Allocution de la cérémonie
pour
Dre Mona Nemer
Conseillère scientifique en chef du Canada
Grade honorifique
Université Western Ontario
London, Ontario
12 juin 2024
La version prononcée fait foi
Chancelière Meighan, président Shepard, collègues, distingués invités, famille et amis et, tout particulièrement, membres de la cohorte de 2024, bonjour! Bonjour à toutes et à tous. Je suis vraiment ravie d’être parmi vous.
Il est merveilleux pour moi de me retrouver ici, dans cet établissement prestigieux dont les diplômés ont tant contribué à la riche histoire de notre pays en matière de réalisations scientifiques et d’innovation. De Jennifer Gunter à Donald Charlton Bradley et Robert Dynes, en passant par deux astronautes canadiens chevronnés, Bjarni Tryggvason et Roberta Bondar, le personnel et la recherche de l’Université Western ont contribué à faire du Canada une puissance scientifique sur la scène mondiale.
J’ai apprécié les nombreuses visites que j’ai effectuées ici au fil des ans, que ce soit pour participer à des activités professionnelles ou pour rendre visite à des collaborateurs, à des collègues avec lesquels j’ai suivi une formation ou à mes propres stagiaires.
J’aimerais donc remercier toute la communauté de l’Université Western et, plus précisément, la Faculté des sciences, pour ce grand honneur qui m’est accordé aujourd’hui. J’aimerais également remercier les nombreuses personnes qui m’entourent et qui continuent de façonner ma vie et ma carrière, ma famille qui me soutient, mes mentors qui m’inspirent, mes étudiants exceptionnels et mes superbes collaborateurs. Je remercie évidemment la cohorte des sciences de 2024 : merci de me permettre de partager la scène avec vous en ce jour mémorable. C’est votre journée.
En tant que pédagogue, je chéris les occasions qui me sont données de parler aux jeunes et de leur transmettre ma propre expérience du monde de la science. Je suis toujours ravie de constater à quel point ils sont enthousiastes et remplis d’une énergie qui leur permettra de faire la différence dans le monde. La science nous fournit les connaissances et l’inspiration nécessaires pour parvenir. Comme beaucoup d’entre vous le découvriront sans doute, le domaine des sciences vous conduit parfois sur des chemins imprévisibles et passionnants. Le mien en est un exemple.
Je suis arrivée en Amérique du Nord après avoir fui la guerre civile dans mon pays d’origine, le Liban. Je fréquentais l’université à l’époque, mais le conflit s’est aggravé à un point tel que Beyrouth est devenu un endroit très dangereux. En 1976, le campus était bombardé quotidiennement et je passais plus de temps dans les abris qu’en classe.
Vous voyez, je connais par expérience les répercussions destructives de la guerre sur la vie des gens. Ce que les médias nous présentent actuellement sur la violence qui sévit au Moyen-Orient et dans d’autres pays ravagés par la guerre n’est qu’une fraction de la dévastation qui persistera longtemps après le retour de la paix. Pour tant de jeunes survivants, la possibilité de recevoir une éducation et de construire un avenir chez eux risque d’être anéantie. De nombreux rêves seront brisés. Très peu de ces personnes auront la chance, que j’ai eue, de réaliser leurs aspirations ailleurs dans le monde.
C’est cette sombre perspective qui m’a poussée à quitter le Liban pour poursuivre mes études universitaires. J’ai entrepris mon voyage transatlantique seule, avec une petite valise et un grand rêve.
Une fois mon doctorat en chimie obtenu, on m’a proposé un poste de professeure à l’Université Johns Hopkins : une opportunité passionnante, certes, mais que j’ai dû refuser. Mes recherches sur la chimie de l’acide ribonucléique avaient fait naître en moi un grand intérêt pour l’industrie biotechnologique, qui était alors en plein essor, même s’il me manquait manifestement la partie « bio ».
Cela n’avait finalement pas beaucoup d’importance tant que j’étais prête à continuer à apprendre. C’est ce que j’ai fait. J’ai donc travaillé au sein de l’industrie pendant un an, après quoi je suis retournée à l’université pour poursuivre mes études en biologie et en physiologie. Cette décision de combiner la chimie et la biologie en me perfectionnant dans le nouveau domaine de la biologie moléculaire a façonné ma carrière à bien des égards.
Je dois admettre qu’il a été difficile de sortir de ma zone de confort, mais j’ai appris à interagir avec des personnes issues d’autres disciplines. J’ai également appris à réunir des opinions et des expertises différentes de celles de mes collègues. Ces compétences m’ont ouvert des portes et elles me sont certainement utiles dans mes fonctions actuelles. Qu’il soit question de conseiller le premier ministre, de parler à des journalistes ou de représenter le Canada dans des missions diplomatiques à travers le monde, mes bonnes aptitudes en communication, mon ouverture d’esprit et ma capacité d’adaptation me permettent de bâtir des ponts et d’atteindre mes objectifs.
Je vous raconte mon histoire pour illustrer l’importance de prendre des décisions non conventionnelles et d’emprunter le chemin le moins fréquenté. À certains moments de mes études et de ma carrière, je n’avais pas de plan solide. Il y a eu des moments où l’on m’a dit que je faisais de grosses erreurs professionnelles ou que je prenais des risques inutiles, « surtout pour une femme » selon certains.
Chacune de ces soi-disant erreurs a pourtant conduit à des réussites inattendues, et chaque succès en cours de route a renforcé ma confiance en ma capacité à relever de nouveaux défis et à apporter une contribution nouvelle et inattendue.
Le fait est que je n’ai jamais assumé un rôle pour lequel j’étais parfaitement qualifiée dès le premier jour, et j’en suis très reconnaissante. Après tout, par définition, « parfait » signifie littéralement « achevé », ce qui pourrait porter à croire qu’il y a peu de place pour la créativité et l’innovation dans le travail. En outre, la réussite dépend rarement d’une seule personne : elle est le fruit d’un travail d’équipe. Alors, détendez-vous!
Lorsque je suis devenue vice-présidente de la recherche à l’Université d’Ottawa, j’en savais beaucoup sur la recherche, grâce à mon expérience à l’Institut de recherches cliniques, mais peu sur le leadership universitaire. J’ai accepté le poste et j’ai appris autant que j’ai donné en retour.
Lorsqu’on m’a proposé le rôle de conseillère scientifique en chef du Canada, je ne savais pas comment fonctionnait le gouvernement. Cependant, j’ai toujours été passionnée par la promotion de la science et la mobilisation des connaissances au profit de la société. J’ai eu la chance de créer une équipe et de définir ce nouveau rôle, mais j’ai dû apprendre beaucoup sur la façon dont les politiques sont élaborées et sur le fonctionnement du gouvernement.
Chers diplômés, n’hésitez jamais à envisager un emploi ou une nouvelle carrière simplement parce que vous ne possédez pas toute la formation ou l’expérience requise. J’aimerais insister sur ce point, en particulier pour les femmes présentes dans la salle.
Les diplômés en sciences sous-estiment souvent la rigueur, les compétences analytiques, la capacité à travailler en équipe et l’aptitude à résoudre les problèmes qu’ils ont acquis au cours de leur formation. C’est ce que l’on appelle les « compétences transférables », que tous les employeurs valorisent. Regardez au-delà de votre domaine technique. Nous avons besoin de scientifiques partout, et non seulement dans les laboratoires, les instituts de recherche ou les centres universitaires. Les banques, les compagnies d’assurance et les investisseurs dans le capital de risque ont besoin de vous. Nous avons besoin de vous pour créer et faire prospérer des entreprises. Quant aux gouvernements, ils ont de plus en plus besoin de vous pour élaborer leurs politiques.
Nous avons besoin de professionnels ayant reçu une formation scientifique dans tous les secteurs, du journalisme à la diplomatie internationale, en passant par le droit.
Ces compétences sont essentielles dans le monde d’aujourd’hui, où la prospérité dépend de la science et de la technologie et où la collaboration internationale n’a jamais été aussi importante pour relever les défis complexes auxquels nous sommes confrontés.
Ces défis peuvent parfois sembler insurmontables, mais la science joue un rôle énorme en permettant d’atténuer la mauvaise information et la désinformation, de surmonter les dissensions idéologiques, d’unir les gens et d’apporter des changements positifs.
Pensez au projet du génome humain. Ou à la Station spatiale internationale. Ou encore à SESAME, le projet d’accélérateur de particules au Moyen-Orient dont la devise est « la science au service de la paix ».
Cet accélérateur de particules est d’ailleurs partagé. Il s’agit du résultat d’un effort de collaboration, qui n’appartient à aucun pays.
L’Égypte, l’Iran, Israël et la Palestine y participent.
C’est bien cela : la science pour la paix.
Ce que SESAME et toutes ces initiatives incroyables nous montrent, c’est que la science peut nous aider à trouver des objectifs et des souhaits communs, même au milieu de différences apparemment insurmontables. La science nous donne l’espoir que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui.
Lorsque vous entreprendrez les prochaines étapes de votre vie, qu’il s’agisse de poursuivre vos études ou de partir à la découverte du monde, j’espère que vous aurez l’occasion d’utiliser votre formation scientifique pour promouvoir un changement social positif dans le monde.
Vous n’êtes pas seulement les leaders de demain. Vous avez le pouvoir d’être les leaders d’aujourd’hui.
Je vous encourage à partager votre science, vos découvertes et vos connaissances dans l’intérêt public. Mettez votre expertise au service de votre pays, au-delà de ses frontières et dans le monde entier, à votre manière. Votre formation peut favoriser le dialogue et la collaboration, renforcer la confiance dans nos institutions publiques et promouvoir la compréhension au-delà des frontières culturelles, sociales et géographiques.
Je vous souhaite beaucoup de succès et d’épanouissement dans vos projets à venir. Merci, félicitations encore, et bonne chance à la cohorte de 2024!