Étude sur la gouvernance et la reddition de comptes des politiques et des institutions scientifiques fédérales

Notes d’allocution

Mme Mona Nemer
Conseillère scientifique en chef du Canada

Étude sur la gouvernance et la reddition de comptes des politiques et des institutions scientifiques fédérales

Réunion du comité SRSR

Ottawa (Ontario)
12 mars 2026

La version prononcée fait foi


Madame la Présidente, Honorables membres,

Je vous remercie de m'offrir cette opportunité de contribuer à votre étude. Je suis ici, bien entendu, en ma qualité de Conseillère scientifique en chef, mais mes commentaires sont également éclairés par mes décennies d'expérience en tant que scientifique, directrice de recherche, éducatrice et vice-rectrice universitaire. Ces différents rôles m'ont permis d'observer notre écosystème scientifique du point de vue des secteurs universitaire, public et privé.

Le Canada investit chaque année des milliards de dollars dans la recherche et le développement. Ces investissements favorisent la découverte et la formation de personnes hautement qualifiées qui, à leur tour, contribuent à l'économie canadienne. Ils permettent aussi d'améliorer la santé et la sécurité publiques, de renforcer notre économie et d'aider le Canada à relever les défis mondiaux. Mais pour que ces investissements atteignent leur plein potentiel, ils doivent être guidés par des objectifs nationaux clairs. Comme je l'ai témoigné devant ce comité par le passé, une stratégie nationale pour la science, la technologie et l'innovation peut aider à définir ces objectifs et à fournir un cadre pour la mesure des progrès au fil du temps.

La responsabilité dans la politique scientifique est parfois assimilée à la surveillance financière—s'assurer que les fonds publics sont dépensés de façon appropriée et conformément aux règles établies. Cela est bien entendu essentiel, et des mécanismes solides de responsabilité existent dans les institutions de recherche comme chez les bailleurs de fonds. Mais la responsabilité dans un sens plus large englobe des questions telles que la cohérence des investissements publics avec les priorités nationales, et leur capacité à générer des bénéfices sociétaux pour tous.

Naturellement, différents types de recherche nécessitent différentes approches pour l'évaluation et la responsabilité.

Par exemple, le but de la recherche fondamentale est de favoriser la découverte, d'élargir les connaissances et de former la prochaine génération de chercheurs.

Par contre, les programmes de recherche orientés sur une mission ou ciblés visent à répondre à des défis sociétaux ou économiques spécifiques—comme le développement technologique, l’innovation en santé ou la sécurité alimentaire.

La responsabilité pour ces deux genres d'investissements publics dans la science exige des métriques et des critères distincts, dès la conception des programmes, les critères d’attribution et les délais de livraison.

Reconnaître ces distinctions nous permet de concevoir des mécanismes de responsabilité adaptés à la nature des programmes de recherche, qu’il s’agisse de talent, d’infrastructure ou d’opérations.

Une stratégie nationale pour la science, la technologie et l’innovation jouerait un rôle clé à cet égard. En définissant les priorités nationales et les résultats souhaités, une telle stratégie fournirait un point de référence pour mesurer les progrès et évaluer l’efficacité des programmes.

La stratégie nationale devrait être guidée par un conseil consultatif sur la science et l’innovation composé de scientifiques, innovateurs et leaders distingués des secteurs public et privé, offrant des conseils indépendants afin que l’agenda canadien en science et innovation soit informé par les meilleures connaissances et expertises disponibles.

L'organisme-cadre scientifique proposé pourrait également contribuer de manière significative à un effort solide et transparent visant à maximiser l’impact des investissements fédéraux. En regroupant les nombreux programmes fédéraux de financement de la recherche sous un même toit, il est plus facile d'obtenir une perspective globale sur les lacunes, les redondances et l’alignement avec les priorités nationales—qu’il s’agisse de leadership mondial, de développement des talents ou d’innovation socioéconomique.

En conclusion, une stratégie nationale scientifique, soutenue par une organisation de financement de la recherche modernisée et un conseil consultatif indépendant œuvrant de concert avec le Bureau de la conseillère scientifique en chef, permettrait au Canada d’avancer vers un système de recherche plus cohérent, efficace et responsable—un système qui regarde vers l’avenir, fixe des objectifs clairs, mesure les progrès avec des outils appropriés et garantit que les investissements fédéraux produisent des bénéfices durables pour les Canadiens.

Je vous remercie.