Cet article est le deuxième d’une série de cinq articles sur l’exposition aux substances chimiques pendant la grossesse et l’enfance. Pour plus de contexte, commencez ici.
La grossesse est une période unique dans la vie d’une famille, tant pour les futurs parents que pour le bébé qui grandit. Les chercheurs de l’équipe de l’Étude mère-enfant sur les composés chimiques de l’environnement (MIREC) analysent l’impact des facteurs environnementaux sur les mères pendant la grossesse et pour le reste de leur vie.
Santé Canada, en collaboration avec des collègues du milieu universitaire et de la recherche clinique, a lancé l’étude MIREC en 2007. L’étude MIREC est une étude ambitieuse et pluriannuelle sur les produits chimiques de l’environnement et leurs effets possibles sur la santé des mères, à partir de la grossesse et tout au long du développement de l’enfant, de la petite enfance à l’adolescence.
Direction: conception
Avant même que le bébé ne commence sa vie dans l’utérus, l’exposition à des produits chimiques peut avoir un impact sur le temps qu’il faut pour que la mère tombe enceinte.
Les chercheurs de l’étude MIREC ont mesuré la concentration de centaines de produits chimiques chez les mères participant à l’étude MIREC tout au long de leur grossesse afin de découvrir le rôle du bisphénol A (BPA), des phtalates, du triclosan et des substances perfluorées sur le temps nécessaire pour qu’elles tombent enceintes.
« Nous avons constaté que les patientes présentant une concentration plus élevée d’APFO, de PFHxS et de triclosan mettaient plus de temps à tomber enceintes », explique la Dre Maria Velez, professeure agrégée au département d’obstétrique et de gynécologie de l’Université Queen’s et chercheuse principale au site de Kingston (Ontario) de l’étude MIREC.
« D’autres études ont révélé des résultats similaires pour l’APFO et le PFHxS, mais nous avons été les premiers à étudier le triclosan dans ce contexte. »
Complications liées à la grossesse
Environ 10 % des femmes enceintes souffrent de diabète gestationnel, ce qui peut présenter des risques pour les mères et les bébés, notamment l’augmentation de la probabilité d’une césarienne, d’un bébé plus gros ou d’un bébé ayant un taux de sucre élevé à la naissance.
L’équipe MIREC a étudié le lien entre l’exposition à certains produits chimiques, comme les métaux toxiques, les plastifiants et les phtalates, et la probabilité de souffrir de diabète gestationnel.
L’association la plus constante concernait l’arsenic, qui se trouve naturellement dans les sols et les eaux souterraines et auquel nous pouvons être exposés lorsque nous consommons du riz ou de l’eau contaminés.
Plus de 80 % des femmes présentaient des concentrations détectables d’arsenic dans leur sang. Les femmes qui avaient une concentration d’arsenic plus élevée dans le sang étaient trois fois plus susceptibles de souffrir de diabète gestationnel.
Ce qui était toutefois encore plus surprenant, c’est que même si l’arsenic avait à lui seul un impact majeur sur le risque de diabète gestationnel, les mères enceintes d’un bébé de sexe masculin qui étaient exposées à l’arsenic ont vu leur probabilité de diabète gestationnel augmenter davantage.
« J’ai été vraiment surprise de voir à quel point le sexe du fœtus pouvait avoir une incidence sur la santé de la mère. Ces facteurs ne peuvent pas être considérés séparément, et il est important de connaître le sexe du fœtus pour mieux comprendre les risques », explique Robin Shutt, coordonnatrice principale de l’étude à Santé Canada.
Importance de la nutrition
L’équipe MIREC souhaitait examiner l’importance de la nutrition pendant la grossesse, et plus particulièrement l’impact de la vitamine D sur la mère et le bébé.
Au Canada, nous avons des recommandations relatives à l’apport quotidien en vitamine D, mais il n’y a pas de dose recommandée propre à la grossesse, comme c’est le cas pour le folate.
Les chercheurs ont examiné les différents suppléments que prenaient les mères et ont ajouté l’exposition au soleil et les sources alimentaires dans leurs calculs. À partir de là, ils ont prélevé et analysé des échantillons de sang et ont pu déterminer le taux de vitamine D de chaque femme, au début et à la fin de la grossesse, ainsi qu’après l’accouchement (post-partum).
« Nous avons appris que la plupart des mères avaient une concentration adéquate de vitamine D », explique Hope Weiler, chercheuse scientifique à la Division de la recherche sur la nutrition de Santé Canada. « Sur les facteurs modifiables que nous avons examinés, les suppléments étaient les plus importants, parmi les facteurs de variation de l’exposition au soleil et de l’intensité, de l’âge, de l’obésité, de plusieurs maladies chroniques et de l’alimentation. »
Les chercheurs ont également constaté que les femmes dont l’apport estimé en vitamine D et en calcium était plus élevé avaient tendance à avoir des concentrations plus faibles de certains métaux comme le plomb et le mercure. Cette observation s’étendait également au sang du cordon fœtal, ce qui confirmait que le fœtus était également moins exposé à ces métaux.
« La vitamine D semble modifier la façon dont notre organisme réagit aux métaux présents dans notre environnement. Il est difficile de modifier notre exposition aux produits chimiques qui nous entourent », explique Mandy Fisher, épidémiologiste principale à Santé Canada. « Cependant, nous pouvons modifier notre alimentation beaucoup plus facilement si nous savons qu’un supplément peut nous aider à nous débarrasser rapidement des métaux présents dans notre organisme. »
La vitamine D joue également un rôle précoce dans la santé des os, notamment pour la prévention du rachitisme, une affection qui touche le développement des os chez les enfants. « Nous savons que le rachitisme congénital existe encore, c’est pourquoi nous voulons que les bébés naissent avec une réserve adéquate de vitamine D et qu’ils puissent la maintenir grâce à un supplément lorsqu’ils sont allaités », explique Mme Weiler.
La vitamine D peut aussi prévenir des complications liées à la grossesse, notamment le diabète gestationnel, les naissances prématurées et les bébés de petite taille pour l’âge gestationnel. Des travaux de recherche sont également en cours pour déterminer si la vitamine D pourrait avoir un impact sur la capacité de tomber enceinte.
Quelle sera la suite par rapport à la grossesse?
L’équipe MIREC prévoit continuer à étudier l’impact de métaux comme le mercure, le plomb, le cadmium et l’arsenic sur la grossesse. À ce jour, les chercheurs ont constaté que même aux faibles concentrations auxquelles les Canadiens sont exposés, ces métaux pourraient être liés au risque de prééclampsie. En fait, l’arsenic a déjà été associé à l’hypertension pendant la grossesse.
Les chercheurs veulent maintenant voir comment ces produits chimiques influencent non seulement la prise de poids pendant la grossesse, mais aussi la courbe de poids après l’accouchement. Ils suivent un sous-groupe de participants à l’étude MIREC et devraient avoir d’autres résultats en 2022.
« C’est un domaine qui m’enthousiasme vraiment. L’évaluation de la santé des femmes après l’accouchement nous permet de voir de quelle façon la grossesse et l’exposition aux produits chimiques ont des répercussions à long terme sur les femmes », explique Jillian Ashley-Martin, chercheuse scientifique et cochercheuse principale de l’étude MIREC.
La recherche de l’étude MIREC est un élément clé du Plan de gestion des produits chimiques. Ce plan vise à réduire les risques que posent les produits chimiques pour les Canadiens et leur environnement par l’évaluation des produits chimiques utilisés au Canada et par la prise de mesures à l’égard des produits chimiques jugés dangereux pour la santé humaine ou l’environnement.
Des travaux de recherche comme celui-ci fournissent des renseignements aux décideurs et peuvent contribuer à orienter leurs actions pour changer l’avenir.
Restez à l’affût au cours des prochaines semaines pour lire d’autres articles sur l’étude MIREC sur les différents stades de vie des mères et de leurs enfants.
À venir : Explorer les répercussions des produits chimiques environnementaux pendant la grossesse sur les enfants à naître.
Pour en savoir plus :
Plateforme de recherche de l’Étude mère-enfant sur les composés chimiques de l’environnement (MIREC)
- Lien vers les blogues précédents de l’étude MIREC