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Sur le terrain : Étudier la modification du littoral dans l’Arctique

Par François Malenfant

Je suis venu à Inuvik (T.N.O.) (fig. 1) au milieu de mai pour travailler comme aide de terrain en géosciences côtières pour Ressources naturelles Canada (RNCan). Jusqu’à maintenant, ce fut une expérience remarquable. Tout – le paysage, la communauté, la culture, la faune, la température et le soleil omniprésent à cette période de l’année – me rappelle à quel point j’ai de la chance d’être ici. Je ne sais pas comment une personne qui a grandi à quatre mille kilomètres d’un lieu peut s’y sentir aussi attaché.

Fig. 1 Carte de localisation de l’île Pelly, située en bordure du delta du Mackenzie (T.N.-O.)

Fig. 1 Carte de localisation de l’île Pelly, située en bordure du delta du Mackenzie (T.N.-O.)

Je suis diplômé de la Saint Mary’s University, et j’ai l’occasion unique de travailler pour RNCan à un projet de recherche sur le changement climatique et le littoral arctique. Pour ma thèse, j’étudie la dynamique et l’érosion côtières sur l’île Pelly (fig. 1), l’une des îles du monde où l’érosion est la plus rapide. Cette petite île est située à environ 100 km de la communauté la plus proche, Tuktoyaktuk (fig. 1). Aux fins de mes études, je participe à une expédition de 3,5 mois dans le nord‑ouest de l’Arctique canadien sous la supervision du chercheur de RNCan, Dustin Whalen, qui étudie depuis 14 ans la modification du littoral arctique attribuable au changement climatique. Je viens de commencer, mais j’acquiers déjà une expérience pratique de la programmation des instruments de fond marin (fig. 2), j’analyse les carottes de pergélisol échantillonnées l’hiver passé (fig. 3), je diffuse des photos et des vidéos sur la page d’une organisation communautaire locale (Mackenzie – Beaufort Break‑Up) qui surveille la débâcle dans le delta du Mackenzie (fig. 4), et j’établis des liens avec les habitants locaux les plus touchés par les changements qui se produisent dans l’environnement (fig. 5).

En plus de collecter et d’analyser des données aux fins de la recherche sur le changement climatique, mon travail d’été consiste aussi à aider d’autres équipes scientifiques qui font des expéditions de terrain dans les zones éloignées de la région désignée des Inuvialuit. Je passerai près de six semaines à vivre et à travailler dans un camp isolé, où je collecterai des données pour documenter la modification du paysage côtier. Pendant ce temps, j’installerai des instruments de fond de mer, je monterai une station météorologique, je ferai voler des drones et j’explorerai et observerai à loisir ce paysage extraordinaire.

Comme j’ai grandi dans une région rurale du Nouveau‑Brunswick, j’ai passé beaucoup de temps à jouer dans la nature, ce qui a engendré ma passion pour le plein air et m’a donné le goût d’étudier les paysages. Pendant mes études de premier cycle en sciences de la Terre, j’ai acquis une certaine expérience des paysages de pergélisol et de leurs caractéristiques uniques, mais il n’y a rien de mieux que de les voir en personne! Pendant le vol qui m’amenait d’Edmonton à Inuvik, le ciel était dégagé, ce qui m’a permis de repérer certaines caractéristiques uniques du pergélisol, par exemple les lacs thermokarstiques (fig. 6).

Lorsque je suis arrivé à Inuvik, j’ai été étonné de voir les structures métalliques de faible hauteur qui serpentent dans la ville (fig. 7). Les habitants m’ont dit qu’il s’agit du réseau de plomberie  aérien sous coffrage (fig. 7) qui est utilisé dans les paysages de pergélisol. Ils m’ont aussi dit que le meilleur moyen de se déplacer dans la région et de l’explorer est la motoneige en hiver et le bateau en été. Les nombreux cours d’eau anastomisés du delta du Mackenzie constituent des canaux de navigation pour les bateaux pendant l’été et des passages gelés pour les motoneiges pendant l’hiver. C’est en partie pourquoi il est si important de surveiller la débâcle dans cette région; en effet, pendant cette période, il est impossible de se déplacer en motoneige, et il peut être dangereux de le faire en bateau.

Cette expédition changera ma vie. J’ai hâte de faire d’autres mises à jour au fil de la saison du travail sur le terrain. Pour découvrir mes aventures en temps réel, suivez‑moi sur Instagram : @geofrank247.

Fig. 2

Fig. 2 Le boîtier jaune, le dispositif acoustique et toutes les piles D qui y sont attachées constituent l’un des cinq hydrophones que j’ai programmés. Le cylindre blanc est l’un des six enregistreurs que j’ai programmés; il s’agit ici de l’enregistreur de la conductivité, de la température et de la profondeur.

Fig. 3

Fig. 3 Il a fallu analyser rapidement les carottes de pergélisol échantillonnées dans l’île Tuktoyaktuk pour éviter qu’elles ne fondent à l’extérieur du congélateur.

Fig. 4

Fig. 4 Je prends chaque jour des photos de cet endroit précis du chenal Est, et je les affiche dans la page d’une organisation communautaire locale (Mackenzie – Beaufort Break-Up) pour surveiller la débâcle.

Fig. 5

Fig. 5 J’ai eu l’occasion de communiquer mes connaissances sur le changement climatique et l’érosion côtière à des élèves du secondaire à East Three. L’ampleur du changement climatique dans la région et les travaux de recherche connexes ont eu d’importantes retombées sur les jeunes qui ont déjà une grande connaissance, compréhension et expérience du sujet.

Fig. 6

Fig. 6 Voici une mosaïque de lacs thermokarstiques que j’ai vus dans l’avion qui m’amenait à Inuvik.

Fig. 7

Fig. 7 Voici le réseau de plomberie aérien sous coffrage d’Inuvik qui est utilisé dans ce paysage de pergélisol.

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