Le Laboratoire national de microbiologie lutte contre la résistance du VIH aux médicaments grâce à la recherche et aux tests

7 décembre 2023

 

Vous avez peut-être entendu parler des préoccupations concernant la résistance aux antimicrobiens, qui rend nos antibiotiques moins efficaces, mais saviez-vous que la résistance du VIH aux médicaments (aussi appelée « pharmacorésistance ») est également une menace croissante? Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), jusqu’à 10 % des adultes qui commencent un traitement contre le VIH ont un certain niveau de résistance aux médicaments (ce qui signifie que le virus avait déjà muté pour devenir résistant aux médicaments lorsqu’il leur a été transmis).

Le Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l’Agence de la santé publique du Canada est un chef de file mondial dans la surveillance de la pharmacorésistance du VIH. Les scientifiques du LNM, dirigés par le Dr Hezhao Ji, chef de l’Unité de génétique virale, aident à augmenter la capacité internationale à effectuer des tests de pharmacorésistance du VIH et à trouver de nouvelles méthodes d’analyse plus précises pour protéger la santé des personnes au Canada et ailleurs dans le monde.

Le Dr Hezhao Ji, chef de l’Unité de génétique virale au LNM

Le Dr Hezhao Ji, chef de l’Unité de génétique virale au LNM

Qu’est-ce que la pharmacorésistance du VIH?

Au fil des ans, les progrès réalisés dans le traitement du VIH au moyen de médicaments antirétroviraux efficaces ont transformé le VIH, maladie autrefois mortelle, en une maladie chronique gérable. Les personnes qui en sont atteintes peuvent maintenant vivre longtemps et en santé. Les médicaments antirétroviraux fonctionnent en réduisant la charge virale dans le corps à un niveau indétectable (apprenez-en plus sur le principe Indétectable = Intransmissible). Toutefois, une pharmacorésistance peut survenir lorsque ces médicaments sont utilisés de façon accrue.

Dans certaines circonstances, par exemple si le médicament n’est pas pris régulièrement ou selon l’ordonnance, le virus peut recommencer à se reproduire. Lorsque le virus reproduit son matériel génétique, des erreurs peuvent se produire, et certaines de ces erreurs entraînent des mutations. Le virus mutant peut devenir dominant et échapper aux médicaments antirétroviraux, surtout lorsque les médicaments présents dans le corps sont inférieurs au niveau nécessaire pour la suppression de la charge virale. Chez les patients dont le traitement ne supprime plus la charge virale, la prévalence de la résistance aux médicaments couramment utilisés contre le VIH peut varier de 50 % à 97 %. Bien que la pharmacorésistance du VIH soit le principal facteur menant à l’échec du traitement, d’autres facteurs sont en cause, dont une mauvaise observance pendant la prise de médicaments, une dose inadéquate découlant d’une mauvaise observance ou d’une prescription inexacte et des variations individuelles entre les patients. La pharmacorésistance du VIH et l’échec du traitement qu’elle cause peuvent avoir de graves conséquences, notamment des maladies associées au VIH et la mort. De plus, cela signifie que le virus peut être transmis plus facilement, ce qui entraîne une augmentation de la transmission du VIH.

Un réseau mondial de laboratoires surveille la pharmacorésistance du VIH

La pharmacorésistance du VIH est surveillée au moyen de tests génotypiques, qui peuvent déterminer si les mutations responsables de la pharmacorésistance connues sont présentes, puis prédire si les médicaments seront efficaces. Le LNM fait partie du réseau mondial de laboratoires de l’OMS sur la pharmacorésistance du VIH (en anglais seulement), composé de 34 laboratoires désignés par l’OMS qui surveillent la pharmacorésistance du VIH dans différentes régions du monde. Le LNM a été le premier laboratoire nord-américain désigné par l’OMS en 2007. Il est l’un de six laboratoires spécialisés au sein de ce réseau (le Canada en a deux et est le seul pays à en avoir plus d’un) et assume certaines fonctions essentielles comme la recherche opérationnelle, la formation technique et l’analyse d’échantillons pour les pays qui n’en ont pas la capacité.

Le LNM contribue activement aux efforts mondiaux de lutte contre la pharmacorésistance du VIH en élaborant de nouvelles lignes directrices sur les tests, en aidant à renforcer la capacité des laboratoires dans d’autres pays et en aidant l’OMS à évaluer d’autres laboratoires qui souhaitent devenir membres du réseau mondial.

De nouvelles technologies pour obtenir des tests de pharmacorésistance du VIH plus précis

Le Dr Ji est un expert de renommée internationale dans ce domaine et a apporté une contribution importante aux efforts mondiaux de lutte contre la pharmacorésistance du VIH. En tant que chef du programme sur la pharmacorésistance du VIH au LNM et en tant que membre de deux groupes de travail au sein du réseau de l’OMS sur la pharmacorésistance du VIH, ses travaux de recherche portent sur la mise au point de nouvelles techniques pour rendre les tests de pharmacorésistance du VIH plus rentables, rapides et précis.

« C’est gratifiant de voir que nos travaux de recherche font une différence dans ce domaine », déclare le Dr Ji. « En tant que scientifique, je veux utiliser mon expertise pour améliorer la vie des gens. C’est ce qui me tient le plus à cœur dans mon travail. »

Les méthodes classiques d’analyse de la pharmacorésistance du VIH permettent de détecter des mutations pharmacorésistantes présentes à des taux de 20 % et plus. Le Dr Ji et son équipe ont mis au point une technique permettant de détecter des variants pharmacorésistants présents à des taux aussi faibles que 1 % au moyen d’une nouvelle technologie appelée séquençage à haut débit. Ce type de sensibilité est important, car ces variants peuvent être présents dans le corps d’une personne à seulement 1 % sans médicaments, mais ils peuvent se développer et devenir dominants lorsque des médicaments inefficaces sont utilisés, ce qui entraîne l’échec du traitement. Cette sensibilité accrue dans la détection de faibles taux de variants pharmacorésistants peut aider les fournisseurs de soins de santé à choisir les médicaments les plus efficaces pour supprimer la charge virale chez les patients.

Le LNM mène une initiative internationale visant à normaliser la technologie de génotypage du VIH fondée sur le séquençage à haut débit pour une adoption plus généralisée. Pour atteindre cet objectif, le LNM a organisé deux symposiums internationaux en 2018 et en 2019, qui ont réuni de grands spécialistes du monde entier dans le but d’établir des lignes directrices opérationnelles pour cette méthode avancée. Dans le cadre du symposium de 2018, des lignes directrices détaillées sur l’analyse des données relatives à cette méthode ont été formulées et sont maintenant connues sous le nom de Consensus de Winnipeg (en anglais seulement).

La méthode d’analyse des gouttes de sang séché améliore l’accessibilité

Le plasma, soit la partie liquide du sang, est l’échantillon privilégié pour les tests de pharmacorésistance du VIH. Toutefois, il n’est pas toujours pratique d’utiliser ce type d’échantillon dans des contextes où les ressources sont limitées. Les gouttes de sang séché sont de plus en plus utilisées comme type d’échantillon de rechange pour les analyses. Les premières lignes directrices de l’OMS sur les tests de pharmacorésistance du VIH réalisés à l’aide d’échantillons de gouttes de sang séché, qui ont été publiées en 2007, reposaient sur le protocole initialement élaboré au LNM. Cette méthode simple permet de surveiller plus facilement la pharmacorésistance du VIH dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Elle contribue également à remédier aux inégalités en matière de santé au Canada, surtout pour les personnes vivant dans des collectivités nordiques, éloignées et isolées sans accès immédiat à des installations de réalisation de tests.

Scientifique qui effectue l’analyse de gouttes de sang séché.

Scientifique qui effectue l’analyse de gouttes de sang séché.

Paul Sandstrom (Ph. D.), directeur des Laboratoires des infections transmissibles sexuellement et par le sang du LNM, cite le programme sur la pharmacorésistance du VIH comme l’un des exemples qui explique comment le LNM est devenu un centre d’excellence de renommée internationale en matière de recherche sur le VIH.

Paul Sandstrom (Ph. D.), directeur, Laboratoires des infections transmissibles sexuellement et par le sang, LNM

Paul Sandstrom (Ph. D.), directeur, Laboratoires des infections transmissibles sexuellement et par le sang, LNM

« Je suis extrêmement fier du rôle que le LNM a joué dans ce domaine. Nous considérons que cela fait partie des services que nous rendons à la population du Canada et du monde entier », déclare M. Sandstrom.