24 juillet 2024
D’ordinaire, quand on réfléchit aux causes du stress, on pense souvent à l’école, au travail, aux finances ou à d’autres épreuves personnelles. Et si l’air que nous respirons contribuait au stress ressenti par notre corps?
La plupart d’entre nous sont exposés chaque jour à des polluants atmosphériques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos domiciles, et ce qui se trouve dans l’air que nous respirons a des conséquences sur notre santé. Au Canada, plus de 17 000 personnes meurent prématurément à cause de la pollution atmosphérique chaque année. Des études montrent que la pollution atmosphérique est liée à de nombreux problèmes de santé, comme le diabète de type 2, l’obésité, la démence, la dépression, l’anxiété et même le stress.
Nous en savons déjà beaucoup à propos des effets courants de la pollution atmosphérique sur la santé, mais nous devons aussi mieux comprendre la manière dont une mauvaise qualité de l’air peut être à l’origine d’affections qui vont au-delà des effets sur les poumons et le cœur.
Errol Thomson, toxicologue à Santé Canada, dirige le Laboratoire de toxicologie d’inhalation, où lui et son équipe étudient les effets sous-jacents de la pollution atmosphérique pour comprendre comment elle affecte notre santé. Selon lui, « les effets de la pollution de l’air ne se limitent pas à nos poumons; il est probable que quasiment toutes les cellules de notre corps soient touchées par la pollution de l’air ».
Le lien entre stress et pollution atmosphérique
Au cours de ses recherches, l’équipe de M. Thomson a découvert que lorsque des polluants atmosphériques sont inhalés, l’organisme réagit en produisant du cortisol, un phénomène similaire à celui qui se produit lorsque nous sommes stressés. Bien que le cortisol joue de nombreux rôles importants dans l’organisme, notamment dans la réaction de lutte ou de fuite, un excès ou une insuffisance de cortisol peut se révéler néfaste. Cette réponse au stress pourrait expliquer en partie comment la pollution atmosphérique influe sur la santé humaine. Tout comme le stress chronique, l’exposition chronique à la pollution atmosphérique nous fait du tort.
L’équipe de M. Thomson a notamment mis en évidence cet effet analogue au stress dû à la pollution atmosphérique dans le cadre d’une étude menée en collaboration avec des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique. Dans cette étude, les participants (dont certains souffraient de troubles respiratoires) ont inhalé de l’air pur ou de l’air pollué pendant de courtes périodes. Chaque fois qu’elles entraient dans le laboratoire, ces personnes étaient exposées soit à de l’air pur, soit à de l’air pollué. Ils ignoraient toutefois ce qu’ils inhalaient.
Selon les résultats de l’étude, les personnes ayant respiré les polluants présentaient des taux de cortisol plus élevés que celles n’en ayant pas respiré. Les participants asthmatiques connaissaient une augmentation plus importante de leur taux de cortisol, ce qui indique qu’ils pourraient être plus sensibles aux effets des polluants.
M. Thomson et son équipe souhaitent à présent étudier les effets de polluants atmosphériques bien précis, ainsi que la manière dont les différences individuelles et les facteurs de stress peuvent influer sur la réaction de l’organisme à l’exposition à la pollution de l’air.
Modélisation des effets des polluants sur le corps humain
Ce système d’exposition à l’interface air-liquide sert de poumon artificiel dans les recherches de M. Thomson.
Gros plan sur l’endroit où sont placés les modèles de cellules pulmonaires, avec l’instrument qui mesure la quantité de pollution à laquelle les cellules pulmonaires sont exposées.
Au fil des ans, l’équipe a mis au point un système innovant pour modéliser la relation entre l’environnement et le poumon. Ce système de poumon artificiel permet de tester les effets de la pollution atmosphérique, ce qui aide à comprendre comment l’organisme réagit à la pollution sans avoir à effectuer des tests directement sur des êtres humains.
Pour ce faire, des cellules pulmonaires sont d’abord prélevées sur différentes personnes, atteintes ou non de maladies. Les cellules sont ensuite placées dans une machine qui les expose à l’air et à la pollution, dans un environnement similaire à celui du corps.
Dans une autre étude, M. Thomson et son équipe utilisent les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) pour créer un indice de l’effet des facteurs de stress sur les personnes vivant au Canada. Ils s’intéressent à divers facteurs – dont la pollution atmosphérique – qui, collectivement, ont des effets néfastes sur l’organisme. L’indice tient également compte de certaines sous-populations afin de comprendre qui pourrait être plus vulnérable à ces facteurs de stress.
Modéliser quelque chose d’aussi complexe que les effets des polluants atmosphériques sur le corps humain n’est pas une mince affaire! Des chercheurs du monde entier se consacrent à cette tâche importante, et M. Thomson et son équipe intègrent ces avancées internationales dans leur travail afin de produire des éléments probants qui peuvent être utilisés pour protéger la population canadienne. Après tout, « nous ne choisissons pas l’air que nous respirons », déclare M. Thomson.
Ressources supplémentaires
- Exposure to Diesel Exhaust and Plasma Cortisol Response: A Randomized Double-Blind Crossover Study [en anglais seulement]
- Conséquences cumulatives de l’exposition à des stresseurs chez les Canadiens : un profil de la charge allostatique
- Air Pollution, Stress, and Allostatic Load: Linking Systemic and Central Nervous System Impacts [en anglais seulement]