Sciences océanographiques et politique océanique : Un partenariat diversifié

Notes d’allocution

Mme Mona Nemer
Conseillère scientifique en chef du Canada

Sciences océanographiques et politique océanique : Un partenariat diversifié

Forum de l’Alliance transatlantique pour la recherche et l’innovation océaniques 2024

Musée canadien de la nature
Ottawa, Ontario
10 octobre 2024

La version prononcée fait foi


Bonjour tout le monde. C’est un plaisir d’être avec tant de collègues qui se passionnent pour la santé de nos océans.

Je vous remercie de m’avoir invitée à vous accompagner dans ce lieu merveilleux.

Le Musée canadien de la nature a été créé en 1856, 11 ans avant la fondation du Canada!

Je me plais à croire qu’il reflète la longue histoire du pays en matière de recherche scientifique et d’excellence, une histoire que vous connaissez probablement déjà.

Au moyen d’expositions exceptionnelles et de recherches passionnantes en cours sur la découverte d’espèces, l’exploration de l’Arctique et plus encore, mon amie Danika Goosney, présidente-directrice générale du Musée, a donné ici un nouveau souffle de vitalité.

Je tiens à remercier Danika et le Musée d’avoir partagé leurs locaux avec nous.

Et je tiens à remercier Pêches et Océans Canada d’avoir organisé cet événement, en particulier la sous-ministre adjointe Arran McPherson.

Merci Arran pour votre travail acharné et félicitations à vous et au comité organisateur pour la tenue de cette excellente conférence.

Comme vous le savez peut-être, je ne suis pas une spécialiste des sciences de la mer, mais j’admire le travail que vous faites tous.

Depuis que j’occupe le poste de conseillère scientifique en chef du Canada, j’ai très souvent analysé des questions relatives aux océans et des avis scientifiques.

En voici quelques exemples :

  • la gestion de l’aquaculture;
  • la protection de la biodiversité;
  • les voies de transport et les mammifères marins;
  • les explorations en eaux profondes;
  • la pollution plastique et microplastique;
  • la dégradation côtière et
  • l’interaction entre les océans et le changement climatique.

Je suis certaine qu’ils vous interpellent.

Pour le Canada et pour de nombreuses nations représentées ici, une meilleure connaissance de nos océans est tout simplement essentielle. Il est bien connu que le Canada possède le plus long littoral du monde.

Permettez-moi toutefois de mettre les choses en perspective.

La frontière terrestre du Canada est aussi la plus longue au monde, et elle nous sépare d’un seul voisin.

La frontière canado-américaine s’étend sur près de 9 000 kilomètres.

En revanche, le littoral international du Canada, qui englobe les océans Atlantique, Arctique et Pacifique, est 27 fois plus long.

Il mesure plus de 240 000 kilomètres.

Cela fait du Canada un voisin avec un grand nombre de nations sur trois continents.

Parce que nous sommes le plus grand pays côtier du monde, nous subissons directement, comme plusieurs autres, les effets dévastateurs de l’augmentation de l’activité maritime et de la hausse de la température de l’eau sur la capacité de l’océan à maintenir la vie et à répondre aux besoins humains.

Sans oublier l’effet domino sur le climat, l’agriculture, les infrastructures et les communautés. Il suffit de penser à la tragédie qui se déroule actuellement en Floride. ( NOTE: Le passage de l’ouragan Milton)

L’océan nous confronte à des défis complexes, mais il peut aussi offrir des solutions inexploitées à de nombreux problèmes mondiaux.

Ces aspects dépassent de loin ce qu’une seule nation peut gérer.

Dans le cas de l'océan, l'adage « on récolte ce que l'on sème » s'applique littéralement. Ce qui se passe sur vos rives nous affecte et vice versa.

C’est pourquoi les sciences océanographiques doivent avoir une dimension planétaire. La science est essentielle à la connaissance spatiale et longitudinale des nombreuses complexités de nos océans, ainsi qu’à l’orientation de nos politiques et au suivi des progrès réalisés vers l’atteinte de nos objectifs.

C’est pourquoi la recherche océanographique est une priorité stratégique pour le Canada.

De plus, la coopération internationale et la collaboration scientifique sont essentielles à l’approche du Canada.

J’espère qu’il est maintenant clair pour tout le monde ici que la recherche océanique au Canada ou la recherche que le Canada parraine ou à laquelle il participe est vaste et exhaustive.

Cette recherche est également menée à l’échelle du pays par un large éventail d’organisations, comme des laboratoires gouvernementaux, des laboratoires privés ou universitaires, sans compter les recherches effectuées dans des communautés et par celles-ci.

Les programmes de financement qui appuient la recherche océanique encouragent tous la collaboration internationale, et leur principale infrastructure de recherche accueille des collaborateurs du monde entier.

Sans énumérer tout le travail que nous accomplissons, permettez-moi de souligner quelques programmes intéressants qui mettent en contact des chercheurs et des innovateurs de partout au pays et dans le monde.

Commençons par la Supergrappe de l’économie océanique du Canada, une initiative dirigée par l’industrie visant à accélérer la commercialisation des technologies et de l’innovation océaniques.

La Supergrappe de l’économie océanique est une pierre angulaire de la Stratégie de l’économie bleue élaborée par Pêches et Océans Canada.

Ocean Networks Canada, un chef de file mondial de l’observation des océans et de la collecte de données en temps réel, en est un autre exemple.

Ces organismes conservent une mine de données océaniques accessibles aux chercheurs d’ici et du monde entier. Je reviendrai sous peu aux données et à la science ouverte.

Au cours de la dernière année, le gouvernement fédéral a annoncé une aide financière importante, au moyen du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada, pour plusieurs consortiums de recherche qui mettent les océans à l’avant-plan.

Cela s’ajoute au financement renouvelé pour ArcticNet.

Les chercheurs de ces réseaux travaillent avec des communautés autochtones, des industries et des partenaires internationaux, rassemblant diverses expertises allant de l’océanographie à l’ingénierie, en passant par la justice sociale.

Je suppose que bon nombre d’entre vous sont déjà des collaborateurs, mais si ce n’est pas le cas, vous êtes les bienvenus!

Je ne mentionne pas ces aspects pour nous vanter – après tout, les Canadiens sont reconnus pour leur modestie –, mais il s’agit là de moyens concrets par lesquels nous affirmons notre engagement à l’égard de la coopération internationale.

Parce que lorsque nous mettons en commun des données et des infrastructures, nous augmentons notre accès aux connaissances et à l’équipement spécialisé, ce qui accélère la recherche et stimule l’innovation.

En ouvrant notre science au monde, qu’il s’agisse de nos publications, de nos données d’observation ou de nos installations uniques, nous permettons aussi à d’autres de poursuivre nos travaux.

Nous soutenons également le renforcement des capacités afin que plus de pays et plus de chercheurs participent à l’entreprise scientifique et en tirent avantage.

L’accès équitable à la science n’est pas seulement bon pour la science, il est essentiel pour renforcer la confiance du public et la solidarité mondiale.

Un financement stable des programmes et de l’infrastructure de recherche, y compris les bases de données, est également essentiel.

En ce qui concerne la recherche internationale qui nécessite une importante collecte et de nombreuses analyses, les ententes relatives à la gouvernance des données, à l’accès aux données et à leur échange sont également essentielles.

C’est pourquoi une alliance multilatérale comme la vôtre est de plus en plus importante pour coordonner les activités de recherche et harmoniser la collecte de données dans un secteur.

C’est aussi pourquoi les ministres des Sciences du G7 et du G20 ont appelé à plusieurs reprises à une science ouverte, à la mise en commun de données dans des secteurs clés comme la santé et l’environnement, et au cofinancement de grandes infrastructures.

L’un des avantages les plus importants de la science océanographique que nous réalisons ensemble est qu’elle peut mener à une meilleure prise de décisions par nos gouvernements.

À titre de conseillère scientifique en chef du Canada, il s’agit là du message clé que je vous livre aujourd’hui.

Les répercussions stratégiques de la science ne sont pas toujours une priorité pour bon nombre d’entre nous dans le cadre de nos recherches, mais elles peuvent constituer certains des avantages sociétaux les plus immédiats de notre travail.

Alors que nous exigeons de plus en plus de politiques et de mesures fondées sur des données probantes, nous devons être conscients que nous avons également un rôle à jouer dans l’intégration et la communication des données probantes au public et à nos fonctionnaires.

Le milieu scientifique a véritablement répondu à l’appel pendant la pandémie de COVID-19 et un dialogue productif avec nos gouvernements et nos citoyens a été entamé.

Je ne saurais trop insister sur l’importance de tirer avantage de l’élan et de la volonté générés pour poursuivre le dialogue avec les scientifiques au sujet des politiques publiques.

Tous les pays revendiquent la souveraineté sur leurs eaux extracôtières, et chaque pays a des priorités politiques et économiques différentes pour ces régions.

Mais l’eau ne connaît pas de frontières. Il en va de même pour la faune et le climat.

Les océans sont une ressource commune et un défi commun. Ce qui se passe dans un pays touche tout le monde.

Heureusement, la science ne connaît pas non plus de frontières.

Le langage scientifique et la recherche d’une meilleure connaissance de nos océans constituent le fondement d’une compréhension commune et d’une harmonisation des politiques.

Plus tôt cette année, j’ai accueilli les principaux conseillers scientifiques de l’Australie, des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni.

Dans notre déclaration commune, nous avons réitéré notre engagement à tirer parti des sciences et de la technologie pour relever les plus grands défis de notre époque.

Par ailleurs, tous les conseillers scientifiques des pays membres de l’alliance sont d’accord avec cette déclaration.

Pour ne donner qu’un exemple du pouvoir des mesures communes, pensons à la création de la Charte sur les plastiques dans les océans en 2018, qui vise à éliminer la pollution plastique marine, auquel le Canada a contribué.

À ce jour, 28 gouvernements ont approuvé la charte, tout comme 75 entreprises et organisations dans le monde.

Il s’agit d’un exemple parfait de la façon dont la recherche scientifique mène non seulement à des conseils fondés sur des données probantes pour les gouvernements, mais aussi à une politique harmonisée et à des mesures concertées à l’échelle mondiale.

En effet, lorsque nos gouvernements disposent des mêmes données, il est beaucoup plus facile de parvenir à des conclusions communes.

Cela permet également aux pays de mettre en œuvre ensemble des solutions communes.

En ce sens, la science peut faire ce qui peut sembler impossible. Elle peut traverser l’océan.

C’est pourquoi le travail de l’Alliance transatlantique est si important.

Au nom des conseillers scientifiques des gouvernements du monde entier, je vous remercie donc pour le travail que vous accomplissez; je vous souhaite de poursuivre vos recherches avec succès et je vous invite à rester en contact.

Merci.