqu’au passage. John Franklin, peut‑être le plus célèbre d’entre eux, a exploré le littoral du golfe Coronation et de la péninsule Kent au cours de son expédition de 1819‑1822. Par la suite, lors de sa deuxième expédition en 1825‑1827, il a exploré le littoral de l’embouchure du fleuve Mackenzie jusqu’au golfe Amundsen. Au cours de ses expéditions, Franklin s’est approché de ces zones par voie terrestre. Robert McClure, lui, est passé dans la région en navire au cours de son expédition de 1850 et il a atteint un autre passage encore plus au nord par un détroit qui porte maintenant son nom, le détroit M’Clure. John Rae, connu pour les grandes distances qu’il parcourait en raquettes, a fait des levés sur la majeure partie du golfe Coronation et du littoral de l’île Victoria lors de son expédition de 1851.

Photo de Hans Böggild

Photo de Hans Böggild

Cet après‑midi, une ourse polaire et son ourson ont été aperçus devant le navire. Nous avons été plusieurs à nous rassembler pour les observer. Lorsqu’on les a aperçus, ils nageaient, la mère était devant et l’ourson la suivait à courte distance. Il était facile de les repérer dans l’eau grâce à leurs museaux noirs. On a pu les contempler dans toute leur splendeur lorsqu’ils sont montés sur un vaste radeau de glace. Ils se sont secoués pour se sécher un peu et se sont éloignés d’un pas tranquille jusqu’à disparaître de notre vue. Je ne peux m’empêcher de penser que certains des explorateurs dont j’ai parlé précédemment ont très certainement été témoins de scènes semblables.

Hans Böggild

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Trente-neuvième jour

Publié : septembre 29, 2011

25 septembre 2011 – Trente‑neuvième jour de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes à 70 degrés de latitude nord et naviguons dans le golfe Amundsen. Nous sommes à 450 milles marins de notre destination finale, Cambridge Bay.

Hier soir, l’équipage s’est réuni dans le salon avant pour une cérémonie de remise de prix. C’est le capitaine Marc Rothwell qui a joué le rôle de maître de cérémonie. Toutes les personnes ayant participé à notre expédition sont devenues membres de l’Ordre du Dragon d’or parce qu’au cours de notre voyage nous avons traversé la ligne internationale de changement de date, c’est‑à‑dire les 180 degrés de longitude, à bord d’un navire. Il convient aussi de noter que lorsque nous avons franchi la ligne internationale, nous étions à une latitude très élevée, soit 87 degrés de latitude nord. L’Ordre fait partie des vieilles traditions des gens de mer. Le fait de franchir certains autres points en navire confère aussi aux marins des distinctions diverses. Par exemple, franchir le cercle arctique à bord d’un navire fait d’un marin un membre de l’Ordre du Blue Nose. Il existe bon nombre d’autres distinctions, y compris des désignations pour les marins qui franchissent le cap Horn, l’équateur ou d’autres points de la planète.

Au cours de la soirée, de nombreux autres prix ont été remis. Borden Chapman, le technologue en chef de l’équipe responsable des sismographes qui, depuis le début du programme UNCLOS, a joué un rôle clé dans l’acquisition de données, a reçu une horloge et un baromètre en bronze montés sur une superbe pièce de teck qui provenait d’une ancienne rambarde du NGCC Louis S. St‑Laurent. Ce témoignage de gratitude visait à souligner la contribution exceptionnelle de Borden au programme et son prochain départ à la retraite.

Mark Rowsome, le spécialiste en VTG, a reçu un certificat de mérite pour son travail avec le véhicule téléguidé grâce auquel on a pu obtenir des images en gros plan de l’hélice centrale du St‑Laurent au cours de la dernière partie de notre voyage.

L’expert scientifique en chef, David Mosher, a présenté à l’équipage du navire une impressionnante plaque de bronze sur laquelle on peut lire « AUX CAPITAINES ET AUX MEMBRES DE L’ÉQUIPAGE DU NAVIRE DE LA GARDE CÔTIÈRE CANADIENNE LOUIS S. ST‑LAURENT EN RECONNAISSANCE DE LEUR TRAVAIL SANS RELÂCHE QUI A PERMIS QUE LA PHASE D’ACQUISITION DE DONNÉES DU PROGRAMME CANADIEN DANS L’ARCTIQUE OUEST 2006&#820 9;2011 SOIT COURONNÉE DE SUCCÈS ». David Mosher a également remis à l’équipage une copie de l’image du mont sous‑marin Savajatigiik découvert par lui, Larry Mayer et Andy Armstrong au cours du programme UNCLOS de 2009.

Puis, c’était au tour de David Mosher de recevoir une plaque de la part du capitaine, des officiers et du personnel scientifique rendant hommage à son travail en qualité d’expert scientifique en chef. La plaque portait la mention « Pour saluer une autre saison réussie où tous les objectifs ont été atteints ».

Pour sa part, Richard Pederson a reçu du capitaine Rothwell une plaque pour souligner ses qualités de chef de l’équipe responsable de la mission du VSA. À son tour, il a présenté au capitaine Rothwell une plaque sur laquelle était fixé un petit grappin en acier inoxydable. C’était pour rappeler le vrai grappin perdu au cours de l’opération de récupération du VSA.

La spécialiste en géologie marine, Deborah Hutchinson, s’est vue remettre une plaque soulignant ses trois années sur le navire à titre d’agent de liaison avec la garde côtière américaine au cours de nos missions conjointes. On lui a également remis le drapeau américain qui flottait du mât du NGCC Louis S. St‑Laurent lors de nos missions de levés dans le cadre du programme UNCLOS.

L’agent de liaison canadien, le capitaine Duane Barron, qui a passé la majeure partie de l’expédition à bord du Healy, est maintenant de retour sur le St‑Laurent. Il a reçu la Coast Guard Arctic Service Medal.

Une fois toutes ces distinctions remises, place aux instruments de musique. Nous avons été nombreux à participer à une jam‑session et à chanter pendant le reste de la soirée.

Hans Böggild

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Quarantième et quarante-et-unième jours

Publié : septembre 29, 2011

26 et 27 septembre 2011 – Quarantième et quarante et unième jours de l’expédition sismique dans l’Extrême‑Arctique canadien

Nous sommes actuellement à 68 degrés de latitude nord. Nous avons traversé le golfe Amundsen et le golf Coronation en route vers Cambridge Bay. Jeudi, nous débarquerons du NGCC Louis S. St‑Laurent et retournerons par avion à nos activités sur la terre ferme. Notre mission historique dans l’Extrême‑Arctique tire à sa fin.

Je me suis entretenu avec l’expert scientifique en chef, David Mosher, concernant les résultats de l’expédition sur le plan scientifique. Il a commencé par me dire tout simplement que tous les objectifs de la mission avaient été atteints. Puis il a étayé sa réponse. Les scientifiques cherchent toujours à obtenir plus de données, surtout à propos de régions du globe sur lesquelles on dispose de très peu d’information, et c’est exactement ce genre de territoire que nous avons exploré. Ce n’est pas facile de recueillir des données sismiques dans une région isolée et éloignée comme l’Extrême‑Arctique, et David Mosher aurait souhaité en recueillir davantage. De forts vents de l’ouest au cours de la deuxième partie de l’expédition ont maintenu une pression constante sur la banquise et rendu plus difficile notre passage dans les glaces plus épaisses. Aux trois quarts de notre expédition, nous avons éprouvé des difficultés avec l’hélice centrale du navire, ce qui nous a empêchés de procéder à d’autres levés sismographiques. Même si l’expédition a atteint tous ses objectifs bien avant les délais impartis, David Mosher avait bon espoir de les dépasser. Voilà une manifestation de l’esprit scientifique et de la so if de la découverte.

Quant à moi, me voici arrivé au terme de mon premier voyage en mer et de ma première mission dans l’Arctique. Je me sens grandement inspiré par ce que nous avons accompli au cours de cette expédition. Le plus étonnant dans tout cela c’est que nous ayons réussi à atteindre, ne serait‑ce qu’un seul des objectifs de cette mission dans cette région éloignée et inhospitalière. Remorquer du matériel de sismographie sous une glace qui se referme presque immédiatement après son passage, et ce, aux faibles vitesses qu’exigent les levés sismiques, n’est pas une tâche aisée. C’est un travail dur et difficile qui comporte des défis colossaux. Nous avons recueilli des données dans des zones qui n’avaient jamais été cartographiées auparavant. C’est ça, l’exploration de l’Arctique.  Les informations recueillies auront des conséquences sur le futur de notre pays et sur la soumission sur l’extension du plateau continental à la Commission des Limites du plateau continental, en vertu de l’article 76 d’UNCLOS.

Le point le plus au Nord que nous avons atteint est situé à 88° 27.49′ de latitude nord, et à 159° 19.61′ de longitude ouest. C’est presque le sommet du monde, à seulement 152,5 milles marins du pôle Nord. Les 12 et 13 septembre, nous avons navigué dans des parties de l’océan Arctique, au large des îles canadiennes de l’Arctique, où aucun navire n’était jamais passé auparavant, des zones où l’on trouve les glaces les plus difficiles de l’Arctique.

C’était un très beau spectacle que cette collaboration entre les deux pays, le Canada et les États‑Unis, concrétisée par les réalisations des équipages de deux navires amiraux, le NGCC Louis S. St‑Laurent et le garde‑côte américain Healy. Imaginez deux brise‑glaces qui, tour à tour, frayent un passage à l’autre dans cette vaste plaine de glace qui s’étend à perte de vue dans toutes les directions. Je garderai un souvenir impérissable de l’image vue à bord de l’hélicoptère de ces deux navires sillonnant cette région éloignée et, jusqu’à aujourd’hui, jamais cartographiée.

Les autres programmes scientifiques de l’expédition ont aussi été couronnés de succès. Le VSA, le véhicule sous‑marin autonome, a été déployé deux fois. Il n’y a pas d’intrigue sans conflit et celle concernant le VSA ne déroge pas à la règle. Le premier déploiement a connu certaines difficultés. Il y a eu un problème avec l’un des systèmes d’évitement d’obstacles du VSA, et la mission a été interrompue. Lorsque le submersible est remonté à la surface comme prévu, il s’est empêtré sous la glace dans d’immenses crevasses. L’opération de récupération a été difficile. Il n’est pas facile de réus sir une intervention qui n’a jamais été tentée auparavant. Grâce à des manœuvres exceptionnellement bien menées par le capitaine du St‑Laurent, qui utilisa la proue pour provoquer des fissures dans la glace, le submersible a pu être récupéré. L’équipe responsable du VSA a réglé les problèmes techniques, et sa deuxième mission s’est déroulée rondement. Le VSA est parti en mission de collecte de données bathymétriques sous la glace et il est revenu au navire. C’est un accomplissement remarquable compte tenu de la dérive des glaces arctiques. Pour autant que je sache, c’est la première fois que l’on réussit le lancement d’un VSA depuis un navire dans l’Extrême‑Arctique. C’est chose accomplie aujourd’hui. Le VSA a effectué toutes les tâches pour lesquelles il avait été programmé. Il a repoussé les frontières de ce qui est techniquement possible dans l’Extrême‑Arctique.

Stoyka Netcheva, une scientifique spécialiste de l’atmosphère, a déployé l’O‑Buoy. Il s’agit d&#8217 ;une bouée arctique autonome et automatisée qui permet de mesurer la composition chimique de l’atmosphère dans l’Arctique pendant deux ans. La bouée a été installée sur un radeau de glace par un « groupe de plage » du NGCC Louis S. St‑Laurent à 88 degrés de latitude nord. Jane Eert, une océanographe physicienne à l’emploi de Pêches et Océans Canada, n’a pas raté une occasion de recueillir des échantillons d’eau qui serviront à comprendre la circulation de l’eau dans le bassin canadien et au‑delà. L’hydrographe en chef, Jon Biggar, et son équipe ont recueilli des données bathymétriques à faisceau unique tout le long de notre parcours de sorte à pouvoir intégrer dans les cartes de la région des mesures précises de la profondeur.

Au cours de l’expédition, l’exécution de tous les programmes a nécessité la participation directe du capitaine Marc Rothwell, des officiers et de l’équipage du NGCC Louis S. St‑Laurent. Chaque membre d’équipage a effectué chacune de ses tâches avec un haut niveau de professionnalisme. Ils ont travaillé de longues heures dans des conditions glaciales, et la détermination dont ils ont fait preuve pour assurer l’excellence des résultats a été une grande source d’inspiration. La réussite de chaque programme scientifique leur tenait au cœur et ils ont tout mis en œuvre pour l’assurer.

On ne s’est jamais ennuyé au cours de cette expédition. En plus de tout le travail accompli, tout le monde a passé de très agréables moments avec ses camarades de bord. Il y a eu plusieurs soirées de musique et de chansons, beaucoup de plaisir lors des soirées consacrées aux blancs‑becs, et une merveilleuse fête d’accostage avec le Healy dans l’océan Arctique.

Nous venons de jeter l’ancre à Cambridge Bay. Je suis très fier d’avoir effectué mon premier voyage en mer sur ce navire de classe mondiale. Je penserai souvent aux personnes remarquables que j’ai eu l’occasion de rencontrer au cours de ce voyage dans l’Extrême‑Arctique.

Hans Böggild

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