Juin 2025 | Agence canadienne d’inspection des aliments
L’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), couramment appelée la « grippe aviaire », est une infection virale hautement contagieuse qui peut affecter de nombreux mammifères, mais touche plus précisément les oiseaux de compagnie et les oiseaux sauvages, y compris les oiseaux d’élevage. La gestion des éclosions d’IAHP dans les populations animales est essentielle pour la santé publique, l’industrie avicole et l’économie canadienne, d’autant plus que certains oiseaux sauvages peuvent être porteurs du virus et le propager sans présenter les signes cliniques.
Récemment, la mésinformation sur l’IAHP a minimisé la gravité de cette maladie et créé de la confusion quant à la façon dont elle se propage et se détecte, et la manière dont on la contrôle et la prévient. Les conséquences et la gravité de l’IAHP sont bien connues des éleveurs et des transformateurs de volaille, des vétérinaires et des expertes et experts en santé animale du Canada. Toutefois, bon nombre de Canadiennes et de Canadiens ont probablement vu ou entendu des informations fausses ou contradictoires sur cette maladie.
Les explications ci-dessous visent à clarifier les étapes de l’intervention du Canada en cas d’éclosion, à corriger certaines idées fausses communément répandues et à exposer les faits scientifiques justifiant les mesures mises en place pour protéger la santé publique, l’industrie avicole, et l’économie du Canada.
Les conséquences de l’influenza aviaire hautement pathogène
Depuis décembre 2021, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) intervient en cas de détection d’IAHP dans des fermes commerciales et non commerciales partout au Canada. Des millions d’oiseaux domestiques sont morts du virus ou ont été abattus sans cruauté dans le cadre la présente situation, qui continue de poser des défis importants aux agriculteurs, aux propriétaires de petits troupeaux et à l’industrie avicole.
Au-delà des répercussions immédiates sur la santé des oiseaux, le virus a un impact économique et émotionnel qui entraîne des difficultés financières et la détresse des agriculteurs et des propriétaires d’oiseaux. Les conséquences s’étendent au-delà des fermes concernées et touchent l’approvisionnement en œufs et en volaille, la sécurité alimentaire et le commerce international. En 2023, les produits de volaille et d’œufs du Canada représentaient un marché évalué à 6,8 milliards de dollarsNote de bas de page 1, dont 1,75 milliard de dollars d’exportationsNote de bas de page 2.
Comment le Canada réagit aux éclosions d’influenza aviaire hautement pathogène
L’IAHP est une maladie à déclaration obligatoire auprès du gouvernement fédéral, autrement dit, les propriétaires d’oiseaux, les agriculteurs, les vétérinaires et les laboratoires doivent aviser l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) de tous les cas suspects. L’ACIA joue un rôle essentiel dans le contrôle de la propagation du virus et l’éradication de la maladie chez les oiseaux domestiques du Canada, en mettant en place les mesures suivantes :
- administration de tests, surveillance et retraçage;
- mise en quarantaine des lieux contaminés et contrôle des déplacements des oiseaux, des produits et des sous-produits d’oiseaux, ainsi que de tous les objets exposés aux oiseaux, à l’extérieur, à l’extérieur et au sein d’une zone de contrôle;
- décontamination, nettoyage et désinfection rigoureux.
Le Canada applique une politique d’abattage sanitaire en cas d’IAHP chez la volaille domestique qui s’appuie sur les recommandations du Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). La politique d’abattage sanitaire contribue à contrôler la propagation de la maladie et à limiter les possibilités de mutations du virus, à réduire l’exposition aux humains et à la faune ainsi qu’à protéger l’accès du Canada aux marchés internationaux.
Principaux points à clarifier concernant la stratégie d’intervention dans le contexte d’influenza aviaire hautement pathogène
Pourquoi est-il nécessaire d’abattre les oiseaux infectés?
Bien que controversé pour certains et souvent mal compris, l’abattage sans cruauté des bandes d’oiseaux domestiques infectés est un élément clé de la gestion des éclosions d’IAHP. Une fois les oiseaux infectés par le virus de l’IAHP, beaucoup tombent malades et meurent, faute de traitement ou de remède à la maladie. Les méthodes d’abattage sont rapides et sans cruauté. Elles visent à réduire la souffrance et la détresse des oiseaux.
Cette mesure est également extrêmement importante pour limiter la propagation du virus et la possibilité qu’il s’amplifie, se modifie et infecte d’autres espèces, notamment les humains. Le contrôle des éclosions vise également à prévenir les perturbations économiques et alimentaires pour les Canadiennes et les Canadiens. Il permet de maintenir les exportations de volaille, qui représentent chaque année plus d’un milliard de dollars pour l’économie canadienne. Bien que l’abattage soit un enjeu difficile et complexe, il demeure l’un des outils les plus efficaces pour prévenir la transmission de la maladie à grande échelle.
Administration de tests et confirmation
Lorsqu’on soupçonne un cas d’IAHP, des échantillons sont prélevés et envoyés à un laboratoire approuvé par l’ACIA en vue de l’administration d’un test de réaction en chaîne de la polymérase inverse (RRT-PCR) en temps réel. Les tests RRT-PCR de l’influenza aviaire sont très précis. Ils présentent une sensibilité et une spécificité élevées, ce qui permet de détecter même d’infimes charges virales. L’utilisation de ces tests diminue la probabilité de faux négatifs. Le test RRT-PCR est donc l’étalon-or du diagnostic précoce et fiable chez la volaille, les oiseaux sauvages et les mammifères.
Si les résultats indiquent la présence des sous-types H5 ou H7 de l’influenza aviaire, le CNMAE de l’ACIA effectue un séquençage du génome complet et des tests supplémentaires pour confirmer le diagnostic. Ces étapes sont fondamentales pour mieux caractériser le virus (pathogénicité, mutations, génotype, souche, etc.). Pour confirmer que le virus se réplique activement – et qu’il n’est pas seulement présent sous forme de matériel génétique dormant – les scientifiques mettent des échantillons dans des œufs de poule embryonnés. Ces œufs sont incubés pendant plusieurs jours pour permettre au virus de se multiplier. Le liquide prélevé dans les œufs est ensuite analysé à l’aide de diverses méthodes de laboratoire pour confirmer la présence du virus de l’IAHP.
Pourquoi il n’est pas possible de compter sur l’immunité de la bande
Il est légitime de se demander pourquoi le Canada ne compte pas sur l’immunité collective de la bande ou du troupeau pour lutter contre la maladie. Au demeurant, cette approche n’est pas viable pour l’IAHP contractée par les oiseaux domestiques. Le virus est très contagieux et entraîne souvent des taux de mortalité élevés, de sorte que les oiseaux infectés ne survivent généralement pas. S’ils survivent, les anticorps peuvent ne persister que peu de temps et ne pas forcément offrir de protection contre de nouvelles souches du virus.
Si les oiseaux ne sont pas rapidement abattus, les bandes infectées et leur environnement deviennent des sources du virus, augmentant le risque qu’il se propage au-delà de la ferme, à d’autres bandes d’oiseaux, aux mammifères et aux humains. Ne pas contrôler une infection donnerait l’occasion au virus de survivre dans les environs de la ferme et rendrait également impossibles le nettoyage et la désinfection en bonne et due forme des fermes touchées. La mise en place de mesures de confinement rapides est essentielle pour prévenir d’autres dommages aux élevages de volailles, aux autres animaux et à la population humaine du Canada.
Pourquoi le Canada ne vaccine pas les volailles contre l’influenza aviaire hautement pathogène
Le Canada a toujours appliqué une stratégie d’intervention en matière d’IAHP axée sur l’éradication de la maladie et ne vaccine pas actuellement la volaille pour la protéger contre l’IAHP. Cependant, étant donné la durée et l’ampleur de l’éclosion en cours à l’échelle mondiale, la vaccination comme outil de gestion de la maladie est une piste de plus en plus envisagée. Certains pays utilisent déjà les vaccins à titre préventif.
La mise en place d’un programme de vaccination serait complexe et devrait tenir compte de divers facteurs tels que l’efficacité et la disponibilité des vaccins, la logistique de déploiement, les exigences de surveillance, les coûts et les répercussions commerciales potentielles.
Pour relever ces défis et étudier la mise en place d’un programme de vaccination potentiel, l’ACIA a mis sur pied le Groupe de travail sur la vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène, composé de représentantes et représentants de l’industrie, de la médecine vétérinaire, du milieu universitaire et du gouvernement. Ce groupe étudie actuellement la viabilité et les considérations relatives à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un programme de vaccination contre l’IAHP au Canada.
Pourquoi les risques pour l’humain demeurent faibles, mais pas nuls
Des cas d’IAHP ont été signalés chez l’humain partout dans le monde, dont un cas en 2024 en Colombie-Britannique, toutefois le risque de transmission de l’IAHP à la population demeure faible. Les infections humaines, bien que rares, ont principalement été associées à des contacts étroits avec des animaux infectés ou des environnements hautement contaminés, tels que des fermes ou des marchés d’animaux vivants. Le grand public peut prévenir ce type d’exposition en évitant tout contact avec le bétail, les oiseaux sauvages vivants ou morts, et les animaux sauvages, et en s’abstenant de nourrir ou de toucher des animaux sauvages. Les chasseurs et les piégeurs d’oiseaux et de mammifères sauvages doivent également prendre des précautions particulières lors de la manipulation, du nettoyage et du conditionnement de gibier sauvage. Lavez-vous toujours les mains après avoir été dans une zone où nichent des oiseaux ou vivent des animaux sauvages, et éloignez les animaux de compagnie des oiseaux, de la faune sauvage et des matières fécales.
Les personnes qui travaillent avec des oiseaux sauvages infectés ou d’autres animaux sauvages sensibles courent un risque accru d’exposition à la grippe aviaire et doivent prendre des mesures particulières pour se protéger.
Pourquoi l’influenza aviaire hautement pathogène ne constitue pas un risque pour la salubrité des aliments
L’IAHP ne constitue pas un risque pour la salubrité des aliments. Le virus se transmet principalement par contact direct avec des oiseaux vivants ou morts infectés, ou par contact avec des surfaces contaminées. Aucun cas d’infection par le virus de l’IAHP n’a été recensé chez l’humain par la consommation alimentaire. Aucune preuve scientifique n’indique que la consommation de volaille, de viande de gibier ou d’œufs bien cuits présente un risque de transmission de l’influenza aviaire.
Indépendamment des préoccupations liées à l’IAHP, il est toujours important d’adopter des pratiques de manipulation des aliments sécuritaires, d’avoir une bonne hygiène et de bien cuire les aliments.
L’IAHP ait été détectée chez des vaches laitières aux États-Unis, mais elle n’a pas été détectée chez des vaches laitières ou d’autres bovins au Canada. Les laboratoires de l’ACIA contrôlent le lait pasteurisé et le lait cru. Tous les échantillons se sont révélés négatifs. Au Canada, le lait ne peut être vendu qu’après pasteurisation, un processus qui tue les bactéries et les virus nocifs, y compris l’influenza aviaire, garantissant que le lait canadien est propre à la consommation.
L’importance de la collaboration
Grâce au soutien et à la coopération de l’industrie avicole, les scientifiques, les chercheuses et chercheurs du Canada contribuent à la surveillance mondiale de l’influenza aviaire, en effectuant une détection précoce des souches émergentes et des interventions coordonnées en cas d’éclosion. Au Laboratoire de référence de l’OMSA pour l’influenza aviaire du Canada, les scientifiques de l’ACIA collaborent avec des expertes et experts internationaux de l’IAHP et mènent des recherches de pointe pour mieux comprendre la maladie et son mode de propagation. L’équipe de spécialistes en maladies aviaires de l’ACIA joue un rôle central dans la résolution des défis techniques, la collecte de données essentielles et le soutien aux laboratoires de santé animale partout au Canada.
Des études épidémiologiques sont également en cours en collaboration avec le milieu universitaire, Environnement et Changement climatique Canada et des partenaires des provinces et territoires.
La lutte contre l’influenza aviaire et la mésinformation sur la maladie nécessitent une coordination efficace de la part de multiples parties prenantes et organisations aux niveaux régional, national et international. La collaboration continue avec des expertes et experts régionaux et mondiaux afin de suivre les éclosions et d’approfondir nos connaissances sur les souches virales et les espèces d’oiseaux et de mammifères touchées est une stratégie cruciale pour l’efficacité de la gestion de l’influenza aviaire.
En savoir plus sur les collaboratrices et collaborateurs clés de l’intervention du Canada face à l’IAHP.
- Les efforts individuels et collectifs des aviculteurs canadiens, des parties prenantes de l’industrie et des propriétaires de petites bandes sont essentiels à l’efficacité de l’intervention en cas de maladie et au maintien du secteur avicole canadien.
- L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) évalue le risque d’IAHP chez les humains, en particulier pour les groupes à risque élevé, en contact étroit avec des oiseaux infectés (par exemple, les travailleurs avicoles et les vétérinaires). Afin d’améliorer la protection, l’ASPC a récemment sécurisé l’approvisionnement de 500 000 doses du vaccin contre la grippe H5N1 pour les personnes à risque d’exposition élevé.
- Le Réseau canadien de la santé de la faune et Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) supervisent un programme national de surveillance de l’influenza aviaire chez les oiseaux sauvages depuis 1992.
- Le Système canadien de surveillance de la santé animale, en partenariat avec l’ACIA, communique des renseignements sur les cas d’influenza aviaire à haute et à faible pathogénicité dans les populations d’oiseaux domestiques partout au pays.
- L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) soutient les mesures internationales de surveillance, de prévention et de contrôle de l’influenza aviaire. Grâce à son Système mondial d’information sanitaire (WAHIS), l’OMSA suit les données sur les éclosions recueillies par les pays membres et établit des normes scientifiques de surveillance et de biosécurité. Les scientifiques et les chercheuses et chercheurs du Canada, dont ceux de l’ACIA, contribuent à la surveillance mondiale de l’influenza aviaire en assurant la détection précoce des souches émergentes et en participant aux interventions coordonnées à l’échelle mondiale.
- Le Réseau canadien de surveillance zoosanitaire (RCSZ) est un réseau national de laboratoires de santé animale qui effectue des tests sur des milliers d’échantillons d’animaux domestiques et sauvages, ce qui permet d’intervenir rapidement.
Il importe de reconnaître que la diplomatie scientifique et une solide coopération internationale sont essentielles pour lutter contre l’influenza aviaire. L’IAHP est un problème transfrontalier et « Une seule santé » qui exige des actions coordonnées pour prévenir les éclosions, réduire les répercussions économiques et protéger la santé animale et humaine.
L’ACIA s’est engagée à réduire au mieux les répercussions de l’IAHP sur les oiseaux domestiques, les aviculteurs du Canada et le commerce international en prévoyant des mesures d’intervention fondées sur les données scientifiques les plus récentes, et en étudiant continuellement des moyens d’améliorer son intervention. Le dépeuplement sans cruauté, l’administration de tests, les contrôles des déplacements et les mesures de décontamination rigoureuses jouent un rôle essentiel dans la lutte de l’ACIA contre l’IAHP et aident à protéger les secteurs agricoles du Canada.
Renseignements supplémentaires
- Faits concernant l’influenza aviaire – inspection.canada.ca
- État de réponse en cours aux détections d’influenza aviaire – inspection.canada.ca
- Aperçu de la façon dont le Canada prévient les éclosions de la grippe aviaire, s’y prépare et y répond – inspection.canada.ca
Pour l’industrie
- Biosécurité aviaire – Protection de la volaille et prévention des maladies – inspection.canada.ca
- Influenza aviaire (IA) – Ce à quoi vous attendre si vos animaux sont infectés – inspection.canada.ca
- Indemnisation zoosanitaire – À quoi s’attendre lorsqu’un animal fait l’objet d’un ordre de destruction – inspection.canada.ca
Pour les vétérinaires
- Animaux susceptibles de contracter l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 (IAHP) – inspection.canada.ca
- Mise à jour sur l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) : décembre 2024 – canadianveterinarians.net
Pour les professionnels de la santé