Dans le cadre de la réponse à la pandémie de COVID 19, la conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a créé le groupe d’experts sur la COVID 19 afin de l’informer des développements scientifiques les plus récents et les plus pertinents. Ces renseignements aident la CSC à fournir au premier ministre et au gouvernement des conseils actualisés, interdisciplinaires et indépendants.
Vue d’ensemble des discussions
Tenue par téléconférence le 18 décembre 2020
La discussion qui suit tient compte des données probantes et des connaissances scientifiques en date du 17 décembre.
Sommaire
- L’objectif de cette réunion était d’examiner les possibilités de réduire la période de quarantaine de 14 jours précédemment établie pour les voyageurs, en fonction des éléments de preuve interdisciplinaires existants et émergents.
- De nombreuses inconnues sont liées à l’équilibre entre les risques et les avantages de la réduction de la durée de la quarantaine. Les éléments clés à prendre en compte sont les périodes d’infectivité connues, les niveaux de transmission communautaire, les leviers comportementaux et les données issues des études de modélisation et des tests de dépistage des voyageurs.
Experts participants
- Mona Nemer, Ph. D., conseillère scientifique en chef du Canada (présidente)
Modélisation des maladies
- Daniel Coombs, Ph. D., Université de la Colombie Britannique
Sciences du risque et du comportement
- Kim Lavoie, Ph. D., Université du Québec à Montréal
- Louise Lemyre, Ph. D., Université d’Ottawa
Sciences biomédicales et cliniques
- Joanne Langley, M.D., Université Dalhousie
- Allison McGeer, M.D., Hôpital Mont Sinaï, Université de Toronto
- Samira Mubareka, M.D., Institut de recherche Sunnybrook
- Guillaume Poliquin, M.D., Ph. D., Agence de la santé publique du Canada
- Supriya Sharma, M.D., Santé Canada
- Cara Tannenbaum, M.D., Université de Montréal, Conseillère scientifique ministérielle de Santé Canada
Experts invités
- Pascal Michel, M.M.V., Ph. D., conseiller scientifique ministériel, Agence de la santé publique du Canada
Autres
- Luc Gauthier, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- George Enei, Ing., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Vanessa Sung, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Priya Gurnani, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
Considérations relatives à la réduction de la période de quarantaine requise pour les voyageurs
- De nouvelles données laissent entendre qu’une période de quarantaine plus courte (moins de 14 jours) pour les voyageurs pourrait être envisagée, éventuellement en combinaison avec des tests de dépistage et d’autres conditions.
- Les experts discutent des facteurs clés, des données probantes et des défis liés à la modification des lignes directrices sur la quarantaine pour les voyageurs.
Modélisation
- Selon de récentes études de modélisation, la différence des avantages entre une période de quarantaine de 10 ou de 14 jours est faible dans la plupart des cas, et une période de quarantaine plus courte combinée à des tests de dépistage pourrait être une solution de rechange possible à une quarantaine complète de 14 joursNote de bas de page 1, Note de bas de page 2.
- L’examen plus approfondi des études de modélisation publiées pourrait étayer cette conclusion.
Période d’infectiosité de la COVID-19
- D’après les données disponibles jusqu’au 17 décembre, la période de transmissibilité pour les personnes précédemment en bonne santé est généralement de 7 à 10 jours après l’apparition des symptômes. Au delà de cette période, la probabilité de transmission diminue considérablement, bien que des cas exceptionnels se produisent.
- Les personnes immunodéprimées ou atteintes d’une maladie grave peuvent excréter le virus pendant une période beaucoup plus longue. Ces personnes ne représentent pas un facteur majeur de transmission.
- La transmissibilité chez les enfants fait encore l’objet d’un débat actif; il est toutefois généralement convenu que les enfants de moins de 8 à 10 ans sont des transmetteurs moins efficaces. Le taux de transmission du virus par les adolescents semble similaire à celui des adultes. L’absence de symptômes chez les enfants pourrait accroître les possibilités de transmission, étant donné que leurs tuteurs ne seraient pas conscients des infections actives.
- Une autre difficulté liée à l’utilisation d’un test de dépistage pour sortir de la quarantaine est que certaines personnes peuvent avoir un résultat positif à un stade avancé de leur quarantaine ou avec des valeurs de cycle seuil (Ct) élevées. La manière de déterminer s’il s’agit d’une ancienne ou d’une nouvelle infection (p. ex. en raison d’une violation de la quarantaine) ou si la personne est infectieuse et de déterminer comment ces cas seraient traités n’est pas claire.
Contexte régional
- Les risques liés à la réduction de la période de quarantaine sont plus importants dans les zones où la prévalence communautaire est faible. L’effet en aval d’un seul cas importé dans un endroit où il y a moins de cas de COVID 19 aurait un plus grand impact que dans un endroit où les niveaux de transmission communautaire sont déjà élevés.
- Les modèles et les politiques doivent tenir compte des caractéristiques démographiques, telles que celles dans les communautés nordiques et isolées, où les cas de transmission sont faibles et les tests de dépistage rapide ne sont pas facilement accessibles.
- Les collectivités n’ont pas toutes la même capacité à gérer les risques et les exigences liés à une période de quarantaine raccourcie et aux tests de dépistage. Idéalement, les directives de quarantaine devraient être propres aux contextes locaux, vu qu’il serait très difficile d’avoir des directives nationales contextualisées.
Études pilotes et initiatives au Canada
- Le programme pilote de dépistage de la COVID 19 aux frontières de l’AlbertaNote de bas de page 3 prévoit une période de quarantaine moindre pour les voyageurs internationaux, en plus de l’exigence relative aux deux résultats de test négatifs et d’un certain nombre de restrictions, notamment l’interdiction de se rendre dans les hôpitaux, les maisons de retraite ou d’autres lieux à haut risque.
- La Nouvelle Écosse a mis en place une période de quarantaine de 14 jours et une stratégie de dépistage pour tous les élèves venant de l’extérieur de la « bulle atlantique ». Selon des enquêtes de suivi, la période de quarantaine de 14 jours a eu des conséquences défavorables sur la santé mentale des élèves.
- Les initiatives de l’Alberta et de la Nouvelle Écosse, ainsi qu’un autre projet pilote mené à l’aéroport Pearson de Toronto, ont permis de repérer un nombre relativement faible de personnes atteintes de la COVID 19. La probabilité qu’un voyageur moyen soit infecté semble faible.
- Afin de mieux surveiller les cas d’importation de COVID 19 au fur et à mesure des changements des mesures frontalières, le Laboratoire national de microbiologie (LNM) collabore avec le Réseau canadien de génomique COVID 19 à l’élaboration des indices d’hétérogénéité des lignées sur une base hebdomadaire. L’apparition d’une grande hétérogénéité est le signe d’une importation probable.
- Il convient de souligner que cette approche nécessitera un délai raisonnable pour le séquençage et un cadre d’échantillonnage solide afin de définir les voyageurs cibles.
Considérations comportementales
- Les études iCARE ont toujours montré que 13 % des personnes sondées déclarent ne pas respecter la quarantaine à leur retour de voyage. Il est possible qu’une réduction de la durée de la quarantaine augmente le taux de conformitéNote de bas de page 4.
- La réduction des périodes de quarantaine pourrait encourager davantage de personnes à voyager, étant donné que la quarantaine actuelle de 14 jours est très dissuasive. Si le nombre de voyages augmente, les modèles prédictifs établis précédemment risquent de ne plus être applicables.
Limitation de la capacité des laboratoires
- Une réduction des périodes de quarantaine en fonction des tests de dépistage entraînerait une augmentation de la demande de tests pour des laboratoires dont les ressources sont déjà limitées.
- Outre les défis liés à la capacité des laboratoires, il convient d’examiner la question de la livraison en temps voulu des échantillons aux laboratoires.
- Il est possible de faire appel à des universitaires et à des chercheurs qui contribueront au traitement des tests. Cependant, tous les laboratoires de diagnostic clinique ne sont pas à l’aise avec cette approche.
- Les tests rapides au point de service peuvent être utiles, mais il faudra les valider et les mettre à l’essai avant une mise en œuvre à grande échelle.
- Les tests rapides peuvent produire des résultats en temps réel, et leur niveau de sensibilité permet de mieux discerner le degré d’infectiosité d’une personne par rapport aux tests PCR.