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Santé humaine (2017)

Résumé

Rapport complet (PDF)

Introduction

Le Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord (PLCN) a entrepris cette évaluation pour répondre aux préoccupations concernant les risques potentiels pour la santé humaine associés à l’exposition à des contaminants environnementaux d’un régime qui inclut les aliments traditionnellement préparés et récoltés des écosystèmes nordiques locaux. Les aliments traditionnels, également connus sous le nom de nourriture de campagne, sont essentiels au bien-être social, culturel, économique et spirituel des Inuits, des Dénés et des Métis dans le Nord et, pour beaucoup, sont essentiels à leur sécurité alimentaire globale.

Ce rapport constitue la quatrième évaluation de la santé humaine dans le cadre du Rapport sur l’évaluation des contaminants dans l’Arctique canadien qui résume l’état des connaissances sur les contaminants et la santé humaine dans le nord du Canada. L’objectif général de ce rapport est de fournir les connaissances les plus récentes sur les tendances de l’exposition aux contaminants dans le nord du Canada, sur les méthodes de description de ces expositions humaines, sur les résultats potentiels liés à la contamination des contaminants, et sur la gestion et la communication des contaminants concernant les populations autochtones vivant dans le nord du Canada.

Les aliments traditionnels et la diète nordique

Les aliments traditionnels tels que les mammifères marins, les poissons, les animaux terrestres et les oiseaux sont des choix alimentaires nutritifs pour les enfants et les adultes vivant dans le nord du Canada. Lorsque les régimes alimentaires du Nord comprennent les aliments traditionnels, les apports de protéines et de nombreux nutriments diététiques ont tendance à être plus élevés. Ceci est particulièrement important pour les jeunes et les enfants. La collecte d’aliments traditionnels a également des avantages économiques. Pour les personnes ayant accès à l’équipement de chasse et de pêche, ces aliments sont souvent plus abordables que les aliments de marché. Cependant, le régime actuel des Inuits dans l’Arctique est sous-optimal, où environ un quart à un tiers du total des calories consommées viennent d’aliments riches en sucre et de boissons. Bien que l’utilisation des aliments par les pays soit culturellement spécifique et varie considérablement dans l’Arctique, la tendance générale montre que les jeunes générations consomment moins d’aliments traditionnels que leurs aînés.

Les aliments traditionnels peuvent aussi être une source principale d’exposition aux contaminants environnementaux dans le Nord. Le choix du régime alimentaire dans le nord du Canada, et donc l’étendue de l’exposition aux contaminants provenant des aliments traditionnels, est une question complexe car les avantages substantiels de la collecte et de la consommation d’aliments traditionnels peuvent être compensés par les préoccupations relatives aux contaminants. Les substitutions alimentaires peuvent aider les habitants du Nord à réduire l’exposition aux contaminants. Par exemple, dans le cas du mercure, la substitution d’aliments traditionnels riches en mercure pour d’autres moins riches en mercure est un moyen de réduire la consommation de mercure tout en favorisant la consommation de nutriments importants comme le sélénium et les oméga-3. Il est essentiel que les substitutions alimentaires et les stratégies d’intervention soient conçues au niveau régional pour s’assurer qu’elles sont pertinentes pour les différentes sources de contaminants, les préférences alimentaires et les scénarios de disponibilité alimentaire pour les gens du nord du Canada.

Exposition humaine et niveaux de contaminants

Les résultats de cette évaluation montrent que les niveaux de polluants organiques persistants (POP) ont diminué jusqu’à 80 p. 100 au cours des 20 années (1992 à 2013) que les contaminants ont été mesurés dans des échantillons de sang de femmes inuites du Nunavik. Dans le même temps, les concentrations sanguines de mercure total et de plomb ont diminué d’environ 60% chez ces femmes enceintes. La proportion des femmes enceintes inuites (et des femmes inuites en âge de procréer) du Nunavik dépassant la valeur provisoire du guidage sanguin provisoire pour le méthylmercure a diminué globalement depuis 1992. De même, la proportion de ces femmes qui dépassent le niveau d’intervention dans le sang et la ligne directrice Pour le plomb dans le sang total des femmes enceintes a diminué régulièrement avec le temps au Nunavik, avec des dépassements approchant zéro depuis 2004.

On s’attend généralement à ce que les différences dans les charges corporelles des contaminants reflètent habituellement des différences dans les modes de vie traditionnels et surtout dans les habitudes alimentaires. Lorsque les données sur le sang ont été examinées chez les femmes inuites en âge de procréer du nord du Canada, les concentrations de POP et de métaux étaient généralement plus élevées chez les Inuits des collectivités côtières du Nunavik (nord du Québec) et du Nunavut où les mammifères marins étaient plus susceptibles d’être consommés, comparativement aux Inuits de Nunatsiavut (dans le nord du Labrador) et de la région désignée des Inuvialuit (dans les Territoires du Nord-Ouest). Au cours de l’Enquête sur la santé des Inuits menée en 2007-2008, les hommes inuits ont déclaré manger de plus grandes portions d’aliments traditionnels et ont mangé ces aliments plus fréquemment que les femmes inuites. De plus, les aînés mangeaient souvent plus de nourriture traditionnelle que les adultes plus jeunes. Lorsque les contaminants ont été mesurés dans le sang des participants à l’Enquête sur la santé des Inuits, les charges corporelles de nombreux POP et métaux étaient fréquemment plus élevées chez les hommes inuits que chez les femmes inuites, souvent jusqu’à deux ou trois fois plus. Les personnes plus âgées avaient tendance à avoir des charges corporelles plus élevées que celles des jeunes.

Les études de modélisation mécaniste peuvent aider à expliquer les résultats des études nordiques en simulant l’exposition des populations indigènes de l’Arctique aux contaminants. Certaines études de modélisation mécaniste ont observé que le principal déterminant de certaines relations entre la charge corporelle et l’âge est le temps écoulé depuis le pic d’exposition pour les contaminants à vie longue dont la production et l’utilisation font l’objet d’accords internationaux, comme les polychlorobiphényles (BCP). Ces tendances de l’âge sont souvent plus prononcées chez les populations arctiques, étant donné que les générations plus âgées de gens du Nord ont tendance à avoir un apport alimentaire plus élevé que les générations plus jeunes, ce qui implique une consommation plus élevée de contaminants tout au long de la vie. Des études de modélisation mécaniste ont également prédit que les Inuits vivant dans le nord du Canada pourraient avoir des expositions POP potentiellement plus importantes en raison de la présence de certains mammifères marins dans leur alimentation.

Ces résultats des études de modélisation mécaniste peuvent aider à expliquer l’observation selon laquelle les niveaux de plusieurs POP (et aussi quelques métaux) étaient généralement deux à onze fois plus élevés chez les hommes et les femmes inuits de l’Enquête sur la santé des Inuits (2007-2008) et de l’Enquête sur la santé des Inuits du Nunavik (2004) par rapport à la population canadienne dans le sud du Canada (2007-2009). Les résultats de l’Étude sur le développement de l’enfant au Nunavik indiquent également que les enfants inuits du Nunavik ont connu des expositions plus élevées au mercure et au plomb que les enfants de la population canadienne en général entre 2000 et 2009.

Travaux futurs dans les études d’exposition

Les études nordiques ont observé que le foetus en développement est sensible à certaines expositions aux contaminants et qu’il existe une préoccupation constante en ce qui concerne les expositions au mercure en particulier. Certains aliments traditionnels sont des sources diététiques importantes de mercure, les poissons prédateurs et des parties spécifiques des mammifères marins en particulier, mais bon nombre de ces aliments traditionnels sont également riches en sources de sélénium et d’autres nutriments. Bien que l’on ait déterminé les tendances temporelles des contaminants chez les femmes inuites du Nunavik grâce à l’échantillonnage continu du sang maternel, des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer les tendances des contaminants chez les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes des trois autres régions inuites. La co-location des études de biosurveillance chez les personnes et les animaux sauvages est également encouragée, car cela permettrait aux chercheurs de créer des liens directs entre les expositions spécifiques sur place et les charges corporelles mesurées.

Il y a aussi un manque de connaissances sur l’importance de consommer des aliments traditionnels spécifiques qui peuvent contenir de fortes concentrations de mercure. La prise en compte continue des intérêts des collectivités du Nord au cours des futures études portant sur les contaminants présents dans les aliments traditionnels garantira que ces expositions spécifiques font l’objet d’une enquête dans le contexte de la question de l’exposition régionale. De plus, cette approche permettrait de s’assurer que toutes les questions importantes liées à la santé, au régime alimentaire ou aux contaminants seront traitées avec les communautés dans le contexte de la santé culturelle le plus approprié.

Certaines recherches indiquent que les aliments traditionnels ne sont peut-être pas la seule source d’exposition aux contaminants pour les habitants du Nord. Les voies d’exposition aux polybromodiphényléthers (PBDE) (un groupe de produits chimiques utilisés comme ignifugeants) semblent varier à travers l’Arctique, et l’association entre les concentrations de PBDE dans le sang humain et la consommation d’aliments traditionnels n’est pas claire. La contribution des sources alimentaires et non diététiques aux expositions aux PBDE dans le nord du Canada justifie une étude plus approfondie afin d’améliorer la compréhension des expositions aux PBDE des aliments traditionnels par rapport à d’autres sources, comme la poussière à la maison.

Comme on l’a noté dans les évaluations précédentes, le cadmium est également une exception, où les hommes et les femmes inuits ont présenté des concentrations sanguines similaires dans chacune des quatre régions inuites du Nord. Le tabagisme, une source importante d’exposition au cadmium, était très répandu parmi les participants de l’Enquête sur la santé des Inuits (2007-2008) et de l’Enquête sur la santé des Inuits du Nunavik (2004), avec environ 70% des personnes étant fumeurs. Les concentrations de cadmium dans le sang parmi les participants à l’étude non-fumeurs de l’Enquête sur la santé des Inuits étaient environ 3 à 10 fois inférieures à celles de la population générale inuite. Des efforts soutenus en faveur de la campagne antitabac sont nécessaires pour aborder cette question de santé publique en cours.

L’identification et les mesures de nouveaux produits chimiques dans le commerce qui pourraient être transportés dans l’Arctique et bioaccumulées dans la faune et la population du Nord sont des besoins de recherche continus qui nécessiteront des investissements de ressources substantiels pour s’assurer que les méthodes sont disponibles pour mesurer ces produits chimiques chez les gens. L’expansion de la biosurveillance dans le Nord pour inclure les produits chimiques qui sont étudiés dans le cadre d’autres programmes nationaux appuierait les efforts de santé publique des groupes de gestion des risques, permettrait potentiellement l’examen des expositions chimiques provenant de sources locales et, plus globalement, fournir une meilleure compréhension du profil complet d’exposition chimique des populations du Nord.

En général, l’interprétation des niveaux humains de contaminants est une entreprise complexe qui nécessite souvent l’utilisation d’outils informatiques pour améliorer la compréhension des données issues des études d’exposition. Il existe de nombreuses applications possibles de ces outils dans l’Arctique qui peuvent aider les gens du Nord à gérer les risques d’exposition et à faire des choix diététiques éclairés. L’investissement continu de ressources pour le développement d’outils informatiques appropriés est encouragé.

Résultats sur la santé liés aux expositions aux contaminants

La mesure des concentrations élevées de contaminants chez les habitants du Nord a soulevé des inquiétudes, car beaucoup de ces contaminants environnementaux répandus sont connus pour leurs effets néfastes sur le développement neurologique. En réponse à cette préoccupation, plusieurs études prospectives de cohortes longitudinales chez des femmes enceintes, des nourrissons et des enfants ont été conduites dans le monde, certaines sur les populations arctiques pour évaluer les effets des expositions prénatales au mercure, aux BPC et au plomb.

Dans cette évaluation, de nombreuses constatations clés concernant les effets des expositions de contaminants prénatals sur la santé de l’enfant au Canada proviennent de l’Étude sur le développement de l’enfant au Nunavik, une étude de cohorte prospective mère-enfant. Entre 2005 et 2010, près de 300 enfants de onze ans au Nunavik ont subi des tests de croissance, de développement visuel, moteur, cognitif et comportemental. Des comparaisons ont été faites avec les résultats de cette cohorte obtenus à un âge plus jeune et aussi avec les résultats rapportés dans des études de cohorte d’enfants dans d’autres pays de l’Arctique circumpolaire.

En outre, les résultats des effets des contaminants sur les résultats pour la santé des adultes dans le nord du Canada proviennent principalement de deux enquêtes transversales sur la santé réalisées au Nunavik en 1992 et 2004. Certaines données préliminaires sont également disponibles dans l’Enquête sur la santé des Inuits (2007-2008) dans les trois autres régions inuites du Nord au Canada.

Les résultats de l’Étude sur le développement de l’enfant au Nunavik suggèrent que la composition des congénères de BCP chez les personnes vivant dans le nord du Canada pourrait avoir moins de toxicité que dans les populations du sud. Avec la mise en oeuvre de la Convention de Stockholm, les concentrations de BCP dans l’environnement devraient maintenant diminuer. Les effets combinés de ces deux facteurs pourraient changer la préoccupation de l’exposition aux BPC sur la santé des habitants du Nord à l’avenir. Des études sur la santé qui examinent les expositions en cours et futures des BPC aux populations autochtones du Nord canadien pourraient confirmer ces hypothèses.

Parallèlement, certains contaminants nouveaux et émergents, comme le sulfonate de perfluorooctane (SPFO) et les PBDE, se retrouvent maintenant dans le biote de l’Arctique et chez les humains. Il existe des preuves préliminaires que les deux groupes de produits chimiques ont des effets potentiels sur la thyroïde et le système endocrinien. Les études du PLCN qui incluent les contaminants nouveaux et émergents permettront au PLCN d’évaluer si la prochaine génération de produits chimiques pourrait devenir un problème de santé dans le Nord.

De nouvelles données relatives au rôle du mercure et des POP sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires recueillies dans plusieurs études transversales menées dans l’Arctique circumpolaire ont également été incohérentes. Ces incohérences peuvent être dues au nombre relativement faible d’échantillons recueillis au cours de chaque étude séparée; Cependant, la combinaison des ensembles de données peut fournir plus de puissance pour élucider les effets potentiels des contaminants sur la santé. De plus, les études circumpolaires à l’extérieur du Canada ont examiné les associations entre le diabète de type 2 et les expositions aux POP. Il est recommandé que les études canadiennes examinent également cette association

Il est de plus en plus évident que certaines formes chimiques de sélénium trouvées dans les aliments traditionnels (avec des concentrations naturellement élevées de sélénium) peuvent être de toxicité plus faible que les autres formes chimiques de sélénium qui se trouvent souvent dans les suppléments diététiques de sélénium, dans l’eau potable ou dans les milieux professionnels . Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur les formes chimiques du sélénium présent dans les régimes nordiques traditionnels riches en sélénium. Alors que le sélénium est un nutriment essentiel pour la santé humaine, il peut également être toxique à des expositions élevées, conduisant à la sélénose. Cependant, dans certains cas, le sélénium s’est avéré être un cofacteur bénéfique pour le mercure et les effets du POP sur le risque de maladie cardiovasculaire. La sélénose n’a pas été spécifiquement observée ou surveillée chez les populations inuites canadiennes. Les avantages et les risques potentiels d’une consommation élevée de sélénium d’un régime traditionnel méritent une enquête plus approfondie.

Communication sur les contaminants

Le PLCN est un modèle de programme de pratiques exemplaires qui appuie le renforcement des capacités et il assure la participation des populations autochtones du Nord à la gestion du programme, à la recherche et à la diffusion de l’information. Depuis les premières années du PLCN, les partenaires autochtones et les autorités sanitaires territoriales et régionales ont entrepris une communication avantages-risques. Les messages sur la santé créés au cours des projets du PLCN se sont concentrés sur la quantité et les types d’aliments traditionnels consommés, ainsi que sur les avantages de la consommation alimentaire traditionnelle. Cependant, la communication des résultats de la recherche et des avis aux collectivités du Nord demeure une tâche difficile en raison de la complexité de l’équilibre entre les avantages sociaux, culturels, économiques, spirituels et nutritionnels de la consommation d’aliments traditionnels et les risques potentiels pour la santé liés à l’exposition aux contaminants.

Des expériences positives de communication des résultats de la recherche dans le Nord ont été trouvées lorsque des études ont été conçues et réalisées dans le cadre d’une approche de partenariat entre les chercheurs et les collectivités du Nord. Les outils efficaces de communication dans le Nord comprennent ceux qui permettent de comprendre facilement les résultats de la recherche et de rendre les résultats accessibles après l’achèvement de l’étude, par exemple par la création de bannières visuelles ou de panneaux affichés dans des lieux publics. D’autre part, les outils de communication qui contiennent des langages scientifiques complexes sont parfois difficiles à comprendre pour les membres de la communauté.

Dans l’ensemble, les avis de santé locaux dans les régions nordiques sont des mesures provisoires importantes pour traiter les expositions des contaminants jusqu’à ce que les concentrations dans les aliments traditionnels diminuent à des niveaux sûrs. Toutefois, la dispersion rapide des messages destinés à un groupe ou à un lieu peut créer de l’anxiété et de la confusion dans d’autres domaines où un avis ne s’applique pas ou n’est pas destiné. En outre, les informations clés peuvent être mal interprétées si le langage est modifié lors de rapports ultérieurs via les médias et les médias sociaux. Une communication continue est donc nécessaire localement pour renforcer la validité des messages destinés à des publics spécifiques et pour éviter la confusion dans d’autres communautés. Il est également nécessaire de mener des évaluations après les activités de communication des risques, afin de s’assurer que les messages ont été diffusés et reçus comme planifié et prévu.

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