Réunion 44 du groupe d’experts de la CSC sur la COVID-19


Dans le cadre de la réponse à la pandémie de COVID 19, la conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a créé le groupe d’experts sur la COVID 19 afin de l’informer des développements scientifiques les plus récents et les plus pertinents. Ces renseignements aident la CSC à fournir au premier ministre et au gouvernement des conseils actualisés, interdisciplinaires et indépendants.


Vue d’ensemble des discussions

Tenue par MS Teams le 18 juin 2021

 

La discussion suivante reflète les données probantes et les connaissances scientifiques jusqu’au 17 juin 2021.

Sommaire

  • Cette réunion vise à discuter des mesures de santé publique et de la communication stratégique nécessaires dans les écoles et parmi le grand public dans un scénario où la plupart des adultes et des adolescents sont vaccinés, alors que les jeunes enfants ne le sont pas.
  • Les jeunes enfants semblent être infectés par le SRAS CoV 2 au même rythme que les adultes, et ne seront pas vaccinés avant l’automne 2021. Toutefois, une vaste couverture vaccinale dans le reste de la population devrait protéger indirectement les enfants.
  • Les écoles doivent savoir quelle proportion de leur personnel et de leurs élèves a été vaccinée afin de planifier les mesures à mettre en œuvre, mais la confidentialité des données de santé peut soulever des difficultés.
  • Le public doit être en mesure de comprendre les principes qui sous tendent les mesures de santé publique afin de pouvoir prendre des décisions en connaissance de cause, individuellement, dans diverses situations.
  • Les efforts de promotion de la vaccination devraient être orientés vers les « observateurs » qui attendent d’avoir de plus amples renseignements, plutôt que vers le petit pourcentage d’antivaccinalistes convaincus.

Experts participants

  • Mona Nemer, Ph. D., conseillère scientifique en chef du Canada (présidente)

Modélisation des maladies

  • Caroline Colijn, Ph. D, Université Simon Fraser
  • Daniel Coombs, Ph. D., Université de la Colombie Britannique

Sciences du risque et du comportement

  • Daniel Krewski, Ph. D., Université d’Ottawa
  • Kim Lavoie, Ph. D., Université du Québec à Montréal
  • Louise Lemyre, Ph. D., Université d’Ottawa
  • Steven Taylor, Ph. D., Université de Colombie Britannique

Sciences biomédicales et cliniques

  • Eleanor Fish, Ph. D., Université de Toronto
  • Joanne Langley, M.D., Université Dalhousie
  • Salah Mahmud, M.D., Ph. D., Université du Manitoba
  • Allison McGeer, M.D., Hôpital Mont Sinaï, Université de Toronto
  • Samira Mubareka, M.D., Institut de recherche Sunnybrook
  • Supriya Sharma, M.D., Santé Canada
  • Cara Tannenbaum, M.D., Université de Montréal, Conseillère scientifique ministérielle de Santé Canada

Invités participants

  • Christine Chambers, Ph. D., Université de Dalhousie

Autre

  • Lori Engler-Todd, M.Sc., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
  • Vanessa Sung, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)

La COVID 19 chez les enfants

Transmission chez les enfants

  • Deux études sérologiques financées par le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID 19 (non encore publiées), l’une portant sur les enseignants et l’autre sur les enfants en Colombie Britannique, n’auraient pas révélé d’augmentation de l’infection dans ces deux groupesNote de bas de page 1. D’après ces résultats, il n’y a pas eu de transmission asymptomatique généralisée de COVID 19 dans les écoles jusqu’à présent. Veuillez noter ce qui suit :
    • En Colombie Britannique, les enfants de moins de 12 ans sont allés à l’école comme d’habitude, tandis que les élèves du secondaire ont eu des horaires restreints et une mixité sociale réduite.
    • Les données proviennent en grande partie d’une période antérieure à la transmission généralisée des variants préoccupants.
  • Selon les premières données d’une étude manitobaine (non publiée au moment de cette réunion), si les enfants sont deux fois moins susceptibles de passer un test de dépistage de la COVID 19 que les adultes, lorsqu’ils sont dépistés, ils obtiennent un résultat positif au même taux que les adultes. Lorsque les enfants symptomatiques sont testés, ils sont moins susceptibles que les adultes d’être atteints de la COVID 19, puisque d’autres infections respiratoires touchent les enfants.
  • On ne s’attend pas à ce que les enfants de moins de 12 ans soient vaccinés avant le début de la nouvelle année scolaire en septembre; cependant, une large couverture vaccinale chez les adultes et les jeunes peut conférer un certain niveau de protection indirecte.
    • Le risque d’introduction d’infections dans les écoles peut être faible si les cas dans la population générale sont également maintenus à un niveau bas grâce à la vaccination, entre autres.
    • Les premiers résultats d’une étude brésilienne ont démontré les avantages de la vaccination au niveau de la population, même pour les enfants et les adolescents non vaccinésNote de bas de page 2.
  • Dans le cadre de la protection de la population, il sera important de surveiller les animaux domestiques et péridomestiques pour détecter les réservoirs potentiels du SRAS CoV 2 susceptibles d’être réintroduits dans la population humaine. On sait désormais que les variants Beta et Gamma sont capables d’infecter les souris domestiquesNote de bas de page 3.

Vaccination des enfants

  • L’utilisation du vaccin Moderna dans le groupe des 12 à 17 ans fait actuellement l’objet d’un examen par Santé Canada. Moderna mène également des études sur des groupes d’âge plus jeune, dont les résultats sont attendus en 2022.
  • Pfizer commence des essais pour tester différentes doses de son vaccin chez les enfants de 5 à 11 ans. Une demande à Santé Canada pourrait être faite en septembre.
  • La vaccination des enfants doit être envisagée avec prudence en raison des premiers signaux de sécurité concernant la myocardite et la péricardite associées aux vaccins à ARNm contre la COVID 19.
    • Les renseignements actuels reposent principalement sur des données provenant d’Israël et des États Unis. Les cas ont été rares et autolimités, principalement liés à des deuxièmes doses et chez les hommes.
    • Au Canada, aucun cas n’a encore été signalé au delà du taux de base, mais cela doit être interprété dans le contexte d’un faible taux d’administration de deuxièmes doses au Canada, pour l’instant.
    • Des cas de myo/péricardite ont également été signalés en lien avec des vaccins à vecteur viral, mais en moins grand nombre que pour les vaccins à ARNm contre la COVID 19, et sans dépasser le taux de base attendu.
    • À l’échelle mondiale, aucun organisme de réglementation n’a encore pris de mesures ou modifié officiellement les recommandations en matière de vaccination.

Mesures de santé publique dans les écoles

  • Des orientations sont nécessaires concernant les mesures de sécurité fondées sur des données probantes dans les écoles.
    • Les recommandations de la Société royale du CanadaNote de bas de page 4 seront bientôt disponibles. Plusieurs études financées par les Instituts de recherche en santé du Canada fourniront également des éléments permettant d’éclairer les prochaines étapes d’une mesure efficace en faveur de la santé dans les écoles. Une possibilité de financement à réponse rapide de plus de 3 millions de dollars a été lancée début juin, « Comprendre et atténuer les répercussions de la pandémie de COVID 19 sur les enfants, les adolescents et les familles au CanadaNote de bas de page 5 ».
  • À l’échelle du pays, diverses approches de gestion des écoles ont été adoptées. Dans certaines administrations, les écoles sont restées complètement fermées, tandis que d’autres ont rouvert et ont pu contrôler les épidémies qui se sont produites. Il est important de tirer des leçons de ces différentes expériences afin de pouvoir élaborer des pratiques exemplaires et les mettre en œuvre à temps pour la nouvelle année scolaire.
  • Il sera important pour les écoles (et les autres grands lieux de travail) de savoir quelle proportion de leur personnel et de leurs élèves est vaccinée afin de planifier et de prendre des décisions concernant les tests de dépistage et d’autres mesures. Toutefois, dans certaines administrations, il est interdit de demander le statut vaccinal au travail, étant donné qu’il s’agit d’une information de santé considérée comme privée.
    • Il existe des précédents en matière de demande de renseignements sur la vaccination :
      • En Colombie Britannique, les écoles et les autorités de la santé publique collaborent pour recueillir des renseignements sur la couverture vaccinale contre la rougeole dans les écoles afin de se préparer à d’éventuelles épidémies.
      • Le commissaire à la protection de la vie privée de l’Ontario a jugé que le fait qu’une personne ait reçu ou non le vaccin contre la grippe n’est pas considéré comme une information sur la santé, puisque le statut de la vaccination ne révèle aucune information sur la santé de cette personne.
      • Les commissaires fédéraux, provinciaux et territoriaux à la protection de la vie privée ont publié une déclaration communeNote de bas de page 6 sur la divulgation des renseignements relatifs à la vaccination sur un certificat de vaccination.
    • Une approche possible consiste à mener des contrôles de manière anonyme et agrégée, de sorte qu’aucune information individuelle ne soit connue de l’employeur. Il serait possible d’inclure l’option « préfère ne pas répondre ». L’étude iCareNote de bas de page 7 a établi des partenariats avec des institutions et des lieux de travail pour recueillir des données similaires par l’intermédiaire d’enquêtes anonymes.
    • Au Manitoba, des efforts sont en cours pour relier le registre des vaccinations aux bases de données sur la fréquentation scolaire.
    • Il peut également être important de savoir combien de personnes ont déjà été infectées et guéries.

Assouplir les restrictions tout en promouvant la vaccination

Communication concernant les mesures de santé publique

  • Il est important de faire comprendre aux gens que l’objectif principal des mesures de santé publique est de réduire la transmission de personne à personne afin de prévenir les maladies graves et les décès, plutôt que de se contenter de fixer des règles à suivre.
    • Les restrictions locales en matière de santé publique diffèrent d’un pays à l’autre. Si les principes généraux qui sous tendent les mesures de santé publique sont bien compris, les individus peuvent toujours prendre les meilleures décisions pour eux mêmes.
    • Ainsi, le gouvernement peut autoriser dix personnes à se réunir dans une arrière cour, mais les individus doivent tout de même être attentifs au comportement des personnes avec lesquelles ils se réunissent (p. ex. sont elles vaccinées, ont elles un comportement à risque?).
  • L’intégration du « choix » dans le cadre de la communication pourrait favoriser une prise de décision éclairée. À titre d’exemple, commencer en soulignant que la vaccination est la mesure la plus efficace qu’un individu puisse prendre pour prévenir la COVID 19, avant de proposer des options fondées sur des scénarios (comme porter un masque, maintenir une distance physique, aller à l’extérieur). Un organigramme visuel simple de prise de décision pourrait être utile.

La communication pour lutter contre l’hésitation vaccinale

  • Comme l’accès aux vaccins reste difficile dans certaines régions du pays, on ne sait pas encore quelle est la limite supérieure de l’acceptation des vaccins.
  • Une meilleure compréhension des groupes (au delà de l’âge et du sexe) qui éprouvent des difficultés à accéder aux vaccins serait utile pour déterminer la meilleure façon d’éliminer les obstacles.
  • Il a été mentionné qu’une proportion d’environ 8 à 10 % de la population n’est pas intéressée par la vaccination et que les objections de ces personnes aux vaccins sont antérieures à la COVID 19. Ce groupe ne devrait pas faire l’objet d’efforts de vaccination.
    • Les individus de ce groupe ont tendance à faire preuve de réactivité psychologique et réagissent fortement aux mesures obligatoires en général.
    • Certains ont des membres de leur famille qu’ils considèrent comme ayant été lésés par les vaccins.
    • Certains ont des convictions profondes qui ne sont pas susceptibles d’être modifiées.
  • Il existe un sous groupe important d’« observateurs » qui attendent d’avoir plus de renseignements avant de prendre leurs décisions. Les messages susceptibles de les convaincre sont les suivants :
    • Les personnes non vaccinées sont plus susceptibles d’être infectées par le SRAS CoV 2 et d’être atteintes de la COVID 19.
    • Si les nouvelles technologies vaccinales suscitent des inquiétudes, les individus pourraient attendre les nouveaux vaccins à venir qui reposent sur des plateformes plus proches des technologies conventionnelles.
    • Les conséquences d’une COVID longue ne sont pas entièrement comprises, mais elles sont graves, et peut être davantage même chez les jeunes.
    • Un message clé et efficace est d’inviter à se faire vacciner pour protéger les personnes vulnérables de son entourage.