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Les contaminants dans le Nord canadien: État des connaissances et synthèse régionale (2017)

Résumé

Rapport complet (PDF)

Contaminants dans le Nord canadien

Les contaminants du Nord canadien, comme le mercure et les polluants organiques persistants, ou POP, proviennent principalement de sources extérieures au Canada et se déplacent dans l’atmosphère, les courants océaniques et les rivières. Les animaux et les humains sont exposés au mercure et aux POP par les aliments qu’ils consomment. Les contaminants pénètrent par les plantes et les algues dans la chaîne alimentaire, qu’ils remontent ensuite des proies aux prédateurs.

Leur concentration dans l’organisme animal peut augmenter au fil du temps, à mesure qu’ils s’y « bioaccumulent ». Elle augmente aussi d’un maillon à l’autre de la chaîne alimentaire, par le processus de « bioamplification ». Une forte exposition aux contaminants peut avoir une incidence sur la santé des espèces sauvages et des humains.

Beaucoup d’habitants du Nord, en particulier dans les collectivités autochtones, comptent sur les nombreux bienfaits culturels et nutritionnels des aliments traditionnels prélevés dans la nature – sur la terre, dans les rivières, les lacs, la mer. Les stratégies élaborées pour réduire les risques que présentent les contaminants pour la santé humaine doivent tenir compte de ces bienfaits, afin d’atteindre un équilibre entre les multiples avantages connus des aliments traditionnels et les risques.

Évaluations du Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord et présent rapport

Le Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord (PLCN) a été créé en 1991 pour répondre aux préoccupations que suscite l’exposition des humains à des concentrations élevées de contaminants chez les espèces sauvages qui constituent une part importante du régime alimentaire traditionnel des Autochtones du Nord.

Les évaluations du PLCN sont effectuées dans le but de synthétiser les connaissances sur les contaminants chez les humains et dans l’environnement de l’Arctique. Les résultats servent à évaluer la salubrité des aliments traditionnels prélevés dans la nature et éclairer les politiques, tant au Canada qu’à l’étranger, qui permettent d’orchestrer une action pour éliminer les contaminants de source lointaine.

Les évaluations du PLCN donnent lieu aux Rapports d’évaluation des contaminants dans l’Arctique canadien (RECAC), qui sont des documents techniques destinés à un public scientifique. La présente synthèse est un résumé en langage clair des résultats présentés dans une série d’évaluations publiées depuis 2012, y compris Le mercure dans le Nord canadien (2012), Les polluants organiques persistants dans le Nord canadien (2013) et Santé humaine(2016). La période a aussi été marquante pour ce qui est des mesures de réglementation prises à l’échelle mondiale, dont l’ajout de nouveaux produits chimiques à la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (2004) du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la signature de la Convention de Minamata sur le mercure (2013) du PNUE.

Principales conclusions

Dans l’ensemble, beaucoup de progrès ont été accomplis au Canada et à l’étranger afin de réduire les sources de contaminants. En dépit de la diminution des émissions, les contaminants continuent d’être préoccupants et d’avoir une incidence sur la santé et le bien-être des espèces sauvages et des habitants du Nord canadien. Cette synthèse recense dix conclusions principales qui se dégagent des évaluations du RECAC III.

Les conclusions 1 à 3 sont axées sur les concentrations de contaminants précis :

(1) les concentrations de POP diminuent en général partout dans l’Arctique.

Toutefois, d’importantes quantités demeurent stockées dans des « réservoirs environnementaux » qui ne s’épuiseront pas avant de nombreuses années.

(2) À mesure que les « nouveaux POP » sont réglementés, leurs niveaux dans l’Arctique diminuent.

Depuis 2004, onze POP ont été ajoutés à la Convention de Stockholm, et cet ajout est associé à une diminution de leur présence dans l’environnement.

(3) Les niveaux de mercure dans l’Arctique se stabilisent, mais sont encore plusieurs fois plus élevés qu’à l’ère préindustrielle.

Les quantités ont culminé vers le milieu des années 2000, et se sont stabilisées depuis, voire ont diminué légèrement dans certaines régions.

 

Les conclusions 4 et 5 sont axées sur les processus environnementaux qui influent sur les contaminants :

(4) les changements climatiques peuvent avoir des incidences sur le cycle des POP et du mercure dans le milieu arctique et sur leur accumulation.

La chaleur accrue de l’air et de l’eau, la saison des eaux libres prolongée, l’augmentation de l’activité des feux de forêt, la structure du réseau trophique qui se modifie sont autant d’exemples de changements liés au climat qui ont une incidence sur les contaminants.

(5) Le mouvement complexe des contaminants dans le milieu arctique et chez les espèces sauvages est maintenant mieux compris.

La recherche sur les processus environnementaux a permis de dégager de nouveaux renseignements sur le mercure et les POP, y compris des détails sur la méthylation du mercure, et d’observer en quoi les processus de production des POP plus récents sont différents de ceux des premiers POP.

 

Les conclusions 6 à 9 sont axées sur les risques pour la santé des espèces sauvages et des résidents du Nord :

(6) les niveaux actuels de POP et de mercure représentent peut-être un risque pour la santé de certaines espèces sauvages de l’Arctique.

Bien qu’il n’existe pas de donnée probante d’effets biologiques qui seraient répandus chez les espèces sauvages de l’Arctique canadien, les concentrations de POP et de mercure chez certaines espèces de poissons, de mammifères marins et d’oiseaux marins dépassent les seuils d’effets négatifs.

(7) L’exposition au mercure et à la plupart des POP diminue de façon générale chez les habitants du Nord, mais le mercure reste problématique dans certaines régions.

La diminution des concentrations est probablement attribuable à la présence réduite des substances dans l’environnement et aux changements dans la consommation des aliments traditionnels.

L’exposition au mercure de certaines Inuites en âge de procréer continue de préoccuper beaucoup et fait ressortir le besoin de concerter l’action face au mercure à l’échelle internationale.

(8) Les aliments traditionnels prélevés dans la nature restent importants pour le maintien de la saine alimentation des habitants du Nord.

La consommation de ces aliments demeure assez répandue et elle est associée à un meilleur état nutritionnel, mais l’adoption progressive d’aliments du commerce fait craindre des maladies et problèmes nutritionnels.

(9) L’exposition aux contaminants présents dans le milieu arctique est associée à des effets sur la santé des habitants.

Par exemple, aux concentrations observées dans l’Arctique canadien, le mercure et les BPC ont été reliés au déficit de l’attention chez les enfants.

 

La conclusion 10 est axée sur les efforts internationaux :

(10) il est essentiel de poursuivre l’action internationale pour réduire le niveau des contaminants dans l’Arctique.

Les activités de surveillance et de recherche dans l’Arctique ont joué un rôle important pour l’établissement de la Convention de Stockholm sur les POP et de la Convention de Minamata sur le mercure. Les résultats de la surveillance montrent que l’action internationale contribue à diminuer les contaminants dans l’Arctique.

Contaminants dans les régions de l’Arctique canadien

Cette synthèse porte sur les contaminants dans cinq régions de l’Arctique canadien : Le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Nunavik et le Nunatsiavut. Les peuples autochtones – Inuits, Premières Nations et Métis – constituent la majorité de la population du Nord canadien. Les principaux aliments traditionnels prélevés dans la nature que consomment les collectivités autochtones varient au sein des régions et entre elles. Ils comprennent une variété de poissons d’eau douce et de poissons marins, le caribou, le canard et l’oie, le phoque annelé et le béluga. On consomme une grande diversité d’autres espèces, mais, en général, dans une moindre mesure.

En 2007–2008, l’Enquête sur la santé des Inuits (ESI) a évalué l’état de santé des habitants de chacune des collectivités inuites de l’Arctique canadien. Dans cette enquête, les chercheurs ont documenté les aliments traditionnels prélevés dans la nature qui étaient consommés et ont dosé les concentrations de contaminants chez les participants et dans leurs aliments. Les résultats de l’ESI ont renforcé le message voulant que les bienfaits rattachés à la consommation de ces aliments dépassent, en général, le risque d’exposition aux contaminants.

Le mercure préoccupait, à des degrés divers, dans l’ensemble des régions. Par exemple, des avis sanitaires ont été diffusés concernant la consommation de foie de phoque annelé par les femmes en âge de procréer au Nunavut. D’autres ont été diffusés concernant certains lacs et poissons dans les Territoires du Nord-Ouest, où les ensembles de données du PLCN ont permis de déceler une augmentation du mercure chez les poissons. Les ensembles de données à long terme du PLCN ont joué un rôle important dans l’établissement de la Convention de Minamata sur le mercure à l’échelle mondiale.

Grâce à la réglementation mondiale, les POP ont généralement diminué dans toutes les régions. Ainsi, dans les Territoires du Nord-Ouest, les résultats de surveillance montrent que les POP chez le béluga et le phoque annelé ont diminué depuis le milieu des années 1990. Toutefois, les effets négatifs de certains POP sur la santé demeurent préoccupants dans le cas d’espèces d’oiseaux marins et de mammifères marins.

À la lumière des conclusions des évaluations du RECAC III, le PLCN et ses partenaires, y compris les organisations autochtones, a répertorié plusieurs priorités pour les travaux à venir autour de quatre thèmes :

1) la surveillance environnementale et la recherche, comme la détection de nouveaux produits chimiques et la recherche sur les effets d’interaction des contaminants et des changements climatiques;

2) surveillance et recherche communautaires qui renforcent la capacité scientifique dans le Nord et optimisent l’utilisation du savoir traditionnel;

3) la santé humaine, comme l’élargissement de la surveillance de l’exposition aux contaminants chez les habitants de différentes régions et

4) la communication plus efficace des résultats de la recherche.

Le PLCN préconise une action plus large afin de réaliser son mandat et de soutenir les activités scientifiques dans l’Arctique. Pour les programmes de recherche et de surveillance canadiens (dont le PLCN), il faut assurer des ressources adéquates, gérer et communiquer correctement l’information et procéder à des évaluations multidisciplinaires d’enjeux comme les changements climatiques. Le PLCN prône une meilleure mobilisation des entités nordiques dans la surveillance et la recherche et dans les activités internationales.

Enfin, en ce qui concerne les pays arctiques, dont le Canada, le PLCN recommande une communication prompte des renseignements nationaux sur les POP aux organismes internationaux, la ratification sans autre délai de la Convention de Minamata sur le mercure et la reconnaissance du fait que la sécurité des aliments et de l’eau est une priorité d’intervention. Il appelle à surveiller les répercussions des changements socioéconomiques et environnementaux sur les sources locales de contaminants et à tenir compte des répercussions des contaminants sur les écosystèmes et les habitants dans les stratégies d’adaptation aux changements des conditions dans l’Arctique.

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