Réunion 43 du groupe d’experts de la CSC sur la COVID-19


Dans le cadre de la réponse à la pandémie de COVID 19, la conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a créé le groupe d’experts sur la COVID 19 afin de l’informer des développements scientifiques les plus récents et les plus pertinents. Ces renseignements aident la CSC à fournir au premier ministre et au gouvernement des conseils actualisés, interdisciplinaires et indépendants.


Vue d’ensemble des discussions

Tenue par MS Teams le 30 avril 2021

 

La discussion qui suit tient compte des données probantes et des connaissances scientifiques en date du 29 avril 2021.

Sommaire

  • Cette réunion a pour objectif de discuter de l’assouplissement des restrictions et de la réouverture de l’économie.
  • La couverture vaccinale seule n’est pas nécessairement une bonne mesure de l’incidence de l’assouplissement des restrictions; les taux d’hospitalisation doivent également être pris en compte. Le seuil cible de l’immunité collective n’est pas encore clairement défini et pourrait évoluer au fil du temps.
  • Il faudra peut être poursuivre les efforts visant à vacciner la plus grande partie possible de la population.
  • Les écoles et les établissements de soins de longue durée devraient être prioritaires pour une réouverture en toute sécurité, et le dépistage rapide pourrait être un outil utile pour faciliter cette réouverture.
  • Les arguments en faveur d’une vaccination obligatoire contre la COVID 19 chez les enfants sont complexes, étant donné que les avantages qu’ils tirent des vaccins sont pour la plupart indirects.

Experts participants

  • Mona Nemer, Ph. D., conseillère scientifique en chef du Canada (présidente)

Modélisation des maladies

  • Caroline Colijn, Ph. D, Université Simon Fraser
  • Daniel Coombs, Ph. D., Université de la Colombie Britannique

Sciences du risque et du comportement

  • Daniel Krewski, Ph. D., Université d’Ottawa
  • Kim Lavoie, Ph. D., Université du Québec à Montréal
  • Steven Taylor, Ph. D., Université de Colombie Britannique

Sciences biomédicales et cliniques

  • Eleanor Fish, Ph. D., Université de Toronto
  • Joanne Langley, M.D., Université Dalhousie
  • Salah Mahmud, M.D., Ph. D., Université du Manitoba
  • Allison McGeer, M.D., Hôpital Mont Sinaï, Université de Toronto
  • Samira Mubareka, M.D., Institut de recherche Sunnybrook
  • Caroline Quach-Thahn, M.D., Université de Montréal
  • Supriya Sharma, M.D., Santé Canada
  • Cara Tannenbaum, M.D., Université de Montréal, Conseillère scientifique ministérielle de Santé Canada

Invités participants

  • Vivek Goel, M.D., Université de Toronto
  • Rosa Stalteri, M.Sc., Réseau CanCOVID

Autre

  • Lori Engler-Todd, M.Sc., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
  • Vanessa Sung, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
  • Priya Gurnani, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)

Gérer la réouverture

Les principaux sujets de préoccupation ont été abordés dans le cadre d’une stratégie de réouverture sûre, notamment l’augmentation des taux de vaccination, les paramètres appropriés pour faciliter le confinement, le rôle des tests de dépistage rapides et les contextes pertinents pour la vaccination obligatoire.

Considérations sur les sciences du comportement

  • Les gens sont naturellement motivés par les choses qui leur profitent directement et évitent celles qui ne leur profitent pas. Mettre l’accent sur les effets bénéfiques de la vaccination pour tous, tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de garantie, peut aider les gens à prendre des décisions en connaissance de cause.
    • La mesure de santé publique la plus problématique relevée par les personnes sondées dans le cadre d’une étude iCARENote de bas de page 1 était l’impossibilité de se réunir avec des amis et des membres de la famille. Il pourrait être utile d’insister sur les avantages d’un taux de vaccination élevé pour faciliter le retour aux réunions sociales.
  • Les critères de réouverture fixés par le gouvernement pourraient donner aux gens un objectif collectif à atteindre et renforcer l’adhésion aux mesures de santé publique. Il est plus difficile pour les gens de faire des sacrifices sans avoir d’objectif à atteindre.

Augmenter les taux de vaccination

  • Compte tenu des incertitudes liées aux nouveaux variants préoccupants et à l’efficacité des vaccins (p. ex. prévention de l’infection ou prévention de la maladie grave), l’immunité collective est une cible mouvante. Plutôt que de viser un pourcentage de la population, il serait plus judicieux d’encourager la vaccination de toutes les personnes admissibles.
    • Une meilleure compréhension de la transmissibilité des variants préoccupants permettrait de mieux déterminer la couverture vaccinale requise.
    • Dans le contexte actuel, si les restrictions sont levées une fois que 75 % de la population adulte est vaccinée, il est probable qu’une vague d’infections touchera les jeunes. Comme ils ne seront pas très malades et que les tests de dépistage sont principalement limités aux cas symptomatiques, le virus pourrait circuler sans être détecté.
  • L’intention de vacciner est une question d’évaluation du risque de maladie par rapport au risque lié au vaccin. L’objectif devrait être d’aider les Canadiens à prendre des décisions éclairées en matière de vaccination, en tenant compte de leurs préoccupations, compte tenu de l’évolution rapide des données (ou, dans certains cas, de leur absence).
    • Les médias ont accordé une grande attention aux effets secondaires potentiels des vaccins, tandis que la communication de la santé publique a été confuse et contradictoire. Cela a créé un certain niveau d’anxiété à l’égard des vaccins au sein du public.
    • Il faut insister davantage sur les effets positifs de la vaccination et sur ce qui pourrait se produire si les gens ne se faisaient pas vacciner (selon l’endroit où ils vivent, le risque de contracter la COVID 19 peut être très élevé).
    • En fin de compte, le meilleur résultat est que les gens se sentent bien dans leur décision de se faire vacciner en fonction de tous les renseignements dont ils disposent.
  • L’hésitation vaccinale n’est pas synonyme d’« anti vaccin »; il existe des personnes bien informées, mais qui ont des doutes sur le vaccin contre la COVID 19. Il s’agit d’une partie de la population qui hésite et qui dit un « oui » ambivalent au vaccin, et dont l’opinion tend à varier selon les renseignements diffusés par les médias.
  • Avec l’amélioration de l’offre de vaccins, il faudra trouver un équilibre entre l’encouragement à prendre la première dose et l’augmentation des taux d’administration de la deuxième dose chez les personnes hésitantes.
  • Actuellement, les données sur l’efficacité du vaccin après la première dose au Canada sont peu nombreuses. Les experts ont souligné que les données préliminaires (qui n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation par les pairs) laissent entendre qu’une dose de vaccin est efficace à environ 67 % pour prévenir l’infection par la souche actuelle du virus.

Critères, mesures et stratégies de réouverture

  • Les indicateurs de réouverture ne sont pas uniquement liés aux taux de vaccination, mais également à la capacité du système de santé (p. ex. si la couverture vaccinale est de 75 % et que les unités de soins intensifs sont toujours pleines, il ne serait pas souhaitable de lever les mesures).
  • Le taux de positivité a des limites, étant donné qu’il dépend du nombre de personnes testées.
  • Un plan de réouverture progressive et d’assouplissement des mesures permettrait d’observer et d’apprendre au cas où les taux d’infection augmenteraient. Les interventions non pharmaceutiques, les comportements protecteurs, les tests de dépistage, la recherche des contacts et la vaccination devraient se poursuivre.
  • Les populations prioritaires à considérer pour la réouverture devraient être les jeunes et les résidents des centres de soins de longue durée qui ont perdu tout contact social. Les ressources disponibles, telles que les tests rapides, devraient être orientées vers les écoles et les établissements de soins de longue durée.
  • IsraëlNote de bas de page 2 (55 % de la population entièrement vaccinée) et le Royaume UniNote de bas de page 3 (68 % des adultes ayant reçu une dose) peuvent servir de modèles de sociétés comparables et nous éclairer sur les modalités de réouverture et sur ce à quoi il faut s’attendre.

Le rôle des tests de dépistage dans l’assouplissement des restrictions

  • Si les vaccins retiennent l’attention du public, les tests de dépistage devront également faire partie de la stratégie de réouverture.
  • Les tests de dépistage rapide constituent un outil très pertinent susceptible de jouer un rôle en facilitant le confinement et la réouverture dans certains contextes.
    • Les tests de dépistage rapide sont utiles dans les zones rurales et isolées, où l’accès aux tests PCR est limité.
    • Les tests de dépistage rapide pourraient être utiles dans les grands rassemblements. Par exemple, un test de dépistage rapide à domicile a récemment été utilisé lors d’un match de la NBA aux États Unis, où les billets incluaient le prix du test et où les spectateurs se sont autodépistés avant d’assister au matchNote de bas de page 4.
    • Les tests de dépistage rapide sont utiles en cas d’épidémies et dans le contexte d’une forte propagation communautaire, et ils pourraient être déployés de manière sélective.
  • Santé Canada a récemment délivré une « autorisation avec conditions » pour son premier test de détection moléculaire à usage unique à domicile (LUCIRA™ CHECK IT COVID 19 Self Test) qui peut être acheté sans ordonnanceNote de bas de page 5.

Considérations relatives à la vaccination obligatoire contre la COVID 19 dans les écoles

  • Au Canada, à ce jour, aucun gouvernement n’a rendu obligatoire la vaccination contre la COVID 19 pour les enfants fréquentant l’école. Afin de permettre la réouverture sécuritaire des écoles, il convient de déterminer si la vaccination obligatoire contre la COVID 19 pourrait être appropriée d’un point de vue scientifique, et dans quels contextes.
    • Les avantages de la vaccination obligatoire devraient être mis en balance avec les éventuels problèmes éthiques/juridiques soulevés et la difficulté d’atteindre des taux de vaccination très élevés dans la population générale (p. ex. 90 %) afin de faciliter la réouverture des écoles dans de bonnes conditions de sécurité.
  • Au rythme actuel de vaccination, on s’attend à ce que les adolescents soient vaccinés d’ici la rentrée scolaire de l’automne 2021.
  • Alors que la vaccination obligatoire pour les enfants a toujours été efficace pour encourager des niveaux élevés de participation, l’obligation de faire vacciner les enfants contre la COVID 19 est une question complexe.
    • On ne sait pas encore si la COVID longue touche les enfants. Les études en cours permettront d’en savoir plus à l’avenir, mais les données disponibles jusqu’à présent permettent de croire que la majorité des enfants ne sont généralement pas très malades à cause de la COVID 19. En outre, les avantages du vaccin pour les enfants peuvent être largement indirects (c’est à dire qu’ils profitent aux adultes et aux membres de la famille qui les entourent, ainsi qu’à la société, qui bénéficie d’une immunité collective). Cette situation est différente de celle de la vaccination contre une maladie infantile grave où le bénéfice pour la santé de l’individu est évident.
    • D’autre part, la COVID 19 a eu une incidence considérable sur la santé sociale et mentale des enfants, y compris la perte de l’éducation en personne, de la socialisation avec les amis et la famille, des sports en salle, et l’absence d’activités quotidiennes régulières qui pourrait avoir des conséquences à long terme sur le développement de certains enfants et jeunes. Les mesures qui accélèrent la réouverture de la société leur seraient très bénéfiques.